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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2110960

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2110960

mercredi 21 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2110960
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4e Section - 2e Chambre - R.222-13
Avocat requérantGUITTON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mai 2021, Mme B D, représentée par Me Guitton, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 février 2021 par laquelle la commission de médiation de Paris a déclaré irrecevable sa demande de logement social en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation de Paris de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'en tant que ressortissante polonaise, elle réside sur le territoire français de manière permanente au sens de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2021, le préfet de région île-de-France, préfet de Paris, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen invoqué par Mme D n'est pas fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Madé en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme Madé a donné lecture de son rapport au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D a, le 30 octobre 2020, saisi la commission de médiation de Paris en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. La commission de médiation de Paris a, par décision du 11 février 2021, déclaré cette demande irrecevable au motif que " la requérante ne remplit, à la date à laquelle la commission a statué, ni les conditions de ressources financières requises par l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les conditions de permanence de la résidence des bénéficiaires du droit à un logement décent et indépendant mentionnées au décret n°2012-1208 du 30 octobre 2012 ". Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir () ". Aux termes de l'article R. 300-1 du même code : " Remplissent les conditions de permanence de la résidence en France mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1 : / 1° Les citoyens de l'Union européenne, les ressortissants d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse qui remplissent les conditions exigées pour bénéficier d'un droit au séjour sur le fondement des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, tout citoyen de l'Union européenne, tout ressortissant d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse a le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'il satisfait à l'une des conditions suivantes : 1° S'il exerce une activité professionnelle en France ; 2° S'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille tels que visés au 4° de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant visé à l'article L. 121-1 qui a résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquiert un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français () ". Enfin, aux termes de l'article R. 121-6 de ce code alors en vigueur : " I.-Les ressortissants mentionnés au 1° de l'article L. 121-1 conservent leur droit au séjour en qualité de travailleur salarié ou de non-salarié : () 2° S'ils se trouvent en chômage involontaire dûment constaté après avoir exercé leur activité professionnelle pendant plus d'un an et sont inscrits sur la liste des demandeurs d'emploi ; () ".

3. D'une part, il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'un ressortissant d'un pays de l'Union européenne acquiert un droit au séjour permanent s'il remplit les conditions fixées par l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité ci-dessus et réside de manière ininterrompue en France depuis cinq ans. D'autre part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que la notion de travailleur, au sens des dispositions précitées du droit de l'Union européenne, doit être interprétée comme s'étendant à toute personne qui exerce des activités réelles et effectives, à l'exclusion d'activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires.

4. D'autre part, aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. () Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. Elle peut faire toute proposition d'orientation des demandes qu'elle ne juge pas prioritaires. () ".

5. Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes () -être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement () / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".

6. Il ressort des pièces que Mme D, de nationalité polonaise, a déposé un recours amiable auprès de la commission de médiation de Paris au motif qu'elle est menacée d'expulsion, sans relogement et logée dans des locaux présentant un caractère insalubre ou dangereux. Pour rejeter la demande présentée par Mme D, la commission de médiation a estimé qu'elle ne remplissait ni la condition de ressources financières fixées par l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni celle de permanence du séjour prévue à l'article R. 300-1 du code de la construction et de l'habitation. La requérante, qui dispose d'un passeport polonais, est ressortissante d'un Etat membre de l'Union européenne. Elle soutient qu'elle a acquis un droit au séjour permanent du fait de l'exercice d'une activité professionnelle en qualité d'aide dentaire entre le 3 janvier 2011 et le 11 mai 2013. Toutefois, elle n'établit pas avoir résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant cinq années alors que cette activité a été exercée pendant moins de trois ans. Ainsi, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle a acquis un droit permanent au séjour au titre de l'article L. 121-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que Mme C bénéficiait d'un contrat de travail à durée indéterminée à la date de la décision attaquée pour une rémunération de 105 euros net maximum par mois et pour une durée limitée à 12 heures par mois, une telle activité, qui n'est que marginale et accessoire, ne constitue pas une activité professionnelle au sens des dispositions du 1° de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées de nature à lui conférer un droit au séjour. Si l'intéressée se prévaut également des dispositions de l'article R. 121-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant le maintien de la qualité de travailleur salarié ou non salarié à la suite de la cessation d'une activité professionnelle, elle n'établit pas s'être trouvée en chômage involontaire ni avoir été inscrite sur la liste des demandeurs d'emploi à la suite de la cessation de son activité d'aide dentaire en mai 2013. Enfin, il ressort des pièces du dossier que, outre le salaire tiré de cette activité, Mme D, a pour seules ressources le revenu de solidarité active et l'allocation de logement. Dans ces conditions, elle ne justifie pas davantage disposer de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale au sens des dispositions précitées du 2° de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'en suit que Mme D ne remplissait pas les conditions de droit au séjour prévues par les dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par là-même, la condition de permanence sur le territoire requise par les dispositions des articles L. 300-1 et R. 300-1 du code de la construction et de l'habitation citées au point 2. Dans ces conditions, en rejetant la demande de la requérante, la commission de médiation a fait une exacte application des dispositions précitées du code de la construction et de l'habitation et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2022.

La magistrate désignée,

C. MADE

La greffière,

A. CHAPALAIN

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement./4-2

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