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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2111528

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2111528

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2111528
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET VIVIEN & ASSOCIES (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 27 mai et 28 décembre 2021, M. E C, représenté par Mes Chapus et Jantet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et de taxe sur les plus-values de cessions d'immeubles autres que des terrains à bâtir auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015 à raison de la plus-value résultant de la cession d'un bien immobilier situé 18 boulevard Saint-Denis à Paris (10ème arrondissement) ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'immeuble concerné constituait sa résidence principale à la date de la cession et qu'il devait ainsi bénéficier de l'exonération prévue par les dispositions du 1° du II de l'article 150 U du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par le requérant n'est pas fondé.

Par une ordonnance du 26 novembre 2011, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 janvier 2022.

M. C a produit une note en délibéré enregistrée le 13 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Halard, premier conseiller,

- les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public,

- et les observations de Mes Chapus et Jantet, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a cédé, le 17 juillet 2015, pour 1 550 000 euros, un appartement de 176 mètres carrés situé au deuxième étage du 18-20 boulevard Saint-Denis, qu'il avait acquis le 29 juin 2006 pour 350 000 euros. Estimant que ce bien constituait sa résidence principale, M. C a placé cette cession sous le régime de l'exonération de plus-value prévue au 1° du II de l'article 150 U du code général des impôts. A la suite d'un contrôle sur pièces, l'administration a toutefois remis en cause la qualification de résidence principale de ce bien et en conséquence assujetti M. C à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et de taxe sur les plus-values de cessions d'immeubles autres que des terrains à bâtir au titre de l'année 2015, pour un montant total de 415 120 euros, mis en recouvrement le 15 septembre 2020. La réclamation qu'il a formée le 14 octobre 2020 ayant été rejetée le 26 mars 2021, M. C demande au tribunal de prononcer la décharge de l'ensemble de ces suppléments d'impôts.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. Aux termes de l'article 150 U du code général des impôts : " I. () les plus-values réalisées par les personnes physiques () lors de la cession à titre onéreux de biens immobiliers bâtis ou non bâtis () sont passibles de l'impôt sur le revenu dans les conditions prévues aux articles 150 V à 150 VH. () II. Les dispositions du I ne s'appliquent pas aux immeubles, aux parties d'immeubles ou aux droits relatifs à ces biens : / 1° Qui constituent la résidence principale du cédant au jour de la cession () ". Sont considérés comme résidences principales, au sens de ces dispositions, les immeubles qui constituent la résidence habituelle et effective du propriétaire au jour de la cession. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si un contribuable remplit les conditions légales d'une exonération.

3. Pour remettre en cause le bénéfice de l'exonération prévue par les dispositions précitées du 1° du II de l'article 150 U du code général des impôts au motif que l'appartement concerné ne constituait pas, à la date de la cession, la résidence principale de M. C, l'administration fiscale s'est en particulier fondée sur les circonstances que le bien litigieux est resté affecté à un usage commercial jusqu'à la date de sa cession, que M. C n'a jamais été imposé à la taxe d'habitation à raison de ce bien et qu'il ne l'a pas déclaré en tant que domicile fiscal, enfin que les autres pièces produites par l'intéressé ne permettent pas d'établir qu'il s'agissait effectivement de sa résidence principale au jour de la cession.

4. Il résulte toutefois de l'instruction, tout d'abord, que M. C a cédé en 2010 et 2012 les deux autres appartements, situés au 4ème étage du même immeuble, dont il était propriétaire et qu'il avait successivement occupés à titre de résidence principale. Bien qu'il n'ait jamais effectué les formalités administratives nécessaires pour transformer l'appartement du 2ème étage en bien d'habitation, une résolution de l'assemblée générale du 29 juin 2007 avait autorisé les copropriétaires de l'immeuble à faire usage de leurs biens commerciaux en tant que lots d'habitation et M. C y a réalisé, entre 2010 et 2012, d'importants travaux de maçonnerie, de menuiserie ou encore de peinture, et y a notamment fait installer une cheminée, un parquet, une cuisine et une salle de bain, ce qui traduit manifestement sa volonté de le rendre habitable. Il a également souscrit une assurance habitation résiliée en juillet 2015, soit concomitamment à la cession de l'appartement, ainsi qu'un abonnement au téléphone et à internet avec une " option télévision ".

5. Ensuite, s'il est vrai que M. C avait omis pendant cette période de souscrire ses déclarations d'impôt sur les revenus, si bien qu'il n'a jamais effectivement déclaré cet appartement en tant que domicile fiscal, l'ensemble des courriers que lui a adressés l'administration dans le cadre de l'examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle qui s'est déroulé entre la fin de l'année 2012 et le milieu de l'année 2013 lui ont été notifiés à cette adresse. Les avis de taxe d'habitation à laquelle il était assujetti au titre d'un parking situé à une centaine de mètres et imposé en tant que dépendance de sa résidence principale mentionnaient eux aussi comme adresse, pour 2013, 2014 et 2015, " 18 boulevard Saint-Denis, Etage 2 " Le requérant produit par ailleurs de très nombreux courriers, mises en demeure, lettres de relance, commandement de payer, avis d'opposition administrative ou notifications d'avis à tiers détenteurs libellés à cette adresse pendant la période litigieuse. C'est enfin à cette même adresse que M. C était connu de sa banque, de ses assureurs ou encore de l'organisme de retraite complémentaire auquel il était affilié.

6. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que M. C aurait occupé, pendant la période concernée, un autre logement que l'appartement litigieux à titre de résidence principale. En particulier, contrairement à ce qu'indique l'administration dans ses écritures, l'appartement situé sur le même palier dont était propriétaire M. A, son compagnon, était alors loué à M. B D, ainsi que l'attestent le contrat de bail et l'état des lieux signés en mai 2006, le constat d'huissier établi dans le cadre de la fin du bail le 31 octobre 2015 et les échanges de courriels entre M. A et son locataire versés au dossier par M. C.

7. Il résulte de tout ce qui précède que l'appartement litigieux doit être regardé comme ayant constitué la résidence principale de M. C à la date de sa cession le 17 juillet 2015. Le requérant est par suite fondé à prétendre au bénéfice de l'exonération prévue par les dispositions du 1° du II de l'article 150 U du code général des impôts et à la décharge des impositions litigieuses.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est déchargé des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu, de prélèvements sociaux et de taxe sur les plus-values de cessions d'immeubles autres que des terrains à bâtir mises à sa charge au titre de l'année 2015 à raison de la plus-value résultant de la cession de l'appartement dont il était propriétaire situé 18 boulevard Saint-Denis à Paris dans le 10ème arrondissement.

Article 2 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris (pôle juridictionnel administratif).

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

M. Halard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

Le rapporteur

G. HALARDLa présidente

J. EVGÉNAS

La greffière,

M.-C. POCHOT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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