jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2111657 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BOZETINE, AMNACHE, HALLAL ASSOCIES (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mai 2021, Mme B D, épouse C, représentée par Me Bozetine, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015, 2016 et 2017, par avis de mise en recouvrement du 31 juillet 2019, et des pénalités y afférentes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la vérification de comptabilité s'est prolongée au-delà de la durée légale de six mois ;
- la méthode employée par le vérificateur n'était pas la plus appropriée à la spécificité du restaurant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requérante a bénéficié le 14 octobre 2019 d'un dégrèvement à hauteur de 12 200 euros au titre de l'année 2017, de sorte que les impositions en litige s'élèvent à 16 745 euros ;
- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par une lettre du 13 février 2023, le tribunal a informé les parties qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin de décharge à hauteur de la somme de 12 200 euros du fait du dégrèvement partiel intervenu avant l'introduction de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, qui exploite un établissement de restauration dans le 14ème arrondissement de Paris, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à compter du 3 octobre 2018, pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017. Un procès-verbal de défaut de présentation de pièces justificatives a été dressé le 12 décembre 2018. Deux propositions de rectification lui ont été adressées le 18 décembre 2018, portant sur l'année 2015, et le 4 juin 2019, portant sur les années 2016 et 2017. Les impositions supplémentaires envisagées par l'administration fiscale comportaient notamment des rappels de taxe sur la valeur ajoutée. Ces impositions ont été mises en recouvrement le 31 juillet 2019. Mme C a contesté les rappels de taxe sur la valeur ajoutée par une réclamation contentieuse du 17 novembre 2020, qui a fait l'objet d'une décision de rejet le 29 mars 2021. Mme C demande la décharge des impositions supplémentaires mises à sa charge au titre de la taxe sur la valeur ajoutée pour les années 2015, 2016 et 2017, et des majorations qui s'y rattachent.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision en date du 14 octobre 2019, antérieure à l'introduction de la requête, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Paris a accordé à la requérante, à hauteur de 12 200 euros, le dégrèvement partiel des rappels de taxe sur la valeur ajoutée à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2017. Dans cette mesure, les conclusions de la requête de Mme C sont irrecevables.
Sur la charge de la preuve :
3. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ". Il est constant, en l'espèce, que Mme C s'est abstenue de répondre dans le délai de trente jours aux propositions de rectification qui lui ont été adressées les 18 décembre 2018 et 4 juin 2019. Il lui appartient donc d'établir le caractère exagéré des impositions qu'elle conteste.
Sur la procédure d'imposition :
4. Aux termes de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales :
" I. -Sous peine de nullité de l'imposition, la vérification sur place des livres ou documents comptables ne peut s'étendre sur une durée supérieure à trois mois en ce qui concerne : 1° Les entreprises industrielles et commerciales ou les contribuables se livrant à une activité non commerciale dont le chiffre d'affaires ou le montant annuel des recettes brutes n'excède pas les limites prévues au I de l'article 302 septies A du code général des impôts ; () II. - Par dérogation au I, l'expiration du délai de trois mois n'est pas opposable à l'administration : () 4° En cas de graves irrégularités privant de valeur probante la comptabilité. Dans ce cas, la vérification sur place ne peut s'étendre sur une durée supérieure à six mois. () / III. - En cas de mise en œuvre du I de l'article L. 47 A, les délais de trois ou six mois prévus, respectivement, au I et au 4° du II du présent article sont suspendus jusqu'à la remise de la copie des fichiers des écritures comptables à l'administration ". Aux termes de l'article L. 47 A du même livre : " I. - Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contribuable qui fait l'objet d'une vérification de comptabilité satisfait à l'obligation de représentation des documents comptables mentionnés au premier alinéa de l'article 54 du code général des impôts en remettant au début des opérations de contrôle, sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables définies aux articles 420-1 et suivants du plan comptable général () ". Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la vérification sur place des livres et documents mentionnée à l'article L. 52 précité débute à la date à laquelle le vérificateur commence à contrôler sur place la sincérité des déclarations fiscales et se trouve suspendue, dans le cas de remise incomplète des écritures comptables, jusqu'au jour de la remise complète des documents comptables informatisés de l'entreprise vérifiée.
5. Il est constant que les opérations de vérification de l'entreprise de Mme C ont été effectuées, comme le précise la proposition de rectification du 4 juin 2019, du 3 octobre 2018 au 28 mai 2019. En application de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales, la requérante a remis au vérificateur, le 26 novembre 2018, une copie des fichiers des écritures comptables de l'exercices clos en 2015. La copie des fichiers des écritures comptables des exercices clos en 2016 et 2017 a été remise ultérieurement à l'administration, le 25 avril 2019. C'est par conséquent à la date du 25 avril 2019 que recommençait à courir le délai prévu par l'article L. 52 du livre des procédures fiscales, la remise de la copie des fichiers des écritures comptables relatifs à l'ensemble de la période vérifiée étant seule de nature à mettre fin à la suspension du délai prévue par les dispositions précitées du III de ce même article. Par suite, le 28 mai 2019, date de la fin des opérations de vérification, le délai prévu à l'article L. 52 du livre des procédures fiscales n'était, en tout état de cause, pas expiré. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales doit être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions en litige :
6. La comptabilité de la requérante a été écartée comme irrégulière et non probante, dès lors qu'elle n'a pas été en mesure de présenter l'ensemble des pièces justificatives détaillées des recettes, en indiquant que ces documents n'avaient pas été conservés ou avaient été détruits en raison de mauvaises conditions de conservation. Mme C, qui ne conteste pas le rejet de sa comptabilité comme irrégulière et non probante, fait valoir que la méthode de reconstitution employée par le vérificateur pour les deux années 2016 et 2017 n'était pas la plus appropriée à la spécificité de son restaurant.
7. Le vérificateur a, dans un premier temps, déterminé la part du chiffre d'affaires correspondant au taux de taxe sur la valeur ajoutée de 20 %, propre aux boissons alcoolisées, puis a, dans un second temps, reconstitué le chiffre d'affaires global de ces deux années à partir des achats revendus de boissons alcoolisées, après dépouillement de l'intégralité des achats effectués auprès du fournisseur du restaurant au cours des exercices 2016 et 2017, en écartant une partie des boissons achetées qui ne figuraient pas sur les menus du restaurant, et dont l'administration indique, sans être contredite, qu'elles étaient destinées à un autre établissement. Le chiffre d'affaires a été reconstitué à partir du volume d'achats revendus et des prix mentionnés sur la carte en tenant compte du conditionnement propre à chaque type de boisson. Le vérificateur a ensuite appliqué un abattement de 10 % afin de tenir compte de la consommation du personnel, des boissons offertes aux clients et des pertes.
8. Si la requérante soutient que les alcools forts sont rarement consommés avec la spécialité culinaire qu'elle propose, elle ne conteste pas l'achat de telles boissons et leur présence sur la carte du restaurant. Si elle relève en outre qu'il aurait fallu davantage tenir compte des volumes respectifs et de la nature des boissons vendues, elle n'apporte aucun élément tangible sur ce point de nature à remettre en cause la pertinence ou les modalités de mise en œuvre en l'espèce de la " méthode des alcools " utilisée par le service, et d'usage courant pour les reconstitutions de chiffre d'affaires des restaurants. La requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir que la méthode de reconstitution pratiquée serait excessivement sommaire ou radicalement viciée.
9. Si la requérante soutient qu'une méthode fondée sur les achats de semoule serait plus pertinente, s'agissant d'un restaurant spécialisé dans la vente de couscous, elle ne présente à l'appui de sa requête aucune reconstitution de chiffres d'affaires fondée sur la méthode alternative préconisée, et ne met pas le tribunal en mesure d'en apprécier la pertinence et la faisabilité. Le moyen doit dès lors être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Fouassier, président,
Mme Marchand, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
Le président,
C. A
L'assesseure la plus ancienne,
A. MARCHAND
La greffière,
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026