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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2111780

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2111780

lundi 9 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2111780
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantDURRLEMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 31 mai 2021 et 15 juillet 2022, Mme B C, représentée par Me Durrleman, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'AP-HP a rejeté sa réclamation préalable ;

2°) de condamner l'AP-HP à lui verser une somme de 33 405,70 euros en indemnisation du préjudice qu'elle a subi du fait de son licenciement illégal, et une somme de 2 874,22 euros au titre de la prime de précarité, le montant total étant augmenté des intérêts au taux légal à compter du 13 janvier 2021, date de la demande indemnitaire préalable, avec capitalisation des intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle était titulaire d'un nouveau contrat de six mois depuis le 1er mai 2017 dès lors qu'elle a été maintenue en fonctions à l'issue du contrat à durée déterminée initial ; par suite, l'AP-HP a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en procédant à un licenciement irrégulier le 18 mai 2017 ;

- elle a droit à l'indemnisation du préjudice financier résultant de la privation de sa rémunération durant les cinq mois suivants, estimé à 23 405,70 euros et du préjudice moral, pour un montant de 10 000 euros ;

- elle était en droit de percevoir la prime de précarité en application des dispositions de l'article R. 6152-418 du code de la santé publique et de l'article L. 1243-8 du code du travail et en demande donc le versement, pour un montant de 2 874,22 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2022, l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 29 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de la santé publique ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique ont été entendus :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Lahary, rapporteur public,

- et les observations de Mme C.

Mme C a présenté une note en délibéré, enregistrée le 14 décembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, docteur en médecine, a été recrutée par l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) en qualité de praticien contractuel au sein du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Tenon, dans le cadre d'un contrat du 29 novembre 2016 conclu à compter du 1er novembre 2016, pour une durée de six mois. Par un courrier électronique en date du 16 mai 2017 adressé au service des ressources humaines de l'hôpital, Mme C a marqué son accord pour poursuivre sa collaboration avec le service, pour une durée de trois mois et dans le cadre d'un temps partiel, et a également demandé à bénéficier, dans ce cadre, d'une augmentation du montant de son traitement. Par un courrier électronique en date du 18 mai 2017, l'AP-HP a informé Mme C de ce que, dans ces conditions, son contrat ne pouvait être renouvelé. Les quatre journées de travail effectuées par Mme C au sein du service ont été rémunérées dans le cadre d'un contrat de praticien attaché, pour la période courant du 1er mai au 21 mai 2017. Par une demande indemnitaire préalable reçue par l'AP-HP le 1er février 2021, Mme C a demandé l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la décision illégale de licenciement du 18 mai 2017, à hauteur de 33 405,7 euros, et le versement d'une prime de précarité à hauteur de 2 874,221 euros. Par une décision implicite du 1er avril 2021, l'AP-HP a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de condamner l'AP-HP à lui verser une somme de 33 405,70 euros en indemnisation du préjudice qu'elle a subi du fait de son licenciement illégal, et une somme de 2 874,22 euros au titre de la prime de précarité, le montant total étant augmenté des intérêts au taux légal à compter du 13 janvier 2021, date de la demande indemnitaire préalable, avec capitalisation des intérêts.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En demandant, d'une part, l'annulation de la décision implicite rejetant la réclamation préalable du 3 février 2021 et, d'autre part, la condamnation de l'AP-HP à lui verser les sommes en litige, Mme C a donné à sa requête le caractère d'une demande de plein contentieux. La décision implicite de rejet de la réclamation a ainsi eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet des demandes initiales de Mme C. Les conclusions tendant à son annulation doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière alors applicable : " Par dérogation à l'article 3 du titre Ier du statut général, les emplois permanents mentionnés au premier alinéa de l'article 2 peuvent être occupés par des agents contractuels lorsque la nature des fonctions ou les besoins du service le justifient (). Les agents ainsi recrutés peuvent être engagés par des contrats d'une durée indéterminée ou déterminée. Les contrats à durée déterminée mentionnés ci-dessus sont d'une durée maximale de trois ans. Ces contrats sont renouvelables, par décision expresse. La durée des contrats successifs ne peut excéder six ans. / Si, à l'issue de la période de reconduction mentionnée à l'alinéa précédent, ces contrats sont reconduits, ils ne peuvent l'être que par décision expresse et pour une durée indéterminée (). " Aux termes de l'article 9-1 de la même loi : " () II. - Pour les besoins de continuité du service, des agents contractuels peuvent être recrutés pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. / Le contrat est conclu pour une durée déterminée qui ne peut excéder un an. "

4. Il résulte de ces dispositions que les contrats passés par les établissements publics hospitaliers en vue de recruter des agents non titulaires doivent, sauf disposition législative spéciale contraire, être conclus pour une durée déterminée et ne peuvent être renouvelés que par reconduction expresse. Toutefois, le maintien en fonctions d'un agent à l'issue de son contrat initial a pour effet de donner naissance à un nouveau contrat, conclu lui aussi pour une période déterminée et dont la durée est celle assignée au contrat initial. Ainsi, sauf circonstance particulière, la décision par laquelle l'autorité administrative compétente met fin aux relations contractuelles doit être regardée comme un refus de renouvellement de contrat si elle intervient à l'échéance du nouveau contrat et comme un licenciement si elle intervient au cours de ce nouveau contrat. Il peut toutefois en être autrement en cas de circonstances particulières.

5. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date d'échéance de son contrat, le 30 avril 2017, et malgré plusieurs relances téléphoniques de la part du service des ressources humaines, Mme C n'avait donné à son employeur aucune indication quant à sa volonté éventuelle de prolonger son contrat. Le chef du service où elle était affectée relevait ainsi, par un courriel qui lui était adressé le 11 mai 2017, qu'elle ne faisait " plus partie des effectifs de l'AP-HP depuis le 30 avril 2017 ". Mme C était en congés du 1er au 14 mai 2017. Pendant cette période et postérieurement à celle-ci, elle a eu des échanges de courriers électroniques avec son chef de service et le service des ressources humaines, échanges dont il ressort que, si Mme C a manifesté son souhait de poursuivre son activité au sein du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Tenon, aucun accord n'a pu être trouvé concernant les modalités de sa rémunération. En effet, il ressort du courrier électronique de Mme C en date du 16 mai 2017 que son acceptation de la poursuite de la collaboration était expressément conditionnée à ce que sa rémunération soit déterminée sur la base de l'échelon 1 majoré de 10 %. Par un courrier électronique en date du 18 mai 2017, la responsable du personnel médical a indiqué à Mme C que cette demande n'avait pas été acceptée et qu'en conséquence, la poursuite de la collaboration n'était pas envisageable. Il ressort également des pièces du dossier que, par courrier du 11 mai 2017, Mme C a présenté sa candidature à un poste de praticien hospitalier contractuel au sein du centre d'investigation clinique en vaccinologie de l'hôpital Cochin, où elle a d'ailleurs été recrutée à compter du 1er juin 2017. S'il n'est pas contesté que Mme C a travaillé pendant quatre demi-journées au service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Tenon pendant la période courant du 1er au 21 mai 2017, et a été rémunérée à ce titre dans le cadre d'un contrat de praticien attaché pour cette seule période, ce maintien en fonctions, dont la durée a été extrêmement courte et qui s'est, de surcroît, produit pendant la période durant laquelle Mme C était encore en pourparlers avec le chef de service et le service des ressources humaines dans les conditions susrappelées, ne peut être regardé comme traduisant la commune intention des parties de renouveler le contrat antérieur. Par conséquent, ce maintien en fonctions n'a pu, contrairement à ce que soutient la requérante, donner naissance à un nouveau contrat dont la durée aurait été celle du contrat initial. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'a donc pas fait l'objet d'une décision de licenciement, contrairement à ce qu'elle soutient. Elle n'est donc pas fondée à rechercher l'engagement de la responsabilité de l'AP-HP.

6. Il résulte de tout ce qui vient d'être dit qu'en l'absence de toute faute imputable à l'AP-HP, les conclusions indemnitaires présentées par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la demande tendant au versement de la prime de précarité :

7. Aux termes de l'article R. 6152-418 du code de la santé publique : " Les dispositions du code du travail sont applicables aux praticiens contractuels en tant qu'elles sont relatives à l'indemnité prévue à l'article L. 1243-8 du code du travail et aux allocations d'assurance prévues à l'article L. 5424-1 du code du travail. " Aux termes de l'article L. 1243-8 du code du travail : " Lorsque, à l'issue d'un contrat de travail à durée déterminée, les relations contractuelles de travail ne se poursuivent pas par un contrat à durée indéterminée, le salarié a droit, à titre de complément de salaire, à une indemnité de fin de contrat destinée à compenser la précarité de sa situation. Cette indemnité est égale à 10 % de la rémunération totale brute versée au salarié. Elle s'ajoute à la rémunération totale brute due au salarié. Elle est versée à l'issue du contrat en même temps que le dernier salaire et figure sur le bulletin de salaire correspondant. " Aux termes de l'article L. 1243-10 du même code : " L'indemnité de fin de contrat n'est pas due : () / 3° Lorsque le salarié refuse d'accepter la conclusion d'un contrat de travail à durée indéterminée pour occuper le même emploi ou un emploi similaire, assorti d'une rémunération au moins équivalente / 4° En cas de rupture anticipée du contrat due à l'initiative du salarié, à sa faute grave ou à un cas de force majeure. "

8. Il résulte de ces dispositions que lorsque, au terme d'un contrat de travail à durée déterminée, la relation de travail n'est pas poursuivie par un contrat à durée indéterminée, le praticien contractuel a droit, à titre de complément de rémunération, à une indemnité de fin de contrat destinée à compenser la précarité de sa situation égale à 10 % de la rémunération brute totale sauf à se trouver dans l'un des cas énoncés à l'article L. 1243-10 du code du travail.

9. En l'espèce, Mme C a été recrutée par l'AP-HP en qualité de praticien contractuel au sein du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Tenon à compter du 1er novembre 2016 et pour une durée de six mois. Il résulte des dispositions précitées relatives à l'indemnité de précarité que celle-ci est due du seul fait qu'un contrat à durée indéterminée n'a pas pris la suite du précédent contrat. Par suite, Mme C a droit au versement de l'indemnité de précarité dès lors que les relations de travail ne se sont pas poursuivies dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée.

10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser à Mme C l'indemnité de précarité dont le versement est demandé, pour un montant de 2 874,22 euros.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

11. Mme C a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 2 874,22 euros mentionnée au point précédent à compter du 1er février 2021, date de réception de la demande indemnitaire préalable qu'elle a adressée à l'AP-HP.

12. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 4 juin 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 1er février 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés à l'instance :

13. L'AP-HP n'étant pas la partie perdante à titre principal dans la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à sa charge la somme demandée par Mme C.

D É C I D E :

Article 1er : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme C l'indemnité de précarité due au titre du contrat à durée déterminée conclu du 1er novembre 2016 au 30 avril 2017, pour un montant de 2 874,22 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 1er février 2021. Les intérêts échus à la date du 1er février 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié Mme B C et à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller

M. Huin-Morales, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2023.

Le rapporteur,

A. ALe président,

J. SORIN La greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2111780/2-

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