mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2111850 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | KERVENNIC |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi du 31 mai 2021, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au président du tribunal administratif de Paris la requête de Mme A C, enregistrée le 22 janvier 2021 au greffe de ce tribunal administratif.
Par cette requête, et des mémoires complémentaires enregistrés les 22 janvier et 3 décembre 2021, 21 avril, 9 juin, 13 juin, 16 juin, 22 juin et 23 juin 2022, Mme C représentée par Me Kervennic, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions par lesquelles la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris a rejeté les réclamations adressées à la commission de recours amiable de la CAF les 12 février, 27 février 2020 et 20 janvier 2021 ;
2°) de la rétablir dans ses droits au titre du revenu de solidarité active (RSA) et de l'APL ;
3°) d'enjoindre à la CAF de Paris de lui verser la somme de 2 660,07 euros au titre d'arriérés de RSA et d'APL sur la période de mai 2016 à mars 2018 ou à titre subsidiaire d'enjoindre à la CAF compétente de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de condamner la CAF de Paris et la ville de Paris à lui verser une somme de 140 000 euros en réparation des préjudices subis ;
5°) de mettre à la charge de la CAF de Paris et de la ville de Paris une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son recours est recevable ;
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles méconnaissent l'autorité de la chose jugée ;
- ces décisions en tant qu'elles lui refusent le bénéfice du RSA pour la période d'octobre 2017 à mars 2018 euros méconnaissent les dispositions des articles L. 262-2 et R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles et elles sont entachées d'erreur d'appréciation ;
- ces décisions en tant qu'elles lui refusent le bénéfice de l'aide sociale au logement (ALS) pour la période de novembre 2017 à mars 2018 méconnaissent les dispositions des articles L. 822-2 et L. 822-5 du code de la construction et de l'habitation ;
- elles sont entachées d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est fondée à solliciter la condamnation de la CAF de Paris à lui verser des dommages et intérêts à hauteur de 140 000 euros dès lors que les préjudices subis sont en lien direct avec les fautes commises par cette administration.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 mars, 13 juin et 20 juin 2022, le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- Mme C ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de l'ALS au titre du mois de novembre 2017 mais en revanche contrairement à ce qu'elle soutient, elle a bénéficié de cette prestation de décembre 2017 à mars 2018.
- elle ne démontre pas l'existence d'un lien de causalité entre l'absence de prestations versées par la CAF de Paris au titre de l'ALS et les pertes de salaire invoquées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2022, la présidente du conseil de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte est inopérant à l'encontre d'une décision implicite de rejet ;
- il appartenait à la requérante de demander la communication de cette décision implicite de rejet ;
- l'autorité de la chose jugée n'a pas été méconnue dès lors qu'en application du jugement du tribunal administratif de Paris en date du 19 avril 2019 il a bien été procédé à l'annulation comptable de la somme de 802,76 euros et laissé à la charge de Mme C une somme de 528,29 euros correspondant à un indu de RSA au titre du mois de janvier 2017 ;
- Mme C ne remplissait pas les conditions pour bénéficier du RSA au titre du mois d'octobre 2017 mais en revanche contrairement à ce qu'elle soutient, elle a bénéficié de cette prestation de novembre 2017 à mars 2018 ;
- les conclusions indemnitaires doivent être rejetées en l'absence de responsabilité fautive des services de la CAF de Paris.
Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 janvier 2022.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles,
- le code de la construction et de l'habitation,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de la sécurité sociale,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de Me Kervennic pour Mme C.
Par une ordonnance du 14 juin 2022, la clôture de l'instruction a été différée au 24 juin 2022 à 16h30.
Considérant ce qui suit :
1. Madame A C a bénéficié de l'allocation de revenu de solidarité active (RSA) à compter du 23 décembre 2013 en tant que personne seule avec un enfant à charge sans revenu jusqu'en janvier 2017. Sur le fondement d'un rapport d'enquête, la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris a estimé que Mme C et sa fille avaient résidé au Cameroun du 10 novembre 2016 au 16 octobre 2017. En conséquence, la caisse a calculé un indu de RSA de 1 605,47 euros pour les mois de décembre 2016 et de janvier 2017. Après avoir opéré et affecté au remboursement de l'indu de RSA une retenue de 274,47 euros sur les prestations dues à Mme C, par une décision du 4 août 2017, la CAF de Paris lui a demandé de rembourser une somme de 2 028,33 euros correspondant à des trop perçus d'allocations de soutien familial (ASF), de RSA et de rentrées scolaire (ARS) pour la période d'août 2016 à janvier 2017, incluant le solde de l'indu de RSA pour les mois de décembre 2016 et janvier 2017, d'un montant de 1 331,05 euros. Cette dette a été transférée le 28 février 2018 au département de Paris qui, le 6 avril 2018, a informé Madame C de sa mise en recouvrement. Par un courrier du 18 avril 2018, Mme C a formé un recours gracieux auprès du département pour contester le fondement du titre de recette. Par une décision du 4 juin 2018, le département a confirmé le bien-fondé de l'indu de RSA résultant de son séjour de plus de trois mois à l'étranger. Mme C a saisi le tribunal administratif de Paris qui par un jugement du 19 avril 2019 a limité le montant de la créance litigieuse de Mme C au titre du RSA à la somme de 528,29 euros correspondant au seul mois de janvier 2017. Par des courriers électroniques adressés les 12 février 2020, 27 février 2020 et 20 janvier 2021 à la CAF de Paris, Mme C a sollicité notamment le versement d'arriérés de prestations d'aide sociale au logement (ALS) pour la période de novembre 2017 à mars 2018 pour un montant de 1 776 euros et de RSA pour la période d'octobre 2017 à mars 2018 pour un montant de 2 908 euros ainsi que le versement d'une somme de 140 000 euros au titre de dommages et intérêts. La requérante doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation des décisions implicites de rejet par lesquelles le directeur de la CAF de Paris a rejeté ses demandes préalables au titre de l'ALS, l'annulation des décisions implicites de rejet par lesquelles la présidente du conseil de Paris a rejeté ses demandes préalables au titre du RSA, dans la mesure où le directeur de la CAF était tenu de les lui transmettre, le rétablissement dans ses droits et la condamnation de la CAF de Paris à lui verser une somme de 140 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur l'indu de RSA :
En ce qui concerne la régularité de la décision d'indu :
2. En vertu de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ". Selon l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé ". Lorsqu'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant produit la preuve de l'exercice de ce recours ainsi que, s'il en a été pris une, la décision à laquelle il a donné lieu, le juge administratif doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.
3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme C a formé les 12 février 2020, 27 février 2020 et 20 janvier 2021 auprès de la CAF de Paris, des recours administratifs afin de solliciter le versement d'arriérés de RSA et d'ALS ainsi que le versement de dommages et intérêts en raison des préjudices qu'elle estime avoir subis. En application des dispositions de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration, il appartenait à la CAF de Paris de transmettre à la présidente du conseil de Paris le recours présenté par Mme C en tant qu'ils portaient sur l'indu de RSA. Dès lors, le recours administratif préalable prévu par les dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale, formé par Mme C doit être regardé comme ayant été implicitement rejeté par la présidente du conseil de Paris pour ce qui est de l'indu de RSA.
4. En premier lieu, le silence gardé par la présidente du conseil de Paris pendant plus de deux mois sur les recours de Mme C a fait naître une décision implicite de rejet et venant se substituer à ces dernières décisions. Une décision implicite intervenue dans un domaine qui, en cas de décision explicite, aurait dû faire l'objet d'une motivation, n'est pas illégale du seul fait de son absence de motivation. La requérante n'établit, ni même n'allègue, qu'elle aurait présenté à l'administration une demande de communication des motifs de la décision implicite confirmant le refus de lui verser des arriérés de RSA pour la période d'octobre 2017 à mars 2018 pour un montant de 2 908 euros et de lui accorder des dommages et intérêts. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de motivation de cette décision implicite doit être écarté.
5. En second lieu, Mme C n'est pas fondée à se prévaloir de l'incompétence de l'auteur de l'acte dès lors, qu'ainsi qu'il a été indiqué plus haut, elle entend contester une décision implicite de rejet, qui a nécessairement été prise par l'autorité compétente.
En ce qui concerne le bien-fondé de la décision d'indu :
S'agissant de l'indu de RSA de 528,29 euros au titre du mois de janvier 2017 :
6. Il résulte de l'instruction qu'en application du jugement du tribunal administratif de Paris en date du 19 avril 2019 le département de Paris a, par un arrêté en date du 23 octobre 2019, procédé à l'annulation comptable de la somme de 802,76 euros correspondant à la mensualité de décembre 2016 et laissé à la charge de Mme C une créance de 528,29 euros correspondant à la mensualité de janvier 2017. Il résulte de cette même instruction que la ville de Paris, qui s'est vu transférer cette créance de RSA par la CAF le 28 février 2018, a conformément aux dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, demandé à la direction régionale des finances d'Ile-de-France, par un courriel du 3 décembre 2021, de suspendre le recouvrement de cette créance dans l'attente de l'issue de la présente instance contentieuse. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'autorité de la chose jugée a été méconnue.
S'agissant du versement du RSA sur la période d'octobre 2017 à mars 2018 :
7. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ".
8. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles que lorsque le bénéficiaire du RSA a séjourné plus de trois mois hors de France au cours d'une année civile, le RSA ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En l'espèce, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'enquête diligenté par la CAF de Paris, que Mme C a séjourné au Cameroun du 10 novembre 2016 au 16 octobre 2017, soit plus de trois mois au cours de l'année civile 2017. Par suite, c'est à bon droit que la ville de Paris a estimé que la requérante n'était pas éligible au RSA au titre du mois d'octobre 2017 faute de pouvoir justifier d'un mois complet de présence sur le territoire français.
9. En second lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier des éléments transmis par la CAF de Paris aux services de la Ville de Paris que Mme C a perçu une allocation de RSA d'un montant de 548,58 euros au titre des mois de novembre et décembre 2017. L'intéressée a ensuite reçu une allocation de RSA de 545,48 euros au titre de janvier 2018 et elle a bénéficié d'un rappel de 1 090,96 euros au titre des mois de février et mars 2018.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées. Les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs.
Sur l'indu d'ALS :
11. Aux termes de l'article R. 823-10 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement sont dues à compter du premier jour du mois civil suivant celui au cours duquel les conditions d'ouverture du droit sont réunies. Toutefois, lorsque ces conditions sont réunies antérieurement au mois de la demande, l'aide est due à compter du premier jour du mois au cours duquel la demande est déposée. ".
12. En premier lieu d'une part, il résulte de l'instruction que Mme C, suite à son retour sur le territoire français, a emménagé dans une chambre occupée au sein de l'hôtel de France, 1 rue Pierre Dupont, dans le 10ème arrondissement de Paris, le 10 novembre 2017 et qu'elle a effectué des démarches auprès des services de la CAF de Paris afin de faire valoir ses droits à l'aide au logement à compter du mois de décembre 2017. Dans ces conditions, elle remplissait les conditions d'ouverture du droit à l'ALS antérieurement au mois de décembre 2017. Par suite, Mme C a droit au versement de l'ALS à compter du premier jour du mois au cours duquel sa demande a été déposée, soit à compter du 1er décembre 2017.
13. D'autre part, il résulte de cette même instruction, notamment des copies d'écran versés en défense que si les droits de la requérante à l'ALS ont été ouverts initialement à compter de février 2018, la CAF de Paris a procédé à la régularisation des prestations, le 13 juin 2018 pour les mois de décembre 2017 et janvier 2018 pour un montant total de 554 euros. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que les dispositions précitées de l'article R. 823-10 du code de la construction et de l'habitation auraient été méconnues. Enfin, si Mme C fait valoir qu'elle a entamé des démarches afin de bénéficier de l'ALS dès son retour sur le territoire français en octobre 2017, elle ne présente aucune conclusion tendant au versement de cette mensualité dans le cadre de la présente instance, et en tout état de cause, elle n'établit pas avoir effectué des démarches afin de bénéficier de cette allocation, ni qu'elle se serait trouvée dans l'impossibilité de faire valoir ses droits en raison du rapport d'enquête diligenté par les services de la CAF de Paris en janvier 2018.
14. En second lieu, Mme C soutient qu'elle n'a pas bénéficié de l'ALS entre le mois de décembre 2017 et le mois de mars 2018. Toutefois, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 13, qu'une régularisation a été effectuée par la CAF de Paris en juin 2018 afin de procéder à l'ouverture de droits à l'ALS au titre des mois de décembre 2017 et janvier 2018 pour un montant total de 554 euros. En outre, des droits à l'ALS correspondant aux mois de février et mars 2018, ont été ouverts pour un montant de 554 euros, à la suite d'un rappel de prestation effectué le 4 avril 2018.
15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées. Les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs.
Sur les retenues effectuées :
16. En premier lieu, la CAF de Paris a procédé le 4 avril 2018 à une régularisation correspondant au versement de l'ALS au titre des mois de février et mars 2018 et du RSA au titre de mois de janvier, février et mars 2018 pour une somme totale 2 190,44 euros. Il résulte de l'instruction que l'administration justifie des retenues sur cette somme pour un montant de 314,25 euros correspondant à un indu d'ALS au titre des mensualités d'août à octobre 2016, au demeurant annulé ultérieurement et, d'une retenue de 260 euros correspondant à une modification du montant de l'ALS versée au titre de mensualités de juin à juillet 2016 à la suite d'un changement de situation de l'intéressée. Il résulte également de l'instruction qu'une compensation RSA a été effectuée pour un montant de 535,17 euros et régularisée ultérieurement dans la mesure où la requérante remplissait les conditions pour bénéficier du RSA en novembre 2016. En revanche, à la suite de la mesure d'instruction diligentée en ce sens, la CAF de Paris a indiqué ne pas être en mesure de déterminer l'origine des autres retenues effectuées. Par suite, Mme C est fondée à demander la restitution de la somme de 1 081,02 euros.
17. En deuxième lieu, la CAF de Paris a procédé le 13 juin 2018 à une régularisation correspondant au versement de l'ALS au titre des mois de décembre 2017 et janvier 2018 et du RSA au titre des mois de novembre et décembre 2017 pour une somme totale de 1 639,16 euros. Il résulte de l'instruction qu'une compensation RSA a été effectuée pour un montant de 110,40 euros en raison de l'application du forfait logement et qu'une retenue sur prestation a été effectuée pour un montant de 178,38 euros correspondant à un indu de RSA pour novembre 2016 régularisé ultérieurement. A la suite de la mesure d'instruction diligentée en ce sens, la CAF de Paris a indiqué ne pas être en mesure de déterminer l'origine des autres retenues effectuées. Par suite, Mme C est fondée à demander la restitution de la somme de 1 350,38 euros.
18. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que la CAF de Paris a initialement effectué des retenues afin d'obtenir la restitution des sommes versées au titre de la mensualité de RSA correspondant au mois de novembre 2016 alors que Mme C remplissait les conditions pour bénéficier de cette allocation. Il résulte de cette même instruction que les droits de l'intéressée ont été réexaminés à compter du 9 mai 2019 et que des droits lui ont été ouverts pour un montant de 1 031,43 euros correspondant au RSA de novembre 2016 (802,76 euros) et à la prime exceptionnelle de fin d'année (PEFA) 2016 (218,67 euros) mais qu'une retenue a été effectuée s'agissant de cette dernière prestation. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, Mme C remplissait les conditions pour bénéficier du RSA au titre des mois de novembre et décembre 2016 dès lors qu'elle n'avait pas été absente du territoire français plus de 90 jours au cours de l'année civile 2016 et pouvait donc à ce titre prétendre au bénéfice de la PEFA 2016. Dans ces conditions, la CAF ne pouvait retenir la somme de 228,67 euros sur les prestations en litige, et Mme C est fondée à en demander la restitution.
19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est fondée à demander à la CAF de Paris de lui restituer la somme de 2 650,07 euros irrégulièrement retenue sur ses prestations d'ALS et de RSA.
Sur les conclusions à fin indemnitaire :
20. L'intéressée fait valoir que les fautes commises par la CAF dans la gestion de son dossier ont entrainé des pertes financières qui l'ont empêchée de s'acquitter de frais de visa pour la Grande Bretagne où elle envisageait de développer un projet professionnel lui garantissant une rémunération substantielle. Toutefois, la requérante n'établit pas que les sommes irrégulièrement retenues par la CAF de Paris présenteraient un lien de causalité direct et certain avec l'absence d'aboutissement de son projet professionnel. Dans ces conditions, les conclusions indemnitaires de Mme C ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
21. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre à la CAF de Paris de restituer à Mme C la somme de 2 660,07 euros. En revanche, il n'y a pas lieu de prononcer une astreinte
Sur les frais d'instance :
22. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Kervennic renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge solidaire de la ville de Paris et de la caisse d'allocations familiales de Paris le versement à Me Kervennic de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La caisse d'allocations familiales de Paris est condamnée à restituer à Mme C la somme de 2 660,07 euros.
Article 2 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales de Paris de restituer cette somme à Mme C dans le délai de deux mois à compter de la décision à intervenir.
Article 3 : Sous réserve que Me Kervennic renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, la ville de Paris et la caisse d'allocations familiales de Paris verseront à Me Kervennic, avocat de Mme C, une somme de 1 200 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Kervennic, à la caisse d'allocations familiales de Paris et à la ville de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
La magistrate désignée,
S. BLa greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2111850/6-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026