vendredi 9 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2112977 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ADDEN AVOCATS MEDITERRANEE (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 juin 2021, 28 janvier et 8 février 2022, Mme A C, épouse B, représentée par Me Giudicelli, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement l'Etat et le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) à lui verser la somme de 259 933 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er avril 2021, date de sa demande préalable, et de la capitalisation de ces intérêts à compter du 1er avril 2022 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat et du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière une somme de 3 000 euros chacun en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison, d'une part, de la faute constituée par la délivrance, en 2015, de fausses informations sur la procédure à suivre et, d'autre part, de la faute constituée par le refus de délivrance d'une autorisation d'exercice de la profession de chirurgien-dentiste ;
- cette faute a causé un préjudice tiré de la privation d'exercice de sa profession de chirurgien-dentiste depuis le 20 novembre 2016, date du refus de délivrance de l'autorisation d'exercice, ainsi qu'un préjudice moral du fait des conséquences de ce refus sur sa vie personnelle.
Par un mémoire enregistré le 29 décembre 2021, la directrice générale du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière, représentée par Me Poput, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2022, le ministre des solidarités et de la santé conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres,
- le code de la santé publique,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doan,
- les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public,
- et les observations de Me Belorgey, représentant Mme C, épouse B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, épouse B, de nationalité française, titulaire du diplôme de docteur en chirurgie dentaire, délivré le 21 mars 2001 par l'université du Costa Rica, a obtenu l'homologation académique de son diplôme en Espagne, le 3 avril 2014. Elle a sollicité, le 20 octobre 2016, auprès du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG), sur le fondement des dispositions du II de l'article L. 4111-2 du code de la santé publique, une autorisation d'exercer en France la profession de chirurgien-dentiste. Par une décision du 28 août 2017, la directrice générale du CNG a rejeté sa demande. Par un jugement du 26 octobre 2018, le tribunal administratif de Paris a annulé cette décision et a enjoint à la ministre des solidarités et de la santé de délivrer à Mme C l'attestation prévue par l'article L. 232-3 du code des relations entre le public et l'administration dans un délai d'un mois. Cette attestation lui a été délivrée le 29 novembre 2018. Par un courrier du 25 avril 2019, Mme C a été invitée à compléter son dossier, présenté à la commission d'autorisation d'exercice le 8 février 2019. Par un courrier du 1er avril 2021, reçu le 7 avril 2021, Mme C a adressé au CNG une demande indemnitaire préalable aux fins d'obtenir l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison des fautes commises par le ministre des solidarités et de la santé et le CNG, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme C demande de condamner solidairement l'Etat et le CNG à lui verser la somme de 259 933 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er avril 2021 et de la capitalisation de ces intérêts à compter du 1er avril 2022.
Sur la faute tirée du caractère erroné des informations communiquées le 15 juillet 2015 :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 4111-2 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable : " I. - Le ministre chargé de la santé peut, après avis d'une commission comprenant notamment des délégués des conseils nationaux des ordres et des organisations nationales des professions intéressées, choisis par ces organismes, autoriser individuellement à exercer les personnes titulaires d'un diplôme, certificat ou autre titre permettant l'exercice de la profession de médecin, chirurgien-dentiste ou sage-femme dans le pays d'obtention de ce diplôme, certificat ou titre. () II. - L'autorité compétente peut également, après avis d'une commission composée notamment de professionnels, autoriser individuellement à exercer la profession () de chirurgien-dentiste, le cas échéant dans la spécialité, () les ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne ou d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen, titulaires de titres de formation délivrés par un Etat tiers, et reconnus dans un Etat, membre ou partie, autre que la France, permettant d'y exercer légalement la profession. Dans le cas où l'examen des qualifications professionnelles attestées par l'ensemble des titres de formation et de l'expérience professionnelle pertinente fait apparaître des différences substantielles au regard des qualifications requises pour l'accès à la profession et son exercice en France, l'autorité compétente exige que l'intéressé se soumette à une mesure de compensation qui consiste, au choix du demandeur, en une épreuve d'aptitude ou en un stage d'adaptation dans la spécialité ou le domaine concerné. " Aux termes de l'article 23 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres : " Les membres de la famille du citoyen de l'Union, quelle que soit leur nationalité, qui bénéficient du droit de séjour ou du droit de séjour permanent dans un État membre, ont le droit d'y entamer une activité lucrative à titre de travailleur salarié ou de non salarié. "
3. Par l'ordonnance n° C 229/07 du 21 janvier 2008, la Cour de justice des communautés européennes a dit pour droit que les dispositions de l'article 23 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 ne s'opposent pas à ce qu'un État membre refuse à un ressortissant d'un État tiers, conjoint d'un ressortissant communautaire n'ayant pas fait usage de son droit de libre circulation, de se prévaloir des règles communautaires relatives à la reconnaissance mutuelle des diplômes et à la liberté d'établissement, et, d'autre part, n'oblige pas les autorités compétentes de l'État membre auprès duquel l'autorisation d'exercice d'une profession réglementée est sollicitée de prendre en considération l'ensemble des diplômes, certificats et autres titres, même s'ils ont été obtenus en dehors de l'Union européenne, et dès lors au moins qu'ils ont fait l'objet d'une reconnaissance dans un autre État membre, ainsi que l'expérience pertinente de l'intéressé, en procédant à une comparaison entre, d'une part, les compétences attestées par ces titres et cette expérience, et, d'autre part, les connaissances et les qualifications exigées par la législation nationale.
4. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 25 juin 2015, Mme C a demandé aux services du CNG des renseignements relatifs au droit d'exercice de la profession de chirurgien-dentiste en France. Le 15 juillet 2015, le CNG lui a répondu qu'elle pourrait présenter son dossier devant la commission d'autorisation pour la profession de chirurgien-dentiste selon la procédure dite " Hocsman " lorsqu'elle aurait obtenu la nationalité française, dès lors qu'elle était alors de nationalité costaricaine. Mme C soutient que cette réponse est constitutive d'une faute engageant la responsabilité de l'Etat, au motif qu'elle aurait pu, en tant qu'épouse d'une ressortissante française, bénéficier de la procédure prévue par les dispositions du II de l'article L.4111-2 du code de la santé publique et des droits ouverts par la directive précitée du 29 avril 2004.
5. Il est constant que Mme C a déposé sa demande dans le cadre des dispositions du II de l'article L.4111-2 du code de la santé publique. Toutefois, d'une part, les dispositions de cet article ne sont applicables qu'aux ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne ou d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen, et ne prévoient aucune procédure propre aux conjoints de ressortissants d'un Etat membre de l'Union. D'autre part, si Mme C se prévaut de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, il n'est pas établi, ni même allégué, que Mme B, épouse de Mme C, ait fait usage de son droit de libre circulation au sens des stipulations de la directive du 29 avril 2004, dès lors qu'elle résidait en France. Ainsi, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le ministre de la santé aurait méconnu les dispositions du code de la santé publique et les dispositions communautaires relatives à la reconnaissance mutuelle des diplômes et lui aurait, ainsi, communiqué des informations erronées.
6. Par suite, la faute tirée de la communication d'informations erronées doit être écartée.
Sur la faute tirée de l'illégalité de l'attestation délivrée le 29 novembre 2018 :
7. D'une part, aux termes de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le silence gardé pendant deux mois par l'administration sur une demande vaut décision d'acceptation ". Aux termes de l'article L. 232-3 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision implicite d'acceptation fait l'objet, à la demande de l'intéressé, d'une attestation délivrée par l'administration. "
8. Par le jugement du 26 octobre 2018, le tribunal administratif a annulé la décision du 28 août 2017 par laquelle la directrice générale du CNG a retiré la décision implicite d'acceptation née du silence gardé pendant deux mois par la ministre chargée de la santé sur la demande de Mme C d'autorisation d'exercer en France la profession de chirurgien-dentiste, et a enjoint à la ministre de délivrer à l'intéressée l'attestation d'acceptation prévue par l'article L. 232-3 précité du code des relations entre le public et l'administration. Une attestation a été délivrée le 29 novembre 2018 à Mme C. Toutefois, cette attestation se borne à indiquer que la demande d'autorisation d'exercice de Mme C sera examinée par la commission d'autorisation d'exercice compétente lors de sa prochaine séance. Par suite, elle ne peut être regardée comme ayant exécuté le jugement du 26 octobre 2018, qui impliquait nécessairement qu'il soit délivré à Mme C une acceptation de sa demande d'autorisation d'exercice, et a, ainsi, méconnu l'autorité de la chose jugée.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer une autorisation d'exercice en application du jugement du 26 octobre 2018, l'Etat a commis une faute engageant sa responsabilité. Il y a lieu, par suite, de mettre à sa charge la réparation des préjudices subis par Mme C en raison de cette faute.
Sur les préjudices :
10. En premier lieu, Mme C soutient que les fautes commises par l'Etat ont eu pour conséquence de l'empêcher d'exercer en France la profession de chirurgien-dentiste du 1er octobre 2015, date à laquelle elle soutient qu'elle aurait pu obtenir son autorisation d'exercice si elle avait bénéficié d'informations exactes de la part du CNG le 15 juillet 2015, au 30 mai 2019, date à laquelle elle aurait pu s'installer professionnellement en France après que son droit d'exercer a été définitivement reconnu en application du jugement du 26 octobre 2018 et qu'elle aurait pu accomplir les démarches nécessaires à son déménagement. Toutefois, il n'est ni établi ni même allégué qu'un tel préjudice serait lié à la faute tirée du défaut d'exécution du jugement du 26 octobre 2018. Par suite, et dès lors que la faute tirée de la communication d'informations erronées le 15 juillet 2015 ne peut être reconnue, la demande présentée par Mme C au titre de son préjudice professionnel doit être rejetée.
11. En deuxième lieu, si Mme C fait valoir qu'en raison des informations communiquées le 15 juillet 2015, elle a dû s'installer en Espagne et a ainsi connu de multiples difficultés dans sa vie personnelle et familiale, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que ce préjudice ne peut être lié à la faute tirée du défaut d'exécution du jugement du 26 octobre 2018.
12. En troisième lieu, Mme C soutient que la faute de l'Etat a provoqué chez elle un manque de reconnaissance de ses qualités professionnelles et une incompréhension face à la procédure à suivre. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice moral issu de la faute tirée de la non-application du jugement du 26 octobre 2018 en lui accordant la somme de 1 000 euros à ce titre.
Sur les droits de Mme C :
13. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à Mme C la somme de 1 000 euros en réparation de ses préjudices. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 1er avril 2021, date de réception de sa demande préalable. Ils seront capitalisés au 1er avril 2022 et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat et du centre national de gestion, globalement, une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme C une somme de 1 000 euros en réparation de ses préjudices. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 1er avril 2021, date de réception de sa demande préalable. Ils seront capitalisés au 1er avril 2022 et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 2 : Il est mis respectivement à la charge de l'Etat et du centre national de gestion une somme de 750 euros chacun au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au ministre des solidarités et de la santé et à la directrice générale du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière.
Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Versol, présidente,
M. Pény, premier conseiller,
M. Doan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.
Le rapporteur,
R. Doan
La présidente,
F. Versol La greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2112977/6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026