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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2112986

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2112986

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2112986
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre - R.222-13
Avocat requérantTURLAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 juin 2021 et un mémoire enregistré le 1er juillet 2022, M. A B, représenté par Me Turlan, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 21 avril 2021 par laquelle la maire de Paris a rejeté le recours qu'il a formé contre la décision du 9 février 2021 lui demandant de rembourser la somme de 8 179,04 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active (RSA) pour la période du 1er juin 2017 au 30 avril 2019 ;

2°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 9 février 2021 en vue du recouvrement de cette somme ;

3°) d'enjoindre à la Ville de Paris et à la caisse d'allocations familiales de Paris de lui rembourser la somme de 1 051,10 euros indûment prélevée dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) à titre subsidiaire, de limiter le montant de son indu à la somme de 1 250,74 euros ;

5°) de lui accorder la remise gracieuse de sa dette ;

6°) de mettre à la charge de la Ville de Paris et de la caisse d'allocations familiales de Paris la somme de 1 800 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée du 21 avril 2021 est insuffisamment motivée ;

- elle ne pouvait légalement être fondée sur l'absence de déclaration à la caisse d'allocations familiales (CAF) de l'aide versée par ses parents, cette somme devant être regardée comme une aide financière au sens de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles puisqu'elle visait à permettre au requérant de payer le montant de son loyer, dont la CAF savait qu'il était supérieur au montant de l'aide au logement perçue ;

- le montant de l'indu qui lui est réclamé est erroné ;

- sa bonne foi et sa situation de précarité justifient qu'une remise gracieuse de sa dette lui soit accordée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2022, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Turlan, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a bénéficié du revenu de solidarité active (RSA) à la suite de sa demande déposée le 17 décembre 2015. Une enquête diligentée par la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris a conclu que le requérant avait omis, dans ses déclarations trimestrielles de ressources, de mentionner une partie de ses ressources, consistant en des aides financières versées par ses parents, du mois de janvier 2017 au mois de mars 2019, pour un montant mensuel de 300 à 500 euros. Les droits du requérant ont alors été recalculés en tenant compte de ces ressources, ce qui a conduit la CAF de Paris à lui demander de rembourser la somme totale de 9 230,14 euros correspondant à un indu de RSA pour la période du mois juin 2017 au mois d'avril 2019. Le 31 décembre 2020, la CAF de Paris a transféré cette créance, dont le montant s'élevait alors, compte tenu des prélèvements effectuées, à la somme de 8 179,04 euros, à la Ville de Paris. Le requérant a formé un recours contre la décision de la Ville de Paris du 9 février 2021 l'en informant. Il demande, à titre principal, l'annulation de la décision du 21 avril 2021 par laquelle la maire de Paris a rejeté ce recours ainsi que de l'avis des sommes à payer émis le 9 février 2021 en vue du recouvrement de cette somme. Il demande également, à titre subsidiaire, la remise gracieuse de sa dette.

Sur l'indu :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération.

4. En l'espèce, la décision du 21 avril 2021 précise que l'examen du dossier de M. B a fait apparaître qu'il n'avait pas déclaré la pension alimentaire versée par ses parents entre le mois de janvier 2017 et le mois d'avril 2019, pour un montant mensuel de 300 à 500 euros et que compte tenu de la réintégration de ces ressources dans le calcul de ses droits au RSA, il avait perçu un indu de RSA d'un montant de 9 230,14 euros pour la période du mois de juin 2017 au mois d'avril 2019. Dès lors, cette décision est suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre (). ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : / () 4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". Aux termes de l'article R. 262-11 de ce code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation () ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". ". Enfin, aux termes de l'article L. 262-46 code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () ".

6. Les aides apportées par des proches ne sauraient être assimilées ni à des " aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ", ni à des " aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation " au sens du 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, lequel vise, en application du 4° de l'article L. 262-3 du même code, des prestations et aides sociales à finalité sociale particulière. Ainsi, M. B n'est pas fondé à soutenir que la CAF de Paris puis la maire de Paris ne pouvaient légalement estimer que les aides versées par ses parents constituaient des ressources à prendre en compte dans le calcul de ses droits au RSA.

7. En troisième lieu, si M. B fait valoir que l'aide versée par ses parents ne lui permettait de disposer, après paiement de son loyer, que de 54,38 euros par mois, cette circonstance est sans incidence sur le montant total de la somme versée mensuellement par ses parents sur son compte bancaire, lequel devait à bon droit être pris en compte dans son intégralité pour déterminer le montant total des ressources perçues sur la période. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le montant de l'indu qui lui est réclamé est erroné.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la maire de Paris était fondée à réclamer l'indu de RSA d'un montant de 8 179,04 euros mis à la charge de M. B et que, par voie de conséquence, ce dernier n'est pas fondé à demander l'annulation de l'avis des sommes à payer émis le 9 février 2021.

Sur la demande de remise gracieuse :

9. En vertu de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, la dette correspondant à un indu de RSA " peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".

10. Pour demander la remise gracieuse de sa dette, M. B se prévaut de sa bonne foi et de sa situation de précarité. Toutefois, il n'apporte aucun élément relatif à sa situation financière actuelle et ne démontre ainsi pas se trouver à la date du présent jugement dans une situation de précarité telle qu'il ne pourrait faire face au remboursement de sa dette. Dès lors, il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande tendant à la remise de sa dette.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la Ville de Paris.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

La magistrate désignée,

E. C Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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