jeudi 22 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2113191 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | LE GALL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 22 juin 2021, le 14 septembre 2021 et le 29 mars 2022, M. B C, représenté par Me Le Gall, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 mai 2021 par laquelle la Ville de Paris lui a demandé de rembourser la somme de 9 125,88 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active (RSA) ;
2°) de le décharger du paiement de cette somme ;
3°) à titre subsidiaire, de lui accorder un délai de 24 mois pour s'acquitter de sa dette.
Il soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'incompétence ;
- a méconnu la procédure contradictoire prévue à l'article L.121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que ses séjours à l'étranger ont été inférieurs à 6 mois, et qu'il n'a reçu qu'une aide ponctuelle d'un ami qui ne devait pas être prise en compte dans le calcul de ses ressources.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2022, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de l'action sociale et des familles,
- le code de la sécurité sociale,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
M. C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2021.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. A a donné lecture de son rapport au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C a perçu le revenu de solidarité active (RSA) à compter de décembre 2018. A la suite d'un contrôle effectué par la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris dont les conclusions ont été rendues le 23 octobre 2020, des séjours à l'étranger d'une durée de 174 jours en 2018, de 176 jours en 2019 et de 110 jours de janvier à octobre 2020 ont été constatés, ainsi que des virements mensuels sur la période de juin 2017 à août 2020 d'un montant total de 4 312 euros en 2018, de 10 311 euros en 2019 et de 3 917 euros en 2020. La Ville de Paris a, par décision d'opportunité du 9 décembre 2020, demandé à la CAF de revoir la situation de M. C. La CAF a alors réintégré ces ressources non déclarées et recalculé les droits de l'intéressé et estimé qu'il était redevable d'un trop perçu de RSA d'un montant de 9 125,88 euros pour la période du 1er décembre 2018 au 30 novembre 2020. Par un courrier en date du 8 décembre 2020, la CAF a informé M. C qu'il était redevable de ce trop perçu de RSA. M. C a formé des recours préalables les 4 janvier et 26 mars 2021, qui ont été rejetés par une décision du 5 mai 2021, dont M. C demande, par la présente requête, l'annulation. Par une décision du 22 juillet 2021, la Commission de recours amiable de la CAF a accordé à M. C une remise de dette d'un montant de 6 804,66 euros, laissant à sa charge la somme de 1 980,56 euros à rembourser au titre de l'indu de RSA. A la suite de retenues sur ses versements, le solde restant à rembourser s'élève à 1 314,81 euros.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :
2. En premier lieu, la décision du 5 mai 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental de Paris a rejeté le recours formé par M. C a été signée par Mme E D, responsable de section au bureau du RSA, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet consentie par un arrêté en date du 1er août 2017 de la maire de Paris, présidente du conseil de Paris siégeant en formation de conseil départemental, publié le 8 août 2017 au bulletin municipal officiel de la ville de Paris. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision aurait été signée par une autorité incompétente manque en fait.
3. En deuxième lieu, il résulte des dispositions du chapitre II du titre VI du livre II du code de l'action sociale et des familles, et en particulier des articles L. 262-46 et suivants, que le législateur a entendu, par ces dispositions, déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions relatives au revenu de solidarité active.
4. L'allocataire peut faire valoir ses observations en exerçant devant le président du conseil général le recours administratif préalable obligatoire, à caractère suspensif, mentionné à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, dans les conditions prévues par les dispositions réglementaires du même code.
5. M. C, qui disposait de ce recours administratif préalable, ne peut utilement soutenir que la décision contestée serait entachée d'un vice de procédure en l'absence de procédure contradictoire. Au demeurant, il résulte de l'instruction que M. C a fait valoir ses observations lors des recours qu'il a exercés, devant la ville de Paris, les 4 janvier et 26 mars 2021, contre la décision de la caisse d'allocations familiales lui notifiant un trop perçu de revenu de solidarité active. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ".
7. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de RSA, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elle mentionne et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de RSA a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le RSA ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du RSA est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
8. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. C a été absent du territoire national du 26 février au 26 avril 2018, du 1er septembre au 25 décembre 2018, du 29 avril au 20 mai 2019, du 3 juin au 26 septembre 2019, du 9 décembre 2019 au 21 décembre 2019, du 13 janvier au 6 février 2020, et du 13 juillet au 7 octobre 2020. M. C ne conteste pas ces absences du territoire. S'il soutient que la durée annuelle de ces séjours a été inférieure à 6 mois, cette circonstance est sans incidence sur ses droits au RSA au regard des dispositions précitées. Par suite, la CAF était fondée à retenir qu'il n'était pas éligible au RSA pour les périodes de décembre 2018, avril à septembre 2019, décembre 2019, janvier et février 2020 et juillet à octobre 2020.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, (), l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". L'article R. 262-11 du même code dispose : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation () ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".
10. Il résulte des dispositions législatives et réglementaires précitées que les aides apportées par des amis ou des parents ne sauraient être assimilées à des " aides et secours financiers dont le montant et la périodicité n'ont pas de caractère régulier " ni à des " aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion des bénéficiaires () dans le domaine du logement " mentionnées au 14° de l'article R. 262-11 du code précité. Dès lors, ces aides doivent être prises en compte dans le calcul des ressources pour la détermination du montant de l'allocation de RSA, quel que soit l'usage qui en est fait.
11. M. C soutient que les dépôts effectués sur son compte bancaire résultaient de versements ponctuels réalisés par son ancien compagnon, qui ne pouvaient être regardés comme des revenus. Toutefois, au regard de la régularité des versements, effectués chaque mois d'août 2018 à août 2020, pour des montants allant de 47 à 2 514 euros, la Ville de Paris était fondée à qualifier ces sommes de libéralités et, par suite, à les prendre en compte pour procéder à un nouveau calcul des droits au RSA de l'intéressé.
12. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur la demande de délai supplémentaire :
13. M. C sollicite un délai de 24 mois pour apurer sa dette. Toutefois, il résulte de l'instruction que le montant des retenues sur ses allocations de revenu de solidarité active mensuelles s'élève à 70 euros par mois. M. C ne produit aucun élément pour établir que cette somme serait incompatible avec ses ressources et sa situation de précarité. Dans ces conditions, sa demande de délai supplémentaire pour s'acquitter de son indu de RSA doit être rejetée.
14. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la Ville de Paris et à la caisse d'allocations familiales de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
R. ALa greffière,
C. Blondel
La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé et au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui les concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2113191/6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026