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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2113253

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2113253

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2113253
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantMISPELON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juin 2021, M. et Mme B et D A représentés par Me Mispelon, demandent au tribunal :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016 et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que l'administration ne pouvait, dans le cadre de l'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle, effectuer de droit de communication sur les comptes bancaires de Mme Bensoussan Guez, avocate, sans l'autorisation d'une autorité indépendante et sans méconnaître l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les vérifications de comptabilité de l'activité de Mme E et de la SARL Elizabeth E avocat ont porté atteinte au secret professionnel de l'avocat ;

- la procédure d'imposition d'office de l'activité exercée à titre individuel par Mme E A est irrégulière dès lors que l'obligation de tenue et de présentation d'un fichier d'écritures comptables ne respectent pas le secret professionnel de l'avocat, l'article A 47-A du livre des procédures fiscales étant illégal ;

- les rehaussements sont injustifiés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénal ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique,

- et les observations de Me Mispelon, représentant M. et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle sur les années 2015 et 2016. La SELARL Elizabeth E avocat et l'activité d'avocat exercée par Mme E à titre individuel ont parallèlement fait l'objet d'une vérification de compatibilité. A l'issue de ces contrôles, l'administration fiscale a assujetti les requérants à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices non commerciaux au nom de Mme E A au titre des années 2015 et 2016 selon respectivement la procédure de redressement contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales et la procédure de taxation d'office prévue au 1° de l'article L. 66 et à l'article L. 67 du livre des procédures fiscales. M. et Mme A demandent au tribunal la décharge, en droits et pénalités, des impositions supplémentaires ainsi mises à leur charge.

Sur la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, l'article 99 du code général des impôts dispose que : " Les contribuables soumis obligatoirement au régime de la déclaration contrôlée ou qui désirent être imposés d'après ce régime sont tenus d'avoir un livre-journal servi au jour le jour et présentant le détail de leurs recettes et de leurs dépenses professionnelles. / Le livre-journal tenu par les contribuables non-adhérents d'une association de gestion agréée comporte, quelle que soit la profession exercée, l'identité déclarée par le client ainsi que le montant, la date et la forme du versement des honoraires ". Aux termes de l'article L. 13-0-A du livre des procédures fiscales : " Les agents de l'administration des impôts peuvent demander toutes informations relatives au montant, à la date et à la forme des versements afférents aux recettes de toute nature perçues par les personnes dépositaires du secret professionnel en vertu des dispositions de l'article 226-13 du code pénal. Ils ne peuvent demander de renseignements sur la nature des prestations fournies par ces personnes. ". Aux termes de l'article 226-13 du code pénal : " La révélation d'une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire soit par état ou par profession, soit en raison d'une fonction ou d'une mission temporaire, est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende ". Aux termes de l'article 226-14 du même code : " L'article 226-13 n'est pas applicable dans les cas où la loi impose ou autorise la révélation du secret ". Aux termes de l'article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971 dans sa rédaction à l'époque des faits : " En toutes matières, que ce soit dans le domaine du conseil ou dans celui de la défense, les consultations adressées par un avocat à son client ou destinées à celui-ci, les correspondances échangées entre le client et son avocat, entre l'avocat et ses confrères, à l'exception pour ces dernières de celles portant la mention " officielle ", les notes d'entretien et, plus généralement, toutes les pièces du dossier sont couvertes par le secret professionnel ". Aux termes de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales : " I. - Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contribuable qui fait l'objet d'une vérification de comptabilité satisfait à l'obligation de représentation des documents comptables mentionnés au premier alinéa de l'article 54 du code général des impôts en remettant au début des opérations de contrôle, sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables définies aux articles 420-1 et suivants du plan comptable général. ".

3. Les dispositions énoncées au point 2 imposent aux membres des professions dépositaires du secret professionnel, parmi lesquels les avocats, en vertu de l'article précité 226-13 du code pénal d'indiquer sur leurs documents comptables, outre le montant, la date et la forme du versement des honoraires, l'identité du client. Il résulte également des dispositions de l'article L. 13-0-A du livre des procédures fiscales, éclairées par les débats parlementaires à l'issue desquels elles ont été adoptées, que le législateur a entendu délimiter strictement le champ des informations que l'administration fiscale est susceptible de demander à ces professionnels. Ces dispositions ne font cependant pas obstacle à ce que l'administration prenne connaissance, pendant les opérations de contrôle, de factures établies par un avocat pour des prestations destinées à des clients nommément désignés, dès lors que ces documents ne comportent aucune indication, même sommaire, sur la nature des prestations fournies à ces clients. Elles font, en revanche, obstacle à ce que le vérificateur procède à des demandes complémentaires relatives à l'identité des clients concernés ou cherche à obtenir des renseignements sur la nature des prestations fournies. L'administration peut prendre connaissance, en consultant les seules pièces comptables qu'elle est en droit de consulter, de l'identité des clients auxquels des prestations ont été facturées ou ayant procédé aux paiements inscrits en comptabilité, à condition de ne pas procéder à des investigations complémentaires relatives à leur identité.

4. Il résulte de l'instruction que lors de la vérification de la comptabilité de l'activité de Mme A et celle de la SARL Elizabeth E avocat, l'administration a demandé à la requérante de justifier des recettes qu'elle a comptabilisées afin d'exclure les crédits qui ne seraient pas liés à son activité libérale. Il ne résulte d'aucun élément versé aux débats que l'administration aurait demandé, en méconnaissance des principes rappelés précédemment, des renseignements supplémentaires sur l'identité des clients auxquels des prestations auraient été facturées ni sur la nature des prestations. En outre, ni la circonstance, à la supposée établie, que Mme A n'aurait pas été informée, lors du contrôle de la SARL Elizabeth E avocat, de la nécessité d'exclure les informations couvertes par le secret professionnel, ni la circonstance que l'administration fiscale aurait consulté des factures d'honoraires de la requérante mentionnant les noms des clients et les prestations fournies, alors qu'il revenait à la requérante, dans le cadre de ses obligations déontologiques d'occulter les mentions contraires au respect du secret professionnel de l'avocat, ne sauraient révéler une méconnaissance de ce secret par l'administration. Par suite, le moyen tiré de ce que les vérifications de comptabilité de l'activité de Mme E et de la SARL Elizabeth E avocat auraient porté atteinte au secret professionnel de l'avocat doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales : " Peuvent être évalués d'office : () / 2° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus non commerciaux ou des revenus assimilés lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 97 du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal. () Les dispositions de l'article L. 68 sont applicables dans les cas d'évaluation d'office prévus aux 1° et 2° ". Aux termes de l'article L. 68 du même livre, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. ".

6. M. et Mme A soutiennent que la procédure d'imposition d'office de l'activité exercée à titre individuel par Mme E A est irrégulière au motif que Mme E A était dans l'impossibilité de transmettre la comptabilité de son activité individuelle au titre des années 2015 et 2016 sans méconnaître le secret professionnel de l'avocat, compte tenu des termes de l'article A 47 A 1 du livre des procédures fiscales, dont les requérants invoquent l'illégalité en tant qu'il mentionne, parmi les informations à inclure dans le fichier des écritures comptables, la " nature de l'opération " et " l'identification du client ". Il résulte toutefois de l'instruction que la procédure de taxation d'office mise en œuvre ne résulte pas du caractère incomplet des mentions figurant sur un fichier des écritures comptables, mais d'un défaut de déclaration dans le délai légal et d'un défaut de régularisation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. Il s'ensuit que le moyen ainsi énoncé doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. et Mme A se prévalent d'un arrêt de la Cour européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n°69436/10 du 1er mars 2016, " Brito Ferrinho Bexiga Villa Nova c/ Portugal ", qui juge que l'intervention d'un organisme indépendant était nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, pour autoriser la demande de relevés de comptes bancaires personnels d'un avocat par l'administration au cabinet de cet avocat, dans le cadre d'une procédure pénale, les informations réclamées étant couvertes par le secret professionnel. Toutefois, il ressort des termes de cet arrêt que la Cour s'est fondée sur des irrégularités commises au regard du droit interne du Portugal, les ingérences prévues au 2° de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne pouvant être regardées comme ayant respecté le droit interne. Or, en l'espèce, Mme E ne démontre nullement que l'administration fiscale aurait méconnu des dispositions du droit interne relatives à la protection du secret professionnel. Ainsi, la mise en œuvre de ses pouvoirs d'investigation par l'administration fiscale, dans un but légitime et sur le fondement des dispositions de l'article L. 83 du livre des procédures fiscales, dans les limites de l'article L. 13-0 A du même livre, ne constitue pas une violation des stipulations de l'article 8 cité au point précédent. Par suite, le moyen tiré de ce que les relevés bancaires d'un avocat sont couverts par le secret professionnel doit être écarté.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

9. En se bornant à soutenir que l'administration se contente d'indiquer des sommes qui auraient été perçues sur leurs comptes bancaires sans apporter des éléments de nature à justifier le caractère imposable de celle-ci, M. et Mme A ne contestent pas utilement le bien-fondé des impositions en litige.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et D A et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La rapporteure,

A. C

Le président,

C. FOUASSIER

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au ministre délégué chargé des comptes publics, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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