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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2114850

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2114850

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2114850
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantDELFLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juillet 2021, la société Abelag Aviation, représentée par Me Delfly, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision n° 19/217 du 2 avril 2019 par laquelle l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) lui a infligé une amende administrative d'un montant de 8 000 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juin 2022, l'ACNUSA, représentée par la SCP Lyon-Caen et Thiriez, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête comme étant tardive, et à titre subsidiaire au rejet de la requête et au maintien par le tribunal d'une sanction administrative d'un montant de 8 000 euros. Elle demande également au tribunal de mettre à la charge de la société Abelag Aviation une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () ".

Sur les conclusions de la requête de la société Abelag Aviation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-1 du même code : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de l'article R. 421-7 de ce code : " () Ce même délai est augmenté de deux mois pour les personnes qui demeurent à l'étranger. () ". Il résulte des dispositions citées au point 2 que lorsque la notification ne comporte pas les mentions requises, ce délai n'est pas opposable.

4. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

5. La société Abelag Aviation fait valoir que la décision attaquée lui a été notifiée à l'adresse de son siège d'exploitation à Zaventem, en Belgique, et pas à l'adresse de son siège social, situé à Wevelgem, également en Belgique. Toutefois, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté par la société requérante qu'elle a eu connaissance de la décision attaquée lorsqu'elle a réceptionné le 19 juillet 2019 à cette même adresse le titre de perception en date du 1er juillet 2019 concernant l'amende que lui inflige cette décision. Dans ces conditions, et sans que la société requérante puisse utilement faire valoir qu'elle n'a eu connaissance du contenu de la décision attaquée que le 26 janvier 2021, l'intéressée doit être regardée comme ayant eu connaissance de la décision attaquée au plus tard le 19 juillet 2019. S'il est constant que l'ACNUSA a manqué à son obligation d'informer la société requérante des voies et délais de recours, ce qui ne permet pas de lui opposer les délais de recours fixés par le code de justice administrative, il résulte de l'instruction que la requête a été enregistrée le 7 juillet 2021, soit près de deux ans après la date à laquelle il est établi qu'elle a eu connaissance de la décision attaquée. Par suite, la requête de la société Abelag Aviation, qui n'a pas été enregistrée dans le délai de recours raisonnable d'un an dont elle disposait, et alors même qu'elle ne fait état d'aucune circonstance particulière justifiant que son recours ait été introduit au-delà de ce délai, est tardive. Elle doit être rejetée comme étant entachée d'une irrecevabilité manifeste en application des dispositions précitées du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur les frais de l'instance :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par l'ACNUSA au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Abelag Aviation est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'ACNUSA tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de la société Abelag Aviation au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Abelag Aviation et à l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires.

Fait à Paris, le 18 juillet 2022.

La présidente de la 4ème section,

M.-P. Viard

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance./4-1

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