jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2114969 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET COUBRIS, COURTOIS ET ASSOCIES (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2021, Mme C B, représentée par la SELARL Coubris, Courtois et associés, demande au tribunal :
1°) de reconnaître la responsabilité pour faute de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP) et de l'hôpital d'instruction des armées (HIA) de Percy dans la survenue des dommages qu'elle a subis du fait de sa prise en charge en décembre 2007 par le service des urgences de l'hôpital Lariboisière et par l'HIA de Percy ;
2°) de désigner un expert aux fins d'évaluer les préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux en lien avec les fautes médicales commises par l'AP-HP et l'HIA de Percy et de surseoir à statuer sur l'indemnisation des postes de préjudice ;
3°) de mettre à la charge de l'AP-HP et de l'HIA de Percy la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'AP-HP et de l'HIA de Percy doit être engagée du fait du retard de diagnostic commis à l'hôpital Lariboisière et de la faute médicale commise lors de l'intervention chirurgicale à l'HIA de Percy ayant entraîné l'oubli d'une compresse ;
- le rapport d'expertise remis à la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'Île-de-France ne permet pas d'identifier la part de responsabilité de l'HIA de Percy et la part qui doit éventuellement être réparée par la solidarité nationale, non plus que la répartition des postes de préjudice en fonction de leur lien de causalité avec les différentes fautes ;
- ces préjudices doivent être évalués par un expert désigné par le tribunal.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2021, le ministre des armées indique ne pas s'opposer à la réalisation d'une nouvelle expertise.
Il soutient que :
- le ministère des armées a adressé une proposition d'indemnisation sur la base de l'avis de la CCI, qui a été refusé par Mme B ;
- l'avis de la CCI et le rapport d'expertise sont contradictoires et entachés de lacunes.
La requête a été communiquée au directeur de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne et au directeur général de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris, qui n'ont pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, née le 28 juillet 1957, a subi une intervention de gastroplastie coelioscopique à la clinique du Val-de-Juine, à Etampes, le 15 juin 2005. A partir de novembre 2005, elle a commencé à ressentir des douleurs épigastriques anormales. Le 30 novembre 2005, elle a bénéficié d'une fibroscopie mettant en évidence deux fils intragastriques et permettant d'en retirer un. Le 4 janvier 2006, une deuxième fibroscopie visant à retirer le second fil intragastrique a échoué. Le 24 novembre 2006, une troisième fibroscopie est parvenue à réaliser l'opération. Le 12 décembre 2007, victime d'un malaise sur son lieu de travail et d'une importante fièvre, elle a été reçue à l'hôpital Lariboisière, et invitée à rentrer chez elle. Le 13 décembre 2007, elle a été admise à la clinique des Charmilles, où un épanchement pleural gauche et une fistule gastrique sur l'anneau gastrique lui ont été diagnostiqués. Elle a alors été transférée en urgence à l'hôpital d'instruction des armées (HIA) de Percy. Le 14 décembre 2007, des examens supplémentaires ont mis en évidence une ulcération avec perforation gastrique sur anneau de gastroplastie et un abcès périsplénique. Une intervention a été réalisée visant à l'ablation de l'anneau de gastroplastie, la suture de l'estomac et le drainage de l'abcès périsplénique. Une compresse ayant été oubliée lors de cette opération, une nouvelle intervention chirurgicale a eu lieu le 23 décembre 2007. Par une demande du 27 novembre 2017, Mme B a sollicité l'indemnisation de ses préjudices auprès de la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'Île-de-France, qui a ordonné la réalisation d'une expertise. Le rapport a été rendu le 7 mai 2018. Par un avis du 6 novembre 2018, la CCI a écarté la responsabilité de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP) et a retenu une responsabilité de l'Etat, à travers le ministère des armées, à hauteur de 50 %. Par un courrier du 6 février 2019, le ministère des armées a adressé une proposition d'indemnisation à Mme B, qui, en l'absence de réponse, a été refusée. Par la présente requête, Mme B sollicite la réparation des préjudices subis, et, avant-dire droit, la réalisation d'une nouvelle expertise.
2. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. "
3. Il résulte du rapport d'expertise du 7 mai 2018 que la cause des dommages subis par Mme B à l'occasion de sa prise en charge en décembre 2007 est plurielle et comprend, d'une part, une ulcération de la paroi gastrique, complication aléatoire liée à l'état antérieur de Mme B, d'autre part, un retard au diagnostic de la perforation gastrique, imputable à l'AP-HP en raison d'examens cliniques et paracliniques trop succincts, et l'oubli d'une compresse lors de la suture de la perforation gastrique, imputable à l'HIA de Percy en raison d'un défaut de comptage des compresses en début et fin de procédure. Le retard au diagnostic a, d'après l'expert, causé un retard de prise en charge de 36 heures, tandis que l'oubli de la compresse a nécessité une reprise chirurgicale puis une cure d'éventration.
4. Toutefois, si l'expert a précisé que la faute commise par l'AP-HP était responsable pour 20 % des souffrances endurées subies par Mme B, il n'a pas indiqué quelle part des préjudices de l'intéressée était imputable à la faute commise par l'HIA de Percy ni quelle part était imputable à la complication de l'état antérieur de Mme B. En outre, il résulte de l'instruction que l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des infections nosocomiales et des affections iatrogènes n'a pas été convié aux opérations d'expertise ayant donné lieu au rapport du 7 mai 2018.
5. Dans ces conditions, l'état de l'instruction ne permet pas au tribunal d'apprécier les liens de causalité, la nature et le montant des préjudices subis par Mme B en relation avec les différentes fautes commises ainsi que l'accident médical non-fautif. Dès lors, il y a lieu, avant de statuer sur la requête de Mme B, d'ordonner une expertise sur ce point, à laquelle, au demeurant, le ministère des armées ne s'oppose pas.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme B, procédé à une expertise médicale, confiée à un expert désigné par le président du tribunal administratif, en présence de Mme B, de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, du ministère des armées, de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne.
Article 2 : L'expert sera désigné par le président du tribunal. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il se fera communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme B, notamment tous documents relatifs au suivi médical, aux consultations préopératoires et aux actes de soins pratiqués lors de sa prise en charge.
Article 3 : L'expert aura pour mission de :
1°/ procéder à l'examen sur pièces de l'intégralité du dossier médical de Mme B ;
2°/ déterminer la cause des dommages subis par Mme B à l'occasion de sa prise en charge médicale en décembre 2007, et notamment d'évaluer la part de ces dommages imputables à l'état antérieur, à une faute éventuelle de l'AP-HP ou à une faute éventuelle de l'HIA de Percy, ainsi que la nature du lien de causalité entre ces fautes et les dommages survenus ;
3°/ déterminer l'éventuelle perte de chance subie par Mme B de bénéficier d'une amélioration de son état de santé ou d'éviter son aggravation en l'absence de faute commise par l'AP-HP ou l'HIA de Percy ;
4°/ déterminer la date de consolidation et d'évaluer les préjudices subis, en indiquant pour chacun d'entre eux dans quelle proportion il est imputable à chacune des fautes éventuelles, ainsi qu'il suit :
a) Préjudices patrimoniaux :
- temporaires (avant consolidation) : dépenses de santé, frais liés au handicap, frais divers, perte de gains professionnels ;
- permanents (après consolidation) : dépenses de santé, frais liés au handicap, frais divers, incidence professionnelle ;
b) Préjudices extrapatrimoniaux :
- temporaires (avant consolidation) : déficit fonctionnel temporaire, souffrances endurées, en les évaluant sur une échelle de 1 à 7, préjudice esthétique temporaire, en l'évaluant sur une échelle de 1 à 7 ;
- permanents (après consolidation) : déficit fonctionnel permanent, préjudice d'agrément, préjudice esthétique (échelle de 1 à 7), préjudice d'agrément, préjudice esthétique permanent, préjudice sexuel, préjudice d'établissement ;
5°/ d'apporter tout élément complémentaire qui serait selon lui susceptible d'éclairer le tribunal sur la nature et l'étendue des préjudices subis.
Article 3 : L'expert sera désigné par le président du tribunal. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2, R. 621-9 et R. 621-14 du code de justice administrative. Il se fera communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme B, notamment tous documents relatifs au suivi médical, aux consultations et aux actes de soins pratiqués lors de sa prise en charge par l'AP-HP et l'HIA de Percy. Il pourra entendre toute personne du service hospitalier ayant donné des soins à Mme B. Il pourra, s'il l'estime nécessaire, s'adjoindre le concours d'un sapiteur, après avoir préalablement obtenu l'autorisation du président du tribunal. L'expert déposera, dans un délai de trois mois à compter de sa désignation, son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera les copies aux parties intéressées telles que précisées au dernier article du présent jugement, le cas échéant, avec leur accord, sous forme électronique.
Article 4 : La présente expertise sera réalisée au contradictoire de Mme B, de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris, du ministère des armées, de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne.
Article 5 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.
Article 6 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à l'Assistance publique - hôpitaux de Paris, au ministère des armées, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Versol, présidente,
M. Pény, premier conseiller,
M. Doan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
Le rapporteur,
R. A
La présidente,
F. VersolLa greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026