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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2115321

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2115321

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2115321
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre - R.222-13
Avocat requérantPIERREY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 juillet 2021 et le 31 mars 2022, M. E D, représenté par Me Pierrey, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 février 2021 par laquelle la Ville de Paris lui a notifié un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 7 803,63 euros et la décision du 26 mai 2021 par laquelle la Ville de Paris a rejeté son recours préalable du 3 mars 2021 ;

2°) de le décharger du paiement de la somme de 7 803,63 euros en principal ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le quantum de la dette mise à sa charge est incertain ;

- l'indu qui lui est réclamé n'est pas justifié dès lors qu'il ne vivait pas dans le même foyer que sa conjointe ;

- pour la période d'avril 2018 à mars 2019, il a perçu un montant inférieur à 550,93 euros, montant du RSA à compter du mois d'avril 2018 ;

- les versements dont il a bénéficié de la part de ses parents d'avril à septembre 2019 consistaient en des dons en vue de son anniversaire et de son mariage.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2022, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles,

- le code de la sécurité sociale,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. B a donné lecture de son rapport au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D a perçu le revenu de solidarité active (RSA) à compter de 2016 et jusqu'à décembre 2019. A la suite d'un contrôle effectué par la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris dont les conclusions ont été rendues le 25 janvier 2020, des erreurs concernant sa situation familiale et ses ressources ont été retenues contre M. D. La Ville de Paris a, par décision d'opportunité du 2 mars 2020, demandé à la CAF de revoir la situation de M. D. La CAF a alors recalculé les droits de l'intéressé et estimé qu'il était redevable d'un trop perçu de RSA d'un montant de 7 803,63 euros pour la période du 1er juillet 2018 au 31 décembre 2019. Par un courrier en date du 4 juin 2020, la CAF a informé M. D qu'il était redevable de ce trop perçu de RSA. M. D a formé un recours préalable le 1er octobre 2020, qui a été rejeté par une décision du 26 mai 2021. En outre, par un courrier du 9 février 2021, la Ville de Paris lui a notifié le trop-perçu de RSA litigieux. Par une décision du 3 décembre 2020, la CAF de Paris lui a notifié une pénalité de 1 591 euros.

2. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler la décision du 26 mai 2021 par laquelle la Ville de Paris a rejeté son recours préalable du 1er octobre 2020, ensemble la décision du 9 février 2021 par laquelle la Ville de Paris lui a demandé de rembourser la somme de 7 803,63 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active.

3. En premier lieu, si M. D soutient que la créance relative à son indu de RSA n'est pas certaine, dès lors qu'il lui a d'abord été notifié un montant de 10 604,53 euros le 3 décembre 2020 puis un montant de 7 803,63 euros les 4 juin 2020, 12 janvier 2021 et 9 février 2021, il résulte de l'instruction que le montant de 10 604,53 euros comprenait un indu de RSA de 7 803,63 euros pour la période de juillet 2018 à décembre 2019, le reste de la somme étant composé d'un indu de RSA d'octobre 2017 à mars 2018, qui n'a pas fait l'objet d'un recours gracieux de M. D, et d'indus de prime exceptionnelle de fin d'année. Par suite, le moyen tiré de l'incertitude du quantum de la dette doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles: " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil () ". Aux termes de l'article R. 262-11 de ce code : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation (). " Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives () aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. " Aux termes de l'article L. 262-45 du même code : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, le département ou l'Etat en recouvrement des sommes indûment payées. " Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil général (), en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".

5. Il résulte de l'instruction que lors de sa demande de RSA, le 27 juillet 2016, M. D s'est déclaré être hébergé à titre gratuit, être célibataire et ne disposer d'aucun revenu. Le contrôleur de la CAF, ayant réalisé un contrôle au domicile de M. D le 7 novembre 2019, a relevé une situation de concubinage entre M. D et Mme A C sur la période du 15 novembre 2017 au 26 septembre 2019. M. D ne conteste pas entretenir une relation avec Mme A C, ce qu'il avait déclaré lors du contrôle de la CAF. Il est constant qu'ils ne partageaient pas le même domicile jusqu'au 19 août 2019. Toutefois, ils ont ouvert un compte joint le 15 novembre 2017, en indiquant à leur banque se trouver en situation d'union libre. En outre, ils se sont mariés le 27 septembre 2019. Si M. D soutient que le compte joint ne servait pas à réaliser des dépenses communes au foyer, et qu'il était majoritairement utilisé par Mme A C, les relevés produits au dossier comprennent des dépenses alimentaires et de transport qui peuvent relever de dépenses communes. Dans ces conditions, au regard des déclarations faites par M. D lui-même et du faisceau d'indices relevé par la CAF, et alors même que M. D et Mme A C ne partageaient pas, pendant la période litigieuse, de domicile commun, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que la Ville de Paris a pu retenir que M. D et Mme A C se trouvaient en situation de concubinage.

6. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que M. D a bénéficié, d'avril 2018 à janvier 2019 et de mars 2019 à septembre 2019, de pensions alimentaires mensuelles versées par ses parents, pour un montant variant de 45 euros à 1 645 euros. M. D ne conteste pas avoir perçu ces aides mensuelles, et ne pas les avoir mentionnées dans ses déclarations trimestrielles de ressources. Eu égard à leur montant et à leur périodicité, ces versements ne peuvent être regardés comme ayant la nature d'aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier au sens des dispositions précitées du 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles. Dès lors, cette aide doit être prise en compte dans le calcul des ressources pour la détermination du montant de l'allocation de RSA, quel que soit l'usage qui en est fait. Les sommes en litige devaient dès lors être prises en compte dans le total des ressources permettant de déterminer le montant de l'allocation de RSA. Dès lors, c'est à bon droit que la CAF a demandé à l'intéressé de rembourser le trop-perçu de RSA afférent à cette omission de déclaration.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à contester la régularité et le bien-fondé de la décision de récupération attaquée et de la décision de refus de son recours gracieux. Les conclusions de sa requête, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais d'instance, doivent donc être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à la Ville de Paris et à la caisse d'allocations familiales de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

R. BLe greffier,

C. Blondel

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé et au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui les concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2115321/6-3

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