vendredi 7 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2115323 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | HIRSCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 juillet 2021 et le 18 février 2022, Mme B C, représentée par Me Hirsch, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser la somme de 23 305 euros en réparation des préjudices qui lui ont été causés par sa prise en charge par le service des urgences de l'hôpital Bichat le 2 août 2009 ;
2°) à titre subsidiaire, d'ordonner avant dire droit une expertise médicale ;
3°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- elle était placée sous contention et sédation quand elle a fait une chute de son brancard. Cette chute lui a causé une fracture du radius gauche. Cette chute caractérise un manquement de l'AP-HP à son obligation de surveillance ;
- les préjudices en lien avec cette fracture ont été évalués par un médecin conseil désigné par son assurance protection juridique. Il y a lieu de retenir ses conclusions ;
- elle a présenté un déficit fonctionnel temporaire de classe 2 pendant un an. Il en sera fait une juste appréciation en le fixant à 1 825 euros ;
- son taux de déficit fonctionnel permanent, évalué à entre 5 et 10%, justifie une indemnisation d'un montant de 1 420 euros ;
- il sera fait une juste appréciation de ses souffrances, évaluées entre 3 et 3,5 sur 7, en les fixant à 8 500 euros,
- il sera fait une juste appréciation de son préjudice esthétique, évalué entre 0,5 et 1 sur 7, en le fixant à 100 euros ;
- elle justifie d'un besoin d'assistance par une tierce personne à hauteur d'une heure par jour du 2 août au 2 octobre 2019 puis de trois heures par semaine du 3 octobre au 2 novembre 2011. Elle est fondée à solliciter à ce titre les sommes respectives de 1 220 et 240 euros ;
- il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral en le fixant à 10 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2022, l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal ordonne avant dire droit une expertise médicale.
Elle soutient que :
- aucun défaut fautif de surveillance n'est établi, si bien que sa responsabilité ne saurait être engagée ;
- elle ne s'oppose pas à titre subsidiaire à la réalisation d'une expertise médicale avant dire droit.
Par ordonnance du 31 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 30 juin 2022.
La caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine, à qui la présente procédure a été communiquée, n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, née le 26 mars 1964, a été prise en charge
le 2 août 2019 par les sapeurs-pompiers, qui avaient été appelés pour une tentative de suicide par pendaison ayant nécessité, selon les déclarations de la patiente, un massage cardiaque externe par un tiers. A l'arrivée des sapeurs-pompiers à son domicile, elle était toutefois consciente bien qu'alcoolisée et ses constantes étaient normales. Elle a été conduite au service d'accueil et d'urgences de l'hôpital Bichat, lequel dépend de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris
(AP-HP) et y a été admise à 20h26 d'après son dossier médical. Elle a été prise en charge par l'infirmière d'accueil et d'orientation à 20h40 et a été conduite pour un examen dans un box. Il est constant qu'elle y a fait une chute depuis un brancard. Cette chute lui a causé une fracture du radius gauche. Il résulte de l'instruction qu'elle a ensuite été transférée dans un établissement de santé situé à Moisselles pour prise en charge de ses problèmes psychotiques. Une fois stabilisée, elle a pu bénéficier le 9 août 2019 d'une opération de sa fracture à l'hôpital Bichat, par ostéosynthèse à foyer ouvert par plaque antérieure. Mme C, qui ne conteste pas le caractère conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science de la prise en charge de sa fracture du radius gauche une fois celle-ci survenue, fait valoir que sa chute a été causée par une faute du service public hospitalier. Elle demande, sur le fondement de la responsabilité pour faute de l'AP-HP, que celle-ci l'indemnise de ses préjudices en lien avec cette fracture.
2. Il appartient au demandeur qui engage une action en responsabilité à l'encontre de l'administration d'apporter tous éléments de nature à établir devant le juge l'existence d'une faute et la réalité du préjudice subi. Il incombe alors, en principe, au juge de statuer au vu des pièces du dossier, le cas échéant après avoir demandé aux parties les éléments complémentaires qu'il juge nécessaires à son appréciation. Il ne lui revient d'ordonner une expertise que lorsqu'il n'est pas en mesure de se prononcer au vu des pièces et éléments qu'il a recueillis, notamment le cas échéant d'un précédent rapport d'expertise judiciaire, et que l'expertise présente ainsi un caractère utile au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.
3. En l'espèce, aucune expertise contradictoire n'a été rendue sur l'éventuelle responsabilité pour faute de l'AP-HP, Mme C se prévalant uniquement d'un rapport établi par un expert d'assurance diligenté par son assurance responsabilité civile.
4. Par ailleurs, cet expert se contente de faire valoir que la prise en charge de la requérante par l'AP-HP serait nécessairement fautive dès lors qu'elle a fait une chute au cours de sa prise en charge par le service public hospitalier. Toutefois, il n'indique ni précisément l'état de santé de Mme C le soir du 2 août 2019, ni si ce dernier induisait un risque connu et important de chute, ni si, compte tenu de ce tableau clinique, des mesures spécifiques de prévention du risque de chute auraient dû être mises en place par le service des urgences de l'hôpital Bichat. Pour sa part, l'AP-HP fait valoir avoir mis en place de telles mesures, en contentionnant et sédatant la patiente, et indique que sa chute ne serait pas en lien avec une faute de l'hôpital Bichat mais uniquement avec son état de santé antérieur, notamment son agitation et son opposition totale aux soins.
5. Enfin, l'expert diligenté par l'assurance responsabilité civile de Mme C n'a évalué les séquelles de l'intéressée que jusqu'au 25 octobre 2019, date à laquelle il l'a examinée. Il n'a ainsi pu qu'envisager la probable date de consolidation et le probable taux de déficit fonctionnel permanent, ce qui ne permettrait pas au tribunal de liquider intégralement les préjudices de la requérante, même en cas de reconnaissance de la responsabilité fautive de l'administration.
6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le tribunal n'est pas en mesure de se prononcer, au vu des pièces et éléments soumis au débat contradictoire, sur l'existence d'une faute dans la prise en charge de Mme C par l'AP-HP, non plus que sur l'étendue exacte des préjudices de la requérante. Une expertise judiciaire est ainsi en l'espèce utile et il y a donc lieu de l'ordonner avant de statuer sur les conclusions de la requête de Mme C.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme C, procédé par un expert, désigné par le président du tribunal administratif, à une expertise avec mission de :
1° - prendre connaissance des dossiers et de tous documents concernant Mme B C, détenus par l'AP-HP ou produits par la requérante,
2°- préciser l'état de santé de Mme C lors de sa prise en charge par les sapeurs-pompiers le 2 août 2019 puis à son arrivée à l'hôpital Bichat. Indiquer notamment ses antécédents psychiatriques, son degré d'alcoolisation et son état physique. Préciser si possible les moments exacts où, respectivement, elle a été placée sur un brancard, elle a chuté du brancard, elle a été sédatée et elle a été contentionnée. S'il n'est pas possible de dater avec précision ces événements, indiquer leur enchaînement probable,
3° - préciser à la suite de cette analyse si, au regard de ses antécédents connus,
Mme C devait être considérée comme une patiente présentant un risque particulier de chute depuis un brancard,
4° - donner son avis sur les causes de la chute de Mme C,
5° - indiquer si, compte tenu de l'ensemble du tableau clinique présenté par la patiente ainsi que de l'état de l'art et des données acquises de la science, des mesures spécifiques de prévention du risque de chute auraient dû être mises en place par le service des urgences de l'hôpital Bichat (sédation et/ou contention plus précoces, utilisation d'un brancard davantage sécurisé, arrêt du brancardage). Préciser pour ce faire les éventuelles recommandations pertinentes de sociétés savantes, telles que la société française de médecine d'urgence, concernant la prise en charge par les services des urgences des patients souffrant de troubles psychiatriques et/ou alcoolisés. Conclure en indiquant si la prise en charge de la patiente par le service des urgences de l'hôpital Bichat le 2 août 2019 a été ou non conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science,
6° - au cas où l'expert estimerait en réponse au point 5 que des mesures de surveillance particulières complémentaires auraient dû être mises en place pour éviter le risque de chute de Mme C, indiquer si ces mesures étaient de nature à empêcher chez elle toute fracture du radius ou si leur absence a seulement fait perdre une chance à la patiente d'échapper à celle-ci ; en cas de perte de chance, la quantifier,
7° - dire si l'état de Mme C en lien avec sa fracture du radius gauche a entraîné une incapacité temporaire et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux,
8° - indiquer à quelle date l'état de Mme C peut être considéré comme consolidé. Préciser le taux de l'éventuelle incapacité permanente partielle qui lui a été causée par la fracture de son radius gauche,
9° - dire si l'état de Mme C a justifié et justifie encore la présence d'une tierce personne et, en cas de réponse positive, en indiquer le quantum en lien avec sa fracture du radius gauche,
10° - donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice sexuel, préjudice d'agrément spécifique) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant en tant que de besoin la part temporaire de la part permanente.
11° - apporter au tribunal tous éléments utiles à la solution du litige dont il est saisi.
L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachant, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.
Article 2 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.
Article 3 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au directeur de la Caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine et au directeur général de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marino, président,
M. Le Broussois, premier conseiller,
M. Thulard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.
Le rapporteur,
V. A
Le président,
Y. MarinoLe greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026