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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2116564

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2116564

lundi 26 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2116564
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET PHI LAW (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juillet 2021, M. D C, représenté par Me Bertrand, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des pénalités y afférentes auxquelles il a été assujetti au titre des années 2017 et 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

Il soutient que les travaux qu'il a réalisés en 2017 et 2018 sur le château de Louy situé au 109, rue de Losseray à Restigné dont il est propriétaire pouvaient, en application des dispositions du 3° du I de l'article 156 du code général des impôts et de la doctrine référencée BOI-RFPI-SPEC-30-20-10, être déduits de son revenu imposable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2022, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 9 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Huin-Morales, conseiller,

- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, domicilié au 4, rue du Cherche Midi à Paris (6ème) est propriétaire du château de Louy et de ses dépendances, situés au 109, rue de Losseray à Restigné, bâtiment classé en partie aux monuments historiques. Il a réalisé en 2017 et en 2018 des travaux sur cette propriété pour des montants respectifs en base de 91 197 euros et de 67 320 euros qu'il a déduit de ses revenus fonciers imposables A la suite d'un contrôle sur pièces, l'administration a remis en cause cette déduction par une proposition de rectification du 8 juillet 2020. Par une réclamation contentieuse du 8 juin 2021, M. C a contesté les impositions supplémentaires à l'impôt sur le revenu en résultant et par une décision du 23 juin 2021, le service a rejeté sa réclamation contentieuse. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de prononcer la décharge des compléments d'impôt sur le revenu auxquels il a été assujetti au titre des années 2017 et 2018.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

S'agissant de l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 156 du code général des impôts : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal () sous déduction : I. du déficit constaté pour une année dans une catégorie de revenus (). / Toutefois, n'est pas autorisée l'imputation : / () 3° Des déficits fonciers, lesquels s'imputent exclusivement sur les revenus fonciers des dix années suivantes ; cette disposition n'est pas applicable aux propriétaires de monuments classés monuments historiques, inscrits à l'inventaire supplémentaire ou ayant fait l'objet d'un agrément ministériel () / II. Des charges ci-après lorsqu'elles n'entrent pas en compte pour l'évaluation des revenus des différentes catégories :() / 1° ter. Dans les conditions fixées par décret, les charges foncières afférentes aux immeubles classés monuments historiques ou inscrits à l'inventaire supplémentaire () ". Aux termes de l'article 41 E de l'annexe III du même code : " Dans la mesure où elles ne sont pas déduites des revenus visés à l'article 29 deuxième alinéa, du code général des impôts, les charges foncières afférentes aux immeubles classés monuments historiques ou inscrits à l'inventaire supplémentaire et dont le propriétaire se réserve la jouissance peuvent être admises en déduction du revenu global servant de base à l'impôt sur le revenu dans les conditions et limites définies aux articles 41 F à 41 I. " Aux termes de l'article 41 F de la même annexe à ce code : " I - Les charges visées à l'article 41 E comprennent tout ou partie des dépenses de réparation et d'entretien ainsi que des autres charges foncières énumérées aux a à e du 1° et au a du 2° du I de l'article 31 du code général des impôts. / Ces charges sont déductibles pour leur montant total si le public est admis à visiter l'immeuble et pour 50 % de leur montant dans le cas contraire. "

3. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles 31 et 156 du code général des impôts et des articles 41 E à 41 J de l'annexe III à ce code, pris sur le fondement du 1° ter du II de l'article 156 du même code, qu'une quote-part des charges foncières se rapportant à des immeubles classés ou inscrits à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques est déductible, dans les conditions prévues par ces dispositions, du revenu global servant de base à l'impôt sur le revenu. Dans le cas où seules certaines parties du monument ont été classées ou inscrites, ne sont déductibles à ce titre que celles des dépenses, éligibles au dispositif, se rapportant aux parties classées ou inscrites, ou celles des dépenses ne se rapportant pas à ces parties mais rendues indispensables à leur préservation par l'état général de l'immeuble. Il appartient, dans tous les cas, au contribuable de justifier de la nature, du montant et du caractère déductible des dépenses qu'il entend porter en déduction de son revenu global. Il peut le faire par la production de tous documents, notamment d'attestations émanant des services chargés de l'architecture et du patrimoine à la condition, toutefois, que ces documents décrivent, avec une précision suffisante, la nature des travaux ainsi que leur lien avec les parties classées ou inscrites. Dans l'hypothèse où le contribuable produit une telle attestation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'établir que les charges en cause ne sont pas déductibles.

4. En l'espèce, d'une part, il est constant que les façades, les toitures et le portail Sud du château de Louy dont est propriétaire M. C ont été inscrits sur l'inventaire supplémentaire des monuments historiques par l'article 1er de l'arrêté du secrétaire d'Etat à la Culture en date du 7 mars 1975 et, d'autre part, M. C a réalisé en 2017 et en 2018 des travaux sur les ailes Est et Ouest du château. M. C soutient que ces travaux visent à protéger l'ensemble du bâtiment et sont indispensables à la préservation de son état général. Il fait valoir que les ailes du château sont situées entre le bâtiment principal et le portail sud et que les travaux réalisés sur les ailes sont de nature à porter atteinte à l'ensemble architectural protégé au titre de la perspective constituée par l'ensemble. Toutefois, il résulte de l'instruction, en particulier des perspectives, photographies et plans produits par le requérant comme par l'administration fiscale ainsi que du courrier du 20 février 2020 de la direction régionale des affaires culturelles du Centre-Val-de Loire, que les ailes Est et Ouest ne sont attenantes ni au bâtiment principal dont la façade et la toiture sont inscrites à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, ni au portail Sud, qui y est également inscrit. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que les travaux réalisés auraient eu, sinon pour objet, du moins pour effet, même partiel, de préserver les parties protégées du château, à savoir les façades, les toitures et le portail Sud. La circonstance que les ailes se situent dans la perspective monumentale et qu'elles sont situées latéralement entre le monument dont les façades et les toitures sont protégées et le portail Sud, également protégé, ne permet pas d'établir, à elle seule, que les travaux visaient à protéger ces parties. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions précitées que le service a considéré que les travaux réalisés par M. C ne visaient pas à protéger les parties inscrites à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques et qu'il n'était donc pas fondé à bénéficier de l'imputation prévue par les dispositions du 1° ter du II de l'article 156 du code général des impôts.

5. Par ailleurs, il est constant que le monument historique protégé n'est pas productif de revenus fonciers. Par suite, M. C ne peut utilement invoquer les dispositions du 3° du I de l'article 156 du code général des impôts, applicables dans cette seule hypothèse.

S'agissant du bénéfice de l'interprétation administrative de la loi fiscale :

6. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque formellement admise par l'administration. " Ne peuvent être invoquées sur le fondement de ces dispositions que les interprétations formelles des textes fiscaux, admises par l'administration, qui diffèrent du sens et de la portée que ces textes doivent légalement recevoir.

7. Les énonciations de la réponse ministérielle à M. B, député, publiée le 18 février 2002, selon lesquelles " en cas de classement partiel, la déduction peut porter sur l'ensemble des dépenses de travaux, sans qu'il y ait lieu de distinguer selon que ceux-ci concernent ou non les parties classées ou inscrites, dès lors qu'ils constituent un ensemble indivisible nécessaire à la protection de l'ensemble architectural ", ne comportent aucune interprétation formelle des dispositions combinées des articles 31 et 156 du code général des impôts et 41 E à 41 J de l'annexe III à ce code qui diffère du sens et de la portée que ces dispositions doivent légalement recevoir, tels qu'ils ont été rappelés ci-dessus. Par suite, M. C ne peut utilement se prévaloir des énonciations de cette réponse sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

8. M. C ne peut pas davantage revendiquer, sur le fondement de ces dispositions, l'application de la réponse ministérielle n° 44314 à M. A, député, publiée le 17 mars 1997, dès lors que cette doctrine administrative ne porte pas sur les dispositions précitées du 1° ter du II de l'article 156 du code général des impôts, mais sur les dispositions figurant au 3° du I du même article, inapplicables en l'espèce ainsi qu'il a été dit au point 5.

9. Dès lors que l'administration fiscale n'a méconnu, ni la loi fiscale, ni l'interprétation donnée par elle, et que M. C n'invoque aucun moyen spécifique à l'appui de ses conclusions à l'encontre des intérêts de retard et des pénalités appliqués par l'administration en application des dispositions des articles 1727 et 1758 A du code général des impôts, il n'est pas fondé à en demander la décharge.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à solliciter la réduction de l'impôt sur le revenu mis à sa charge au titre des années 2017 et 2018, en droits et pénalités. Sa requête doit donc être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la direction régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris, pôle juridictionnel administratif.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

M. Errera, premier conseiller,

M. Huin-Morales, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.

Le rapporteur,

B. HUIN-MORALES

La présidente,

J. EVGENASLa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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