lundi 12 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2116891 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | MONAMY |
Vu les procédures suivantes :
I°) Par une ordonnance du 3 août 2021, la vice-présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Paris, en application des dispositions de l'article R. 761-5 du code de justice administrative, la requête présentée par l'association vexinoise de lutte contre les carrières cimentières.
Par cette requête et un mémoire, enregistrés les 13 juillet 2021 et 27 juin 2022, l'association vexinoise de lutte contre les carrières cimentières, représentée par Me Monamy, demande au tribunal :
1°) d'annuler les articles 2 des ordonnances de taxation nos1708714-4 et 1708745-4 rendues le 16 juin 2021 par la présidente du tribunal administratif de Versailles en tant qu'elles mettent les frais et honoraires de l'expert et du sapiteur à la charge solidaire de l'association vexinoise de lutte contre les carrières cimentières, du parc naturel régional du Vexin français et des communes de Brueil-en-Vexin et de Fontenay Saint Père et, à titre subsidiaire, de mettre à la charge, pour moitié, de l'association vexinoise de lutte contre les carrières cimentières, du parc naturel régional du Vexin français et des communes de Brueil-en-Vexin, de Sailly et de Fontenay-Saint-Père, et pour l'autre moitié, de l'Etat, les frais et honoraires de l'expert et du sapiteur ;
2°) d'annuler l'article 1er de l'ordonnance de taxation n° 1708714-4 rendue le 16 juin 2021 par la présidente du tribunal administratif de Versailles en tant qu'elle liquide et taxe les honoraires de l'expert à la somme de 11 177,95 euros hors taxe et en conséquence de liquider et taxer les honoraires de l'expert, M. B, à la somme de 2 000 euros hors taxe, la fixation de ses frais étant laissée à l'appréciation du juge ;
3°) de mettre à la charge de M. B le versement de la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les honoraires de l'expert sont disproportionnés par rapport au travail réalisé ; en effet, la mission confiée par le tribunal administratif a été entièrement réalisée par le sapiteur, l'expert s'étant borné à organiser les réunions d'expertise et ayant reproduit le rapport du sapiteur ; les premiers juges s'en sont tenus à un simple examen de l'utilité vraisemblable des diligences de l'expert alors que la jurisprudence impose une vérification effective ; l'expert ne disposait pas des compétences techniques pour mener à bien sa mission et c'est au seul expert qu'il appartenait de vérifier qu'il disposait des compétences nécessaires ; eu égard à la nature, l'importance et l'utilité des travaux qu'il a réellement effectués, il y a lieu de ramener ses honoraires de 11 177,95 euros à la somme de 2 000 euros hors taxe ;
- le président du tribunal administratif de Versailles a commis une erreur de droit en mettant les frais et honoraires de l'expert et du sapiteur à la charge solidaire de l'association vexinoise de lutte contre les carrières cimentières, du parc naturel régional du vexin français et des communes de Brueil en Vexin et de Fontenay Saint Père alors que s'agissant d'une expertise ordonnée dans le cadre d'une instance au fond, il appartenait à la formation de jugement de le faire ; les frais doivent, a minima, être mis pour moitié à la charge de l'Etat dès lors qu'elle a introduit un recours en annulation et qu'une expertise a été diligentée au motif de la contradiction entre l'étude du bassin d'alimentation des captages de Sailly et de Drocourt élaborée le 28 novembre 2008 par les cabinets d'études Prolog ingénierie et Archambault conseil indiquant que l'aire d'alimentation de ces captages ne se confond pas même en partie avec le périmètre de la zone 109 et l'étude d'environnement réalisée en janvier 2008 par le cabinet d'étude Amodiag environnement incluant cette zone 109 dans le périmètre d'alimentation et qu'il ressort du rapport du sapiteur que cette dernière étude était erronée.
Un mémoire, enregistré le 15 mars 2022, a été présenté par la présidente du tribunal administratif de Versailles.
Elle soutient que :
- les honoraires de l'expert ont été liquidés conformément à l'évaluation établie par celui-ci qui semblait tenir compte des difficultés des opérations, de l'importance, de l'utilité et de la nature du travail qu'il a fourni ;
- elle s'en remet à l'appréciation du tribunal s'agissant du point de savoir s'il lui appartenait dans le cadre d'une expertise décidée par un jugement avant dire-droit de déterminer les parties devant supporter la charge des honoraires et frais d'expertise.
Par un mémoire, enregistré le 8 juin 2022, M. B, représenté par Me Devaux, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association vexinoise de lutte contre les carrières cimentières, du parc naturel régional du vexin français et des communes de Brueil en Vexin, Sailly et Fontenay Saint Père, la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- si une importante partie technique de l'expertise était de la compétence du sapiteur hydréologue, c'est bien lui qui a conduit et dirigé cette mission d'expertise ; les parties n'ont nullement sollicité son remplacement ; il a géré l'intégralité de l'organisation matérielle et juridique de l'expertise et a examiné l'ensemble du dossier en vérifiant le bien-fondé des pièces et analyses transmises et en ayant des échanges permanents avec le sapiteur ; il a complété le travail du sapiteur en réalisant seul l'examen de la qualité des eaux des bassins de captage, cet examen étant utile et nécessaire pour la réalisation de sa mission ;
- il verse aux débats le détail précis de l'ensemble des diligences, démontrant le temps consacré à chacune de ses actions et les frais engagés ; si le rapport reprend le travail technique du sapiteur, il a participé activement à la réalisation de ce travail ; la prise de connaissance de l'intégralité du dossier technique et de son environnement prend un temps important ; il n'existe en aucun cas de double facturation entre son travail et celui du sapiteur ; les parties n'ont fait aucune observation durant la réalisation des opérations d'expertise ; chacune des heures décomptées tout comme chacun des frais étaient utiles et nécessaires à la réalisation de la mission.
II°) Par une ordonnance du 3 août 2021, la vice-présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Paris, en application des dispositions de l'article R. 761-5 du code de justice administrative, la requête présentée par le parc naturel régional du Vexin français, la commune de Brueil-en-Vexin, la commune de Sailly et la commune de Fontenay Saint Père.
Par cette requête et un mémoire, enregistrés les 17 juillet 2021 et 18 juillet 2022, le parc naturel régional du Vexin français, la commune de Brueil-en-Vexin, la commune de Sailly et la commune de Fontenay Saint Père, représentés par Me Lepage, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'article 1er de l'ordonnance de taxation n° 1708714-4 rendue le 16 juin 2021 par la présidente du tribunal administratif de Versailles en tant qu'elle taxe les honoraires de l'expertise confiée à M. B à la somme de 11 177,95 euros hors taxe soit 13 413,54 euros toutes taxes comprises et, en conséquence, de liquider et taxer les honoraires de l'expert à la somme de 1 233,40 euros hors taxe soit 1 480,08 euros toutes taxes comprises ;
2°) d'annuler l'article 2 des deux ordonnances nos1708714-4 et 1708745-4 rendues le 16 juin 2021 par la présidente du tribunal administratif de Versailles en tant qu'elles mettent les frais et honoraires de l'expert et du sapiteur à la charge solidaire du parc naturel régional du Vexin français, des communes de Brueil-en-Vexin, Sailly et Fontenay-Saint-Père et de l'association Vexinoise de lutte contre les carrières cimentières et en conséquence, de mettre ces frais et honoraires à la seule charge de l'Etat, ou, à défaut, pour moitié, à la charge de l'Etat et pour moitié, à la charge solidaire du parc naturel régional du Vexin français, des communes de Brueil-en-Vexin, Sailly et Fontenay-Saint-Père et de l'association Vexinoise de lutte contre les carrières cimentières ;
3°) de condamner M. B à leur verser une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le décompte de l'expert fait apparaître des postes de rémunération de l'expert inexistants ou surévalués ; s'agissant des postes réunions sur site, temps de déplacement, étude des pièces -recherche de documentation, rédaction du document de synthèse du rapport définitif, la demande est injustifiée et injustifiable car ne repose sur aucune diligence utile si ce n'est une duplication du travail réalisé par le sapiteur ; lors des deux réunions d'expertise tenues avec les parties, seul le sapiteur est intervenu pour répondre aux questions posées ; la somme demandée au titre de la recherche de documentation est injustifiée et disproportionnée dès lors que l'expert vise seulement dans le rapport au titre des références bibliographiques et documentaires, les deux cartes et les deux tableaux produits par les parties elles-mêmes et qu'il n'a procédé à aucune recherche documentaire ni aucune étude de pièces, hormis les pièces de procédure et deux tableaux d'analyse hors champ de l'expertise ; s'agissant du poste rédaction du document de synthèse, du rapport définitif, l'expert indique y avoir consacré 21,25 heures soit plus que le sapiteur lui-même alors qu'il s'est seulement réapproprié le rapport du sapiteur, en le résumant brièvement, sans rien y apporter ; son seul ajout consistant à analyser la qualité des eaux sur Sailly et Drocourt est hors du champ de la mission qui lui a été confiée ; satisfaire aux demandes de rémunération de l'expert revient ainsi à s'acquitter d'une double rémunération pour un seul et même travail réalisé par le sapiteur ; l'expert se devait de refuser la mission s'il se savait incompétent pour la réaliser ; or, l'expert n'a pas rempli sa mission et l'a déléguée au sapiteur ; s'agissant du poste classement des pièces et enregistrements, les 5h31 de travail indiquées par l'expert ne sont pas justifiées et il en sera fait une juste appréciation en réduisant la demande de l'expert à un quota de 3 heures soit 315 euros hors taxe ; s'agissant du poste réunion de bureau ou téléphonique, le quota de 5,12 h consacré à ce poste n'est pas justifié alors qu'il n'y a eu que deux échanges téléphoniques de quelques minutes avec l'expert et le montant réclamé de 716,80 euros doit être ramené à 358,40 euros ; s'agissant du poste rédaction des correspondances et notes, le montant réclamé de 1 818,60 euros est disproportionné au regard de la très faible quantité et de la très faible teneur des correspondances et notes de l'expert, tant vis-à-vis du tribunal que vis-à-vis des parties qui n'ont consisté qu'en de pures questions de secrétariat, aucun échange de fond n'ayant eu lieu avec les parties et aucun dire n'ayant été produit par les parties, l'expert n'ayant produit que deux notes aux parties ; la somme demandée de 1 818,60 euros doit être réduite à 560 euros pour 4 heures de travail ; en conclusion, les honoraires de l'expert, ne doivent pas excéder la somme de 1 233,40 euros hors taxe ;
- s'agissant de la charge des honoraires et frais d'expertise, la raison de l'expertise réside dans la seule défaillance de l'Etat dans la constitution du dossier de déclaration d'utilité publique qui comportait des cartes différentes et contradictoires d'identification du bassin d'alimentation des captages ; les frais et honoraires doivent donc intégralement être mis à la charge de l'Etat ; à défaut, ils doivent être mis, pour moitié, à sa charge.
Un mémoire, enregistré le 14 mars 2022, a été produit par la présidente du tribunal administratif de Versailles.
Elle soutient que :
- les honoraires de l'expert ont été liquidés conformément à l'évaluation établie par celui-ci qui semblait tenir compte des difficultés des opérations, de l'importance, de l'utilité et de la nature du travail qu'il a fourni ;
- elle s'en remet à l'appréciation du tribunal s'agissant du point de savoir si les honoraires et frais de l'expertise auraient dû être mis à la seule charge de l'Etat.
Par un mémoire enregistré le 8 juin 2022, M. B, représenté par Me Devaux, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'association vexinoise de lutte contre les carrières cimentières, du parc naturel régional du vexin français et des communes de Brueil en Vexin, Sailly et Fontenay Saint Père, la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- si une importante partie technique de l'expertise était de la compétence du sapiteur hydréologue, c'est bien lui qui a conduit et dirigé cette mission d'expertise ; les parties n'ont nullement sollicité son remplacement ; il a géré l'intégralité de l'organisation matérielle et juridique de l'expertise et a examiné l'ensemble du dossier en vérifiant le bien-fondé des pièces et analyses transmises et en ayant des échanges permanents avec le sapiteur, il a complété le travail du sapiteur en réalisant seul l'examen de la qualité des eaux des bassins de captage, cet examen étant utile et nécessaire pour la réalisation de sa mission ;
- il verse aux débats le détail précis de l'ensemble des diligences, démontrant le temps consacré à chacune de ses actions et les frais engagés ; si le rapport reprend le travail technique du sapiteur, il a participé activement à la réalisation de ce travail ; la prise de connaissance de l'intégralité du dossier technique et de son environnement prend un temps important ; il n'existe en aucun cas de double facturation entre son travail et celui du sapiteur ; les parties n'ont fait aucune observation durant la réalisation des opérations d'expertise ; chacune des heures décomptées tout comme chacun des frais étaient utiles et nécessaires à la réalisation de la mission.
Des courriers ont été adressés le 2 août 2022 aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les informant de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par les derniers alinéas des articles R. 613-1 et R.613-2 du code de justice administrative.
Par des ordonnances du 10 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au même jour.
Vu :
- les autres pièces des dossiers ;
- les ordonnances du 16 juin 2021, par lesquelles la présidente du tribunal administratif de Versailles a taxé les frais et honoraires de l'expertise réalisée par M. B et M. D.
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,
- et les observations de Me Monamy, représentant l'association vexinoise de lutte contre les carrières cimentières, de Me Sageloli, représentant le parc naturel régional du Vexin français et autres, et de Me Devaux, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 3 juillet 2017, les préfets des Yvelines et du Val d'Oise ont autorisé le syndicat intercommunal d'adduction d'eau potable de la Montcient à prélever et dériver une partie des eaux souterraines provenant du forage de Drocourt et de la source de Sailly, déclaré d'utilité publique les travaux réalisés en vue de la dérivation des eaux souterraines, autorisé le syndicat à utiliser l'eau prélevée en vue de la consommation humaine et déclaré d'utilité publique les périmètres de protection des ouvrages en cause. Par deux requêtes distinctes, l'association vexinoise de lutte contre les carrières cimentières d'une part, et le parc naturel régional du Vexin français et les communes de Brueil en Vexin, de Sailly et de Fontenay Saint Père d'autre part, ont demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler cet arrêté. Par jugement avant dire droit n°1708714-1708745 du 14 octobre 2019, le tribunal après avoir joint les requêtes, a constaté que " le dossier sur la base duquel l'expert hydrogéologue a délimité les périmètres de protection comportait des cartes différentes et contradictoires d'identification du bassin d'alimentation des captages ", a, en conséquence, sursis à statuer sur ces requêtes et décidé qu'il serait procédé à une expertise, afin de " définir le bassin d'alimentation des captages de Sailly et de Drocourt, en précisant le sens d'écoulement des eaux, afin de déterminer si celui-ci se confond, même en partie, avec le périmètre de la zone 109 instituée par le décret ministériel du 5 juin 2000 sur les communes de Guitrancourt, Fontenay-Saint-Père, Sailly et Brueil-enVexin " et de " définir les risques encourus par les captages en cas d'exploitation future de la zone 109, y compris dans le cas où son périmètre ne se confondrait pas avec celui du bassin d'alimentation des captages. " Par ordonnance du 21 octobre 2019, le premier vice-président du tribunal administratif de Versailles a désigné M. B comme expert et, par ordonnance du 17 février 2020, a autorisé ce dernier à se faire assister par M. D, hydrogéologue. Le 27 mai 2021, l'expert a transmis au tribunal son rapport d'expertise. Par deux ordonnances nos 1708714-4 et 1708745-4 du 16 juin 2021, la présidente du tribunal administratif de Versailles a liquidé et taxé les frais et honoraires de M. B, expert, à la somme de 15 400,75 euros toutes taxes comprises et les frais et honoraires de M. D, sapiteur, à la somme de 9 586,36 euros hors taxe et mis ces frais et honoraires à la charge solidaire de l'association vexinoise de lutte contre les carrières cimentières, du parc naturel régional du Vexin français, et des communes de Brueil en Vexin, de Sailly et de Fontenay Saint Père. Par les présentes requêtes, l'association vexinoise de lutte contre les carrières cimentières d'une part, et le parc naturel régional du Vexin français et les communes de Brueil en Vexin, de Sailly et de Fontenay Saint Père d'autre part, demandent au tribunal l'annulation et la réformation de l'article 1er de l'ordonnance n° 1708714-4 de la présidente du tribunal administratif de Versailles du 16 juin 2021 ainsi que l'annulation et la réformation de l'article 2 des deux ordonnances nos 1708714-4 et 1708745-4 de la présidente du tribunal administratif de Versailles du 16 juin 2021.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées nos 2116891 et 2116892 ont fait l'objet d'une instruction commune et sont dirigées contre les mêmes ordonnances de taxation d'honoraires et frais d'expertise de la présidente du tribunal administratif de Versailles du 16 juin 2021. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de réformation :
En ce qui concerne le montant des honoraires de l'expert :
3. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. () ". Aux termes de l'article R. 621-2 de ce code : " Il n'est commis qu'un seul expert à moins que la juridiction n'estime nécessaire d'en désigner plusieurs. (). Lorsqu'il apparaît à un expert qu'il est nécessaire de faire appel au concours d'un ou plusieurs sapiteurs pour l'éclairer sur un point particulier, il doit préalablement solliciter l'autorisation du président du tribunal administratif ou de la cour administrative d'appel ou, au Conseil d'Etat, du président de la section du contentieux. La décision est insusceptible de recours. ". Aux termes de l'article R. 621-11 du même code : " Les experts et sapiteurs mentionnés à l'article R. 621-2 ont droit à des honoraires, sans préjudice du remboursement des frais et débours. Chacun d'eux joint au rapport un état de ses vacations, frais et débours. Dans les honoraires sont comprises toutes sommes allouées pour étude du dossier, frais de mise au net du rapport, dépôt du rapport et, d'une manière générale, tout travail personnellement fourni par l'expert ou le sapiteur et toute démarche faite par lui en vue de l'accomplissement de sa mission. Le président de la juridiction, après consultation du président de la formation de jugement, ou, au Conseil d'Etat, le président de la section du contentieux fixe par ordonnance, conformément aux dispositions de l'article R. 761-4, les honoraires en tenant compte des difficultés des opérations, de l'importance, de l'utilité et de la nature du travail fourni par l'expert ou le sapiteur et des diligences mises en œuvre pour respecter le délai mentionné à l'article R. 621-2. Il arrête sur justificatifs le montant des frais et débours qui seront remboursés à l'expert. S'il y a plusieurs experts, ou si un sapiteur a été désigné, l'ordonnance mentionnée à l'alinéa précédent fait apparaître distinctement le montant des frais et honoraires fixés pour chacun. () ". Aux termes de l'article R. 761-4 du même code : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise définis à l'article R. 621-11, est faite par ordonnance du président de la juridiction, après consultation du président de la formation de jugement ou, en cas de référé ou de constat, du magistrat délégué. () ". Aux termes de l'article R. 761-5 de ce code : " Les parties, l'Etat lorsque les frais d'expertise sont avancés au titre de l'aide juridictionnelle ainsi que, le cas échéant, l'expert, peuvent contester l'ordonnance mentionnée à l'article R. 761-4 devant la juridiction à laquelle appartient l'auteur de l'ordonnance. Sauf lorsque l'ordonnance émane du président de la section du contentieux du Conseil d'Etat, la requête est transmise sans délai par le président de la juridiction à un tribunal administratif conformément à un tableau d'attribution arrêté par le président de la section du contentieux. Le président de la juridiction à laquelle appartient l'auteur de l'ordonnance ou, au Conseil d'Etat, le président de la section du contentieux est appelé à présenter des observations écrites sur les mérites du recours. Le recours mentionné au précédent alinéa est exercé dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance sans attendre l'intervention de la décision par laquelle la charge des frais est attribuée. () ".
4. Pour l'application des dispositions précitées, la formation de jugement, saisie par la voie du plein contentieux d'une contestation d'une ordonnance de taxation, dispose d'un pouvoir de réformation lui permettant d'apprécier si, à la date à laquelle elle statue, tant le montant que la charge des frais ont été fixés dans des conditions équitables. La détermination du montant des frais et honoraires est fixée, conformément aux dispositions rappelées ci-dessus, en tenant compte des difficultés de l'expertise, de l'importance, de l'utilité et de la nature du travail fourni par l'expert.
5. En premier lieu, il ressort du décompte des frais et honoraires de l'expert et du tableau des diligences réalisées par M. B que ce dernier a participé à trois réunions sur site pour une durée totale de 6 heures 25 et que les honoraires ont été évalués, à ce titre, à 140 euros par heure soit 875 euros au total. Les requérants, qui ne contestent pas la tenue de ces réunions ni leur utilité, n'établissent pas que ce montant serait excessif.
6. En deuxième lieu, il ressort du décompte des frais et honoraires de l'expert et du tableau des diligences réalisées par M. B que s'agissant du poste classement des pièces et enregistrement, ce dernier a retenu un volume horaire de 5 heures 31 donnant lieu à des honoraires d'un montant de 557,55 euros. Il résulte de l'instruction que 38 pièces ont été annexées au rapport d'expertise et que ces pièces lui ont été communiquées par le tribunal, les parties et le sapiteur. Dans ces conditions, eu égard à l'importance et à l'utilité du travail fourni par l'expert, le temps consacré au classement et à l'enregistrement des pièces doit être ramené à 3 heures rémunérées à hauteur de 315 euros.
7. En troisième lieu, il ressort du décompte des frais et honoraires de l'expert et du tableau des diligences réalisées par M. B que s'agissant du poste temps de déplacement, ce dernier a retenu un volume horaire de 7 heures correspondant à deux heures de déplacement pour chacune des trois réunions sur site ainsi que 30 minutes de déplacement pour procéder aux reliures des rapports et 30 minutes de déplacement à La Poste pour poster le rapport d'expertise et les correctifs. Il ne résulte pas de l'instruction que la durée retenue par l'expert au titre de ses temps de déplacements serait excessive. Par suite, il y a lieu de maintenir une rémunération de 490 euros pour ce poste.
8. En quatrième lieu, il ressort du décompte des frais et honoraires de l'expert et du tableau des diligences réalisées par M. B que s'agissant du poste réunions de bureau ou téléphoniques, ce dernier a retenu un volume horaire de 5 heures 12 donnant lieu à des honoraires de 716,80 euros. Il n'est pas établi que ces réunions téléphoniques n'auraient pas eu lieu. Par suite, il y a lieu de maintenir la rémunération attribuée à ce titre par l'ordonnance du 16 juin 2021.
9. En cinquième lieu, il ressort du décompte des frais et honoraires de l'expert et du tableau des diligences réalisées par M. B que s'agissant du poste études des pièces et recherche de documentation, ce dernier a retenu un volume horaire de 20 heures 20 pour l'étude des pièces et de 6 heures 25 pour la recherche de documentation et évalué les honoraires correspondants à 3 745 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction que le volume horaire affiché par M. B pour l'étude des pièces est excessif dans la mesure où le sapiteur a réalisé l'essentiel du travail d'analyse des pièces et le volume horaire consacré à cette tâche doit, ainsi, être réduit à 10 heures. Par ailleurs, s'agissant de la recherche de documentation, il résulte de l'instruction que les pièces ont été fournies par les parties et que parmi les 6 heures 41 retenues, seules 2 heures 52 peuvent être regardées comme consacrées à cette tâche. Dans ces conditions, les honoraires de l'expert doivent être évaluées à la somme de 1 801 euros.
10. En sixième lieu, il ressort du décompte des frais et honoraires de l'expert et du tableau des diligences réalisées par M. B que s'agissant du poste rédaction des correspondances et notes, ce dernier a retenu un volume horaire d'environ 13 heures donnant lieu à des honoraires de 1 818,60 euros. Le tableau des diligences fait état de la rédaction de 87 courriels ainsi que de la rédaction de deux notes aux parties. Au regard du contenu très succinct des courriels ainsi que du contenu des notes, également très court, et correspondant à des comptes rendus de réunions, le volume horaire consacré à ce poste doit être ramené à 7 heures 10 pour la rédaction des courriels et 2 heures pour la rédaction des notes soit 9h10 au total. En conséquence, les honoraires dus au titre de ce poste doivent être réduits à la somme de 1 274 euros.
11. En dernier lieu, il ressort du décompte des frais et honoraires de l'expert et du tableau des diligences réalisées par M. B que s'agissant du poste rédaction du document de synthèse et du rapport définitif, ce dernier a retenu un volume horaire de 21 heures 15 et évalué les honoraires correspondants à 2 975 euros. Or, il résulte de l'instruction que l'expert s'est borné à synthétiser et remettre en forme le rapport du sapiteur, qui a répondu lui-même aux deux questions posées par le tribunal, sans y apporter de plus-value. Si l'expert a, par ailleurs, ajouté un passage sur l'analyse de la qualité des eaux des captages de Sailly et Drocourt, une telle analyse n'entrait pas dans le champ de la mission qui lui a été confiée par le tribunal. Dans ces conditions, il y a lieu d'évaluer le temps passé à la rédaction du rapport à 8 heures et de fixer les honoraires correspondants à 1 120 euros.
12. Il résulte de ce qui précède que les honoraires d'expertise doivent être ramenés à la somme de 6 591,80 euros hors taxe soit 7 910,16 euros toutes taxes comprises et que le montant total des frais et honoraires d'expertise doit ainsi être porté à la somme de 9 897,37 euros toutes taxes comprises.
En ce qui concerne la répartition des frais et honoraires d'expertise :
13. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué, ou, au Conseil d'Etat, le président de la section du contentieux en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. () ". En outre, aux termes de l'article R. 761-1 de ce code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. ".
14. Il ressort des dispositions précitées que lorsqu'une expertise a été ordonnée dans le cadre d'une instance de référés, le président du tribunal désigne la ou les parties qui assumeront la charge des frais et honoraires d'expertise. En revanche, lorsque l'expertise a été ordonnée par un jugement avant-dire droit, dans le cadre d'une instance au fond, il appartient à la formation de jugement statuant sur le fond du litige de déterminer la répartition des frais d'expertise, lesquels sont inclus dans les dépens de l'instance. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'expertise a été ordonnée par un jugement avant-dire droit dans le cadre d'une instance au fond. Ainsi, il n'appartenait pas à la présidente du tribunal administratif de Versailles, mais à la seule formation de jugement statuant sur le fond du litige, de désigner la ou les parties assumant la charge des frais et honoraires d'expertise. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que les ordonnances du 16 juin 2021 sont entachées d'une erreur de droit en ce qu'elles mettent les frais et honoraires de l'expert et du sapiteur à la charge solidaire de l'association vexinoise de lutte contre les carrières cimentières, du parc naturel régional du Véxin français, de la commune de Breuil-en-Véxin, de la commune de Sailly et de la commune de Fontenay Saint Père.
15. Il résulte de tout ce qui précède, d'une part, que l'article 1er de l'ordonnance n° 1708714-4 du 16 juin 2021 de la présidente du tribunal administratif de Versailles fixant le montant des frais et honoraires de M. B à la somme de 15 400,75 euros toutes taxes comprises, doit être réformé, cette somme devant être réduite à 9 897,37 euros toutes taxes comprises, d'autre part, que les articles 2 des ordonnances nos 1708714-4 et 1708745-4 de la présidente du tribunal administratif de Versailles du 16 juin 2021 doivent être annulés en ce qu'ils mettent les frais et honoraires de l'expert et du sapiteur à la charge solidaire de l'association vexinoise de lutte contre les carrières cimentières, du parc naturel régional du Véxin français, de la commune de Breuil-en-Véxin, de la commune de Sailly et de la commune de Fontenay Saint Père.
Sur les frais liés à l'instance :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée par M. B au titre de ces dispositions. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions au bénéfice de l'association vexinoise de lutte contre les carrières cimentières, du parc naturel régional du Véxin français, de la commune de Breuil-en-Véxin, de la commune de Sailly et de la commune de Fontenay Saint Père.
D E C I D E :
Article 1er : L'article 1er de l'ordonnance n°1708714-4 du 16 juin 2021 de la présidente du tribunal administratif de Versailles fixant le montant des frais et honoraires de M. B est réformé en ce qu'il arrête le montant des frais et honoraires de M. B à la somme de 15 400,75 euros toutes taxes comprises, cette somme étant ramenée à de 9 897,37 euros toutes taxes comprises.
Article 2 : Les articles 2 des ordonnances nos 1708714-4 et 1708745-4 du 16 juin 2021 de la présidente du tribunal administratif de Versailles sont annulés en ce qu'ils mettent les frais et honoraires de l'expert et du sapiteur à la charge solidaire de l'association vexinoise de lutte contre les carrières cimentières, du parc naturel régional du Véxin français, de la commune de Breuil-en-Véxin, de la commune de Sailly et de la commune de Fontenay Saint Père.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association vexinoise de lutte contre les carrières cimentières, au parc naturel régional du Vexin français, à la commune de Brueil-en-Vexin, à la commune de Sailly et à la commune de Fontenay-Saint-Père, au tribunal administratif de Versailles et à M. C B.
Copie en sera adressée aux préfets du Val-d'Oise et des Yvelines et à M. D.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
Mme Madé, première conseillère,
Mme Berland, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.
La rapporteure,
C. A
La présidente,
M-O. LE ROUX La greffière,
I. SZYMANSKI
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2116891, 2116892/4-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026