jeudi 6 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2117100 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET JEROME LAVOCAT & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 août 2021, Mme G C, représentée par Me Lavocat, demande au tribunal :
1°) à titre principal, avant-dire droit, de désigner un médecin expert pour procéder à une nouvelle expertise médicale et de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser une indemnité provisionnelle d'un montant de 15 000 euros ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner l'AP-HP à lui verser la somme totale de 821 340,67 euros, au titre de l'aggravation de son préjudice résultant de l'intervention chirurgicale subie en août 2000, et la somme totale de 273 780,22 euros, au titre de la perte de chance de se soustraire à l'opération et à ses complications, assorties des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, de condamner l'AP-HP à lui verser la somme totale de 1 137 399,70 euros, au titre de l'aggravation de son préjudice résultant de l'intervention chirurgicale subie en août 2000, et la somme totale de 379 133,23 euros, au titre de la perte de chance de se soustraire à l'opération et à ses complications, assorties des intérêts au taux légal à compter du 27 avril 2021 et de leur capitalisation ;
4°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, une nouvelle expertise médicale apparaît nécessaire pour évaluer ses préjudices, nés de l'aggravation des séquelles qu'elle conserve de l'intervention subie le 30 août 2000 à l'hôpital Lariboisière, dès lors que les conclusions du Pr F apparaissent incohérentes au regard de la mission qui lui était confiée ;
- l'aggravation de son état de santé est en lien direct et certain avec l'intervention du 30 août 2000, à laquelle elle n'a pas pu se soustraire, l'AP-HP ayant manqué à son devoir d'information, ainsi qu'il a été reconnu par un arrêt devenu définitif de la cour administrative d'appel de Paris du 14 décembre 2009 ;
- elle est fondée à demander le versement d'une indemnité provisionnelle de 15 000 euros ;
- à titre subsidiaire, au regard du rapport du Dr D, les préjudices en lien avec cette faute s'élèvent à 97 227,24 euros au titre des pertes de gains professionnels actuels, 538,919,18 euros au titre des pertes de gains professionnels futurs, 100 000 euros au titre de l'incidence professionnelle, 540 euros au titre des frais divers, 19 874,25 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire du 25 janvier 2011 au 29 août 2017, 22 000 euros au titre des souffrances endurées, 42 780 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
- à titre infiniment subsidiaire, au regard du rapport du Pr F, les préjudices en lien avec cette faute s'élèvent à 97 227,24 euros au titre des pertes de gains professionnels actuels, 538 919,18 euros au titre des pertes de gains professionnels futurs, 100 000 euros au titre de l'incidence professionnelle, 540 euros au titre des frais divers, 10 150,40 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire du 22 mai 2006 au 23 septembre 2010, 249 262,88 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire à compter du 23 septembre 2010, 29 000 euros au titre des souffrances endurées, 9 000 euros au titre du préjudice esthétique et 12 000 euros au titre du préjudice d'agrément.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2022, le directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris conclut, à titre principal, au rejet de la demande d'expertise sollicitée par Mme C et, à titre subsidiaire, au rejet de sa demande de versement d'une indemnité provisionnelle et de sa demande d'indemnisation ainsi que des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la demande d'une nouvelle expertise sollicitée par Mme C ne présente pas de caractère utile ;
- la demande de versement d'une indemnité provisionnelle ne pourra qu'être rejetée.
Par un mémoire, enregistré le 24 mai 2022, la directrice générale de la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire demande au tribunal :
1°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 6 326,26 euros au titre des prestations servies dans l'intérêt de Mme C, sous réserve d'autres paiements non connus à ce jour, assortie des intérêts au taux légal à compter du jugement ;
2°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 1 114 euros correspondant à l'indemnité forfaitaire de gestion de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Elle fait valoir que :
- elle ne s'oppose pas à la demande d'expertise sollicitée par la requérante ;
- elle est bien fondée à solliciter la condamnation de l'AP-HP à lui verser à titre de provision la somme de 6 326,26 euros correspondant aux soins en lien avec l'aggravation de l'état de santé de Mme C.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G C, née le 25 avril 1967, a présenté en février 1997 des saignements répétitifs du nez ayant conduit à la découverte d'une malformation artério-veineuse des fosses nasales gauches. Cette malformation a fait l'objet d'une embolisation à l'hôpital Lariboisière, à Paris, le 30 août 2000. A la suite de l'apparition d'une nécrose du lobule de l'oreille droite ainsi que de la région temporale droite, Mme C a subi plusieurs interventions chirurgicales, les 17 septembre 2001, 24 janvier 2002, 18 avril 2003 et 12 mars 2004. Par un arrêt devenu définitif de la cour administrative d'appel de Paris, du 14 décembre 2009, l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) a été condamnée à verser à Mme C la somme de 41 466,66 euros en réparation de ses préjudices à raison d'un défaut d'information complète quant aux risques encourus préalablement à l'intervention chirurgicale du 30 août 2000.
2. Par une ordonnance du vice-président du tribunal 20 janvier 2015, le professeur E F, chirurgien maxillo-facial, a été désigné pour procéder à une nouvelle expertise en vue de se prononcer sur l'aggravation de l'état de santé de Mme C en lien avec l'intervention du 30 août 2000. L'expert a remis son rapport le 18 janvier 2016. Par courrier du 26 avril 2021, Mme C a adressé à l'AP-HP une demande préalable, qui a été implicitement rejetée. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de condamner l'AP-HP à l'indemniser de ses préjudices au titre de l'aggravation de son état de santé.
Sur l'utilité d'une nouvelle mesure d'expertise :
3. D'une part, Mme C soutient que le rapport d'expertise du Pr F est entaché d'incohérences dès lors que les souffrances endurées ont été évaluées de façon contradictoire dans le rapport, d'abord à hauteur de 4 sur une échelle de 1 à 7 puis de 5 sur 7, et qu'il en va de même pour le préjudice esthétique, d'abord évalué à 4 sur 7 puis à 3 sur 7. Si Mme C relève à juste titre que l'évaluation de ces deux chefs de préjudice présente des discordances dans le rapport, cette circonstance est toutefois sans incidence sur son droit à indemnisation, dans la mesure où, en tout état de cause, le Pr F a retenu une évaluation plus basse que celle retenue par le Dr B, dans le rapport d'expertise du 27 septembre 2006, qui avait évalué le préjudice esthétique à un niveau de 5 sur 7 et les souffrances endurées à un niveau de 6 sur 7.
4. D'autre part, Mme C soutient que ce rapport est entaché de plusieurs contradictions dès lors que le Pr F a maintenu la même date de consolidation que celle du Dr B, soit le 22 mai 2006, tout en retenant une période postérieure correspondant à un déficit fonctionnel temporaire de 20 % entre le 22 mai 2006 et le 23 septembre 2010, et de 50 % à compter du 23 septembre 2010. Il résulte de l'instruction que le Pr F a considéré dans son rapport que les complications liées à l'accident d'embolisation survenu lors de l'intervention du 30 août 2000 étaient non évolutives et consolidées à ce jour et qu'il convenait de les distinguer de l'évolution spontanée de l'angiome préexistant, lequel est susceptible d'entraîner des reprises hémorragiques ainsi que des problèmes d'expansion tissulaire. Toutefois, Mme C relève à juste titre que le rapport retient une période de déficit fonctionnel temporaire postérieure à la date de consolidation, de sorte que cette incohérence ne permet pas de déterminer si l'état de santé de la requérante s'est aggravé au regard des complications survenues lors de l'intervention initiale ou de l'évolution de l'angiome pour son propre compte. Par suite, Mme C est fondée à soutenir que la réalisation d'une nouvelle expertise présente un caractère utile. Il y a lieu, dès lors, d'ordonner une expertise aux fins exposées dans le dispositif du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête, procédé par un expert, désigné par le président du tribunal administratif, à une expertise avec mission de :
1°) prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical de Mme C et, notamment, de tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués lors de sa prise en charge à l'hôpital Lariboisière ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme C ;
2°) décrire l'état de santé actuel de Mme C et déterminer si une aggravation de l'état de santé de la requérante est intervenue en lien avec les complications survenues à la suite de l'intervention du 30 août 2000 depuis la date de consolidation fixée par la première expertise au 22 mai 2006 ; déterminer en outre si une éventuelle aggravation de l'état de santé de Mme C est imputable, en tout ou partie, aux complications survenues dans le cadre de l'intervention du 30 août 2000 ou à l'évolution pour son propre compte de l'angiome préexistant ; préciser, le cas échéant, la part respective prise par les différents facteurs qui auraient concouru à cette aggravation en recherchant, à cet égard, quelle incidence sur la survenance du dommage ont pu avoir la présence d'autres pathologies, l'âge de Mme C ou la prise d'un traitement antérieur particulier ; préciser en particulier si une nouvelle période de déficit fonctionnel temporaire doit être retenue en fixant, dans cette hypothèse, une nouvelle date de consolidation pour les dommages nés de cette aggravation ;
3°) dans l'hypothèse où serait retenue une aggravation de l'état de santé de Mme C en lien avec les complications survenues dans le cadre de l'intervention du 30 août 2000, donner son avis sur les dépenses de santé rendues nécessaires par l'état de l'intéressée en lien direct et certain avec une telle aggravation ; préciser, dans le cas où certaines hospitalisations ou certains achats de produits pharmaceutiques ne seraient pas entièrement imputables au dommage litigieux, dans quelle proportion ils peuvent être rattachés à ce dernier ; préciser plus généralement dans quelle proportion les dépenses de santé exposées par Mme C ont été rendues nécessaires par son état antérieur ;
4°) dans l'hypothèse d'une aggravation de l'état de santé de Mme C en lien direct et certain avec les complications survenues lors de l'intervention initiale, procéder à l'évaluation de l'ensemble des préjudices en ayant résulté ;
5°) fournir, d'une manière générale, tous éléments de nature à permettre au tribunal de se prononcer en toute connaissance de cause ;
6°) tenter une conciliation des parties, conformément aux dispositions de l'article R. 621-1 du code de justice administrative.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, contradictoirement entre Mme C, l'AP-HP et la CPAM de la Loire. L'expert déposera, dans un délai de trois mois à compter de sa désignation, son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera les copies aux parties intéressées telles que précisées au dernier article du présent jugement, le cas échéant, avec leur accord, sous forme électronique.
Article 3 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme G C, à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Versol, présidente,
M. Pény, premier conseiller,
M. Doan, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.
Le rapporteur,
A. A
La présidente,
F. Versol
La greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2117100/6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026