vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2117136 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | MANKOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 août 2021 et le 16 février 2022, M. D A, représenté par Me Mankou, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de Paris a rejeté son recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) en date du 29 avril 2021 refusant de lui accorder le bénéfice d'une orientation professionnelle ;
2°) d'enjoindre à la CDAPH de réexaminer sa situation et de se prononcer sur son orientation professionnelle, dans un délai de trois mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la MDPH de Paris la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que le refus de se prononcer sur son orientation professionnelle au motif qu'il ne serait pas mobilisable est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 5213-1 et L. 5213-2 du code du travail ainsi que de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 juin 2022 et le 1er juillet 2022, la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que l'état de santé de M. A ne lui permettait pas de bénéficier d'une orientation vers un centre de rééducation professionnelle.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles,
- le code du travail,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Thulard, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A a déposé le 16 septembre 2020 auprès de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de Paris une demande tendant notamment à ce qu'il obtienne la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé et à ce qu'il soit orienté vers le marché du travail, un centre de rééducation professionnelle (CRP) ou une unité d'évaluation, de réentrainement et d'orientation sociale et socio-professionnelle pour personnes cérébro-lésées (UEROS). La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) lui a reconnu la qualité de travailleur handicapé à compter du 2 mars 2021 et sans limitation de durée le 21 janvier 2021, sans toutefois se prononcer sur son orientation professionnelle. M. A a alors alerté la CDAPH de cette absence de réponse à une de ses demandes par un courrier du 12 mars 2021, réceptionné le 15 mars suivant. Par une décision ultérieure du 29 avril 2021, la CDAPH a rejeté les demandes d'orientations professionnelles de M. A et ne lui a accordé aucune autre orientation professionnelle. L'intéressé a fait valoir dans sa requête introductive d'instance, sans être contredit en défense, avoir introduit à l'encontre de cette décision un recours administratif préalable obligatoire, conformément aux dispositions des articles L. 134-1 et L. 134-2 du code de l'action sociale et des familles, par un courrier du 5 juin 2021. Par la présente requête, il doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision du 29 avril 2021 refusant de prononcer son orientation professionnelle, laquelle s'est substituée à la décision initiale de refus du 29 avril 2021.
2. En premier lieu, d'une part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 5213-2 du code du travail : " La qualité de travailleur handicapé est reconnue par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L. 241-5 du code de l'action sociale et des familles. Cette reconnaissance s'accompagne d'une orientation vers un établissement ou service d'aide par le travail, vers le marché du travail ou vers un centre de rééducation professionnelle. ().
4. Il résulte de ces dispositions du code du travail que l'octroi de la qualité de travailleur handicapé à M. A implique nécessairement que la CDAPH l'oriente vers un établissement ou service d'aide par le travail, vers le marché du travail ou vers un centre de rééducation professionnelle. L'intéressé a par ailleurs produit un certificat médical en date du 12 janvier 2022, établi par un spécialiste en médecine générale, qui atteste de son aptitude à bénéficier d'une orientation professionnelle et à reprendre une activité professionnelle. Cette attestation est concordante avec l'appréciation du juge des tutelles d'Ivry-sur-Seine qui, dans une décision du 21 mars 2017, a dit qu'il n'y avait pas lieu à mesure de protection à l'égard de M. A au motif qu'en dépit de ses troubles psychiatriques en lien avec une psychose dissociative, ce dernier était parfaitement en capacité de gérer seul ses biens et sa personne. Ces éléments ne sont pas sérieusement contredits en défense, la MDPH de Paris faisant notamment valoir avoir eu des contacts avec le psychiatre traitant du requérant mais sans l'établir en rien. Elle a au contraire produit un certificat médical daté du 9 septembre 2020, établi par un praticien hospitalier en poste dans un centre médico-psychologique et joint au dossier de demande de M. A, aux termes duquel la psychose paranoïaque dont ce dernier est atteint n'a pas de retentissement sur sa recherche d'emploi ou son suivi de formation. Il résulte ainsi de l'instruction que M. A conserve une capacité de travail, si bien qu'à la date du présent jugement, il doit continuer à bénéficier de la qualité de travailleur handicapé et, par suite, doit nécessairement être orienté vers un établissement ou service d'aide par le travail, vers le marché du travail ou vers un centre de rééducation professionnelle. L'argumentation de la MDPH de Paris en défense selon laquelle il ne pourrait être orientée vers un centre de rééducation professionnelle compte-tenu de son état de santé, à la supposer même justifiée, est à cet égard sans incidence sur l'illégalité qu'elle a commise et qui consiste à refuser de se prononcer sur la forme d'orientation professionnelle la plus adaptée au profil et au projet de la personne par ailleurs reconnue travailleur handicapée.
5. M. A est ainsi fondé à demander au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la MDPH de Paris a rejeté son recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision de la CDAPH en date du 29 avril 2021 refusant de lui accorder une orientation professionnelle.
6. En deuxième lieu, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de renvoyer M. A devant la CDAPH afin qu'elle arrête l'orientation professionnelle la mieux adaptée parmi celles mentionnées à l'article L. 5213-2 du code du travail, dans un délai maximal de trois mois à compter de la mise à disposition au greffe du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
7. En troisième et dernier lieu, M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mankou, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de la MDPH de Paris le versement à Me Mankou de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de Paris a rejeté le recours administratif préalable obligatoire de M. A à l'encontre de la décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) en date du 29 avril 2021 refusant de lui accorder le bénéfice d'une orientation professionnelle est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la CDAPH de Paris d'arrêter l'orientation professionnelle la mieux adaptée à M. A parmi celles mentionnées à l'article L. 5213-2 du code du travail dans un délai maximal de trois mois à compter de la mise à disposition au greffe du présent jugement
Article 3 : La MDPH de Paris versera la somme de 1 500 euros à Me Mankou, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Mankou et à la maison départementale des personnes handicapées de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
V. C
La greffière,
M. BLa République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026