vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2117237 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | ROUSSINEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 août 2021, M. B A, représenté par Me Roussineau, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser la somme totale de 50 782,50 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, portant intérêts au taux légal à compter du 13 décembre 2018 et avec capitalisation de ces intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a subi un aléa thérapeutique dont l'indemnisation doit être prise en charge par l'ONIAM, dès lors que la nécrose des lèvres survenue après l'embolisation constituait un accident médical non fautif ayant eu des conséquences anormales au regard de l'évolution prévisible de son état de santé ;
- il a subi, en raison de cet aléa thérapeutique, 66 jours d'hospitalisation avec un déficit fonctionnel temporaire de 100%, 71 jours de déficit fonctionnel temporaire de 50% pendant la période de gastrostomie du 13 octobre au 21 décembre 2018, 51 jours de déficit fonctionnel temporaire de 50% du 22 décembre 2018 jusqu'à la ré-intervention pour abcès du 12 février 2019, 41 jours de déficit fonctionnel temporaire à 50% du 14 février au 26 mars 2019, jusqu'à la fin des suites de sa gastrostomie ;
- cette période de déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à 50% satisfait l'exigence de gravité prévue à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique ;
- les préjudices subis de ce fait doivent être évalués à la somme totale de 50 782,50 euros, se décomposant comme suit : 3 982,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 30 000 euros au titre des souffrances endurées, 3 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 2 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent, 11 300 euros au titre du déficit fonctionnel permanent.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2021, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales conclut à sa mise hors de cause et à ce que les dépens soient mis à la charge de la partie perdante.
Il soutient que les conditions permettant l'intervention de la solidarité nationale ne sont pas réunies, dès lors que le dommage présenté par M. A n'était pas anormal et ne présentait pas le caractère de gravité requis.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) conclut à sa mise hors de cause.
Elle soutient qu'aucune faute n'a été commise permettant d'engager sa responsabilité.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doan,
- les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public,
- et les observations de Me Roussineau, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 9 juillet 1947, a consulté en août 2017 le service ORL de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière après avoir présenté une hémorragie nasale. Deux interventions chirurgicales pour coagulation des artères sphéno-palatines ont été réalisées à l'hôpital Lariboisière, les 20 septembre 2017 et 17 avril 2018. Le 5 septembre 2018, après une reprise des saignements, M. A a bénéficié d'une nouvelle embolisation. Le 21 septembre 2018, après qu'un début de lésion nécrotique en regard des lèvres et une légère cyanose des lèvres ont été relevés, il a été procédé à un parage de la nécrose labiale, sous anesthésie générale, avec pose d'une sonde de gastrostomie par voie endoscopique le 27 septembre 2018, retirée le 21 décembre 2018. En raison d'un suintement persistant sur la cicatrice, une échographie de la paroi abdominale a été réalisée le 7 février 2019, révélant un corps étranger métallique, qui a été extrait le 12 février 2019. Le 13 avril 2019, une reprise chirurgicale pour hémostase a été réalisée après une nouvelle récidive d'hémorragie nasale. Par une requête enregistrée le 9 août 2019, M. A a saisi le tribunal administratif d'une demande d'expertise, qui a été ordonnée par une ordonnance du 5 février 2020. L'expert a déposé son rapport le 22 juin 2021. Par la présente requête, M. A sollicite l'indemnisation par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur le rejet de la demande indemnitaire du 13 décembre 2018 :
2. A supposer que M. A ait entendu contester le rejet de sa demande indemnitaire du 13 décembre 2018, sa requête ne comporte aucune conclusion indemnitaire fondée sur la responsabilité de l'AP-HP et ne comporte l'exposé d'aucun moyen de droit ou de fait à l'appui de telles conclusions. Par suite, il n'y a pas lieu de se prononcer sur la responsabilité de l'AP-HP.
Sur la réparation des préjudices par la solidarité nationale :
3. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". Aux termes de son article D. 1142-1 : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence. ".
4. Il résulte des dispositions combinées du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique et de l'article D. 1142-1 du même code que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Ainsi, elles ne peuvent être regardées comme anormales au regard de l'état du patient lorsque la gravité de cet état a conduit à pratiquer un acte comportant des risques élevés dont la réalisation est à l'origine du dommage.
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. A présentait, préalablement à sa prise en charge, une grave hémorragie nasale qui nécessitait une prise en charge dont l'expert a indiqué qu'elle était d'une " importance vitale ", et qui a permis de mettre un terme aux saignements nasals. Si M. A a, à la suite de sa prise en charge, présenté des zones de nécrose au niveau des lèvres ainsi qu'une asymétrie de la bouche et une diminution de l'odorat, ces conséquences ne peuvent être regardées comme étant notablement plus graves que celles auxquelles M. A était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement, qui aurait pu entraîner son décès.
6. En deuxième lieu, il résulte du rapport d'expertise que la survenue de nécroses au niveau des lèvres constitue, dans le cadre d'une prise en charge telle que celle dont a bénéficié M. A, un " incident rare, connu, imprévisible ", " mais qui peut survenir ". A supposer que la probabilité de survenue du dommage doive être regardée comme faible, il résulte du rapport d'expertise que le déficit fonctionnel permanent de M. A a été évalué à 10% et qu'il a subi un déficit fonctionnel temporaire total pendant les 66 jours d'hospitalisation, un déficit fonctionnel temporaire de 25% du 9 septembre 2017 à la consolidation le 16 avril 2019, et de 50% pendant la durée de la gastrostomie, du 27 septembre au 21 décembre 2018. Si M. A fait valoir que les suites de sa gastrostomie ont été marquées par des complications justifiant de retenir un taux de déficit fonctionnel temporaire de 50% du 22 décembre 2018 au 11 février 2019 et du 14 février au 26 mars 2019, cette analyse, qui avait été présentée dans le cadre de l'expertise, a été écartée par l'expert au motif qu'une telle évaluation serait excessive au regard de l'impotence fonctionnelle liée aux soins de gastrostomie. Dans ces conditions, et alors que M. A n'apporte pas d'éléments nouveaux permettant de contredire l'évaluation de l'expert, il n'y a pas lieu de retenir que M. A a subi un déficit fonctionnel supérieur ou égal à 50% pendant plus de six mois sur une période de douze mois. Dès lors qu'il était à la retraite au moment des faits litigieux, il ne peut se prévaloir d'un arrêt de son activité professionnelle. Ainsi, la condition tenant à la gravité du dommage ne peut être regardée comme remplie en l'espèce.
7. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'ONIAM doit prendre en charge, au titre de la solidarité nationale, l'indemnisation des conséquences dommageables résultant de son accident médical non fautif. Il y a lieu, dès lors, de mettre l'ONIAM hors de cause.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.
Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Versol, présidente,
M. Pény, premier conseiller,
M. Doan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
Le rapporteur,
R. Doan
La présidente,
F. Versol
La greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2117237/6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026