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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2117435

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2117435

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2117435
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantCABINET MAOUCHE, DE FOLLEVILLE AVOCATS (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 août 2021, le 4 septembre 2021 et le 4 avril 2022, M. A D, représenté par Me de Folleville, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 16 juin 2021 par laquelle la commission des droits de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de Paris a rejeté son recours administratif préalable obligatoire en date du 29 mars 2021 et a ainsi confirmé ses précédentes décisions de rejet de ses demandes, d'une part, de carte mobilité inclusion -stationnement, d'autre part, d'orientation en centre de rééducation professionnelle (CRP) ou en unité d'évaluation, de réentrainement ou de réorientation sociale et socio-professionnelle pour personnes cérébro-lésées (UEROS) ;

2°) d'ordonner au président de la CDAPH de prendre toute mesure utile en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir.

Il soutient que, compte-tenu de ses pathologies, il souffre d'une restriction substantielle et durable d'accès à l'emploi et d'une réduction de son autonomie de déplacement à pied, si bien que les décisions attaquées sont illégales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les décisions attaquées ne sont pas illégales.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles,

- le code du travail,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles

R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thulard, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il est constant que M. A D s'est vu reconnaître la qualité de travailleur handicapé et a été orienté vers le marché du travail par la commission des droits de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de Paris. Celle-ci a en revanche refusé de faire droit à ses demandes tendant à ce que la carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " lui soit octroyée, d'une part, à ce qu'il soit orienté en centre de rééducation professionnelle (CRP) ou en unité d'évaluation, de réentrainement ou de réorientation sociale et socio-professionnelle pour personnes cérébro-lésées (UEROS), d'autre part. Insatisfait de ces décisions, M. D a saisi la CDAPH de Paris d'un recours administratif préalable obligatoire, conformément aux dispositions des articles L. 134-1 et L. 134-2 du code de l'action sociale et des familles, par un courrier du 29 mars 2021. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler la décision du 16 juin 2021 rejetant expressément ce recours.

Sur les conclusions de la requête de M. D dirigées contre le refus de délivrance d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées " :

2. Aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " I.- La carte " mobilité inclusion " destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. () / 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. (). ". Aux termes du IV de l'article R. 241-12-1 du même code : " Pour l'attribution de la mention " stationnement pour personnes handicapées ", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur. (). ". Aux termes de l'annexe de l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l'action sociale et des familles : " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. (). Ce critère est rempli dans les situations suivantes : - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou - la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : - une aide humaine ; (). ".

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d'une carte de stationnement pour personnes handicapées ou d'une carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ", il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide et de l'action sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.

4. En l'espèce, si M. D produit de très nombreux certificats médicaux qui permettent d'établir qu'à la date du présent jugement, il souffre de pathologies multiples et graves, qui ont d'ailleurs justifié que la maison départementale des personnes handicapées de Paris lui reconnaisse le 16 juin 2021 un taux d'incapacité compris entre 50 et 79%, il ne produit aucun document concluant expressément à une limitation de son périmètre de marche à 200 mètres ou à son besoin systématique à une des aides mentionnées à l'annexe de l'arrêté du

3 janvier 2017 pour ses déplacements extérieurs. Il résulte au contraire d'un certificat établi à sa demande par un rhumatologue le 30 mars 2022 que " La marche est () douloureuse, après 20 minutes ". En l'absence de toute autre précision, il en résulte que son périmètre de marche doit être regardé comme supérieur à 200 mètres.

5. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que M. D remplirait à la date du présent jugement les conditions justifiant que lui soit octroyée la carte mobilité inclusion portant la mention " stationnement pour personnes handicapées ". Ses conclusions aux fins d'annulation et d'injonction en tant qu'elles portent sur cette carte doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions de la requête de M. D dirigées contre le refus de l'orienter en centre de rééducation professionnelle (CRP) ou en unité d'évaluation, de réentrainement ou de réorientation sociale et socio-professionnelle pour personnes cérébro-lésées (UEROS) :

6. Lorsqu'il est saisi d'un recours formé contre les décisions des commissions des droits et de l'autonomie des personnes handicapées statuant, en application des dispositions de l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles, sur une demande d'orientation d'une personne à qui a été reconnue la qualité de travailleur handicapé, il appartient au juge administratif de se prononcer non sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais seulement sur les droits de la personne intéressée, en se plaçant à la date à laquelle il rend sa décision.

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 5213-1 du code du travail : " Est considérée comme travailleur handicapé toute personne dont les possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite de l'altération d'une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale ou psychique ". Aux termes de l'article L. 5213-2 du même code : " La qualité de travailleur handicapé est reconnue par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L. 241-5 du code de l'action sociale et des familles. / Cette reconnaissance s'accompagne d'une orientation vers un établissement ou service d'aide par le travail, vers le marché du travail ou vers un centre de rééducation professionnelle. L'orientation vers un établissement ou service d'aide par le travail, vers le marché du travail ou vers un centre de rééducation professionnelle vaut reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé. ". Aux termes de l'article L. 5213-3 dudit code : " Tout travailleur handicapé peut bénéficier d'une réadaptation, d'une rééducation ou d'une formation professionnelle. ". Aux termes de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles : " I. - La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour :1° Se prononcer sur l'orientation de la personne handicapée et les mesures propres à assurer son insertion scolaire ou professionnelle et sociale ". L'article R. 5213-9 du code du travail dispose : " L'éducation ou la rééducation professionnelle des travailleurs handicapés est assurée par : / 1° Les centres d'éducation ou de rééducation professionnelle créés par l'Etat, par une collectivité publique ou par un établissement public, et notamment les écoles de reconversion mentionnées par l'article D. 526 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ; / 2° Les centres d'éducation ou de rééducation professionnelle créés par les organismes de sécurité sociale ; / 3° Les centres d'éducation ou de rééducation professionnelle privés autres que ceux qui sont mentionnés au 2° ; / 4° Les employeurs au titre d'actions d'éducation ou de rééducation professionnelle ; / 5° Les centres collectifs ou d'entreprise agréés par le ministre chargé du travail ; / 6° Les organismes de formation au titre d'actions agréées en application de l'article L. 6341-4. ". Aux termes de son article R. 5213-10 : " La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est consultée sur toutes les demandes ou propositions de rééducation ou de réadaptation d'un travailleur handicapé. ". Aux termes enfin de son article R. 5213-12 : " La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées donne également son avis sur la nature, les modalités et la durée de la réadaptation, rééducation ou formation professionnelle appropriée. (). ".

8. Il résulte de la combinaison des articles L. 5213-2, L. 5213-3, R. 5213-9, R. 5213-10 et R. 5213-12 du code du travail que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, à laquelle cet article R. 5213-12 confère la mission de se prononcer sur la réadaptation, rééducation ou formation professionnelle " appropriée ", peut orienter toute personne à laquelle la qualité de travailleur handicapé a été reconnue vers un centre de rééducation professionnelle, dès lors qu'elle estime que les chances de l'intéressé d'obtenir ou retrouver un emploi dans la profession à laquelle il a été antérieurement formé, sont devenues très limitées. Il lui appartient dans un second temps de définir, pour chaque personne à laquelle est reconnue la qualité de travailleur handicapé, si une orientation vers un centre de rééducation professionnelle est l'orientation la mieux adaptée à son état de santé, en procédant à une évaluation de sa capacité de travail et de ses besoins en matière d'accompagnement, compte tenu de ses aptitudes et des contraintes ou restrictions inhérentes à son handicap, ainsi que de ses qualifications et expériences professionnelles.

9. En l'espèce, M. D n'a apporté aucune précision quant à ses éventuelles précédentes expériences professionnelles et n'a pas ainsi pas démontré que ses chances d'obtenir ou retrouver un emploi dans la profession à laquelle il a été antérieurement formé, seraient devenues très limitées. D'une manière plus générale, il n'a pas même allégué avoir un projet de reconversion professionnelle et la circonstance qu'il subisse des restrictions durables d'accès à l'emploi du fait de son handicap, si elle est de nature à justifier que lui soit reconnue la qualité de travailleurs handicapé, n'a pas en elle-même de conséquence sur la légalité de son orientation vers le milieu de travail ordinaire.

10. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la CDAPH de Paris a refusé de l'orienter en CRP.

11. En second lieu, aux termes de l'article D. 312-161-2 du code de l'action sociale et des familles, les UEROS accompagnent certaines personnes " dont le handicap, lié en tout ou partie à des troubles cognitifs ou des troubles du comportement et de la relation affective, résulte d'un traumatisme crânien ou de toute autre lésion cérébrale acquise. ".

12. En l'espèce, il ne résulte d'aucune pièce du dossier et n'est pas même allégué par le requérant que son handicap résulterait au moins partiellement d'un traumatisme crânien ou d'une lésion cérébrale acquise. Dans ces conditions, la CDAPH de Paris était fondée à refuser d'orienter M. D vers une telle unité.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. D doivent être intégralement rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la maison départementale des personnes handicapées de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

V. C

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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