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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2117579

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2117579

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2117579
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET CHESNEAU, FISCHEL (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 août 2021, la société Vueling Airlines SA, représentée par Me Chesneau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision n° 21/155-2002OLY7804 du 13 avril 2021 par laquelle l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) a prononcé à son encontre une amende d'un montant de 10 000 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner l'Etat aux dépens.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 6361-14 du code des transports, dès lors que, à titre principal, elle n'a pas été convoquée à la séance plénière en méconnaissance du principe des droits de la défense et du droit à un procès équitable, à titre subsidiaire, le délai d'un mois prévu par le sixième alinéa de cet article n'a pas été respecté ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le manquement n'est pas constitué et que l'ACNUSA a dénaturé les pièces du dossier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2022, l'ACNUSA, représentée par la SCP Lyon-Caen Thiriez conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Vueling Airlines SA une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 juin 2022 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'aviation civile ;

- le code des transports ;

- l'arrêté du 18 février 2003 portant restriction d'usage par la création de volumes de protection environnementale (VPE) sur l'aérodrome de Paris - Orly (Val-de-Marne) ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique,

- et les observations de Me Sarrazin, représentant l'ACNUSA.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision n° 21/155-2002OLY7804 en date du 13 avril 2021, l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) a infligé à la société Vueling Airlines une amende administrative d'un montant de 10 000 euros pour non-respect de l'article 1er de l'arrêté du 18 février 2003 portant restriction d'usage par la création de volumes de protection environnementale (VPE) sur l'aérodrome de Paris - Orly (Val-de-Marne).

Sur la légalité externe de l'acte :

2. Aux termes de l'article L. 6361-14 du code des transports : " Les fonctionnaires et agents mentionnés à l'article L. 6142-1 constatent les manquements aux mesures définies à l'article L. 6361-12. Ces manquements font l'objet de procès-verbaux qui, ainsi que le montant de l'amende encourue, sont notifiés à la personne concernée et communiqués à l'autorité. () / () Après s'être assuré que le dossier d'instruction est complet, le rapporteur permanent le notifie à la personne concernée et l'invite à présenter ses observations écrites dans un délai d'un mois, par tout moyen, y compris par voie électronique () / L'autorité convoque la personne concernée et la met en mesure de se présenter devant elle, ou de se faire représenter, un mois au moins avant la délibération. Elle délibère valablement dans le cas où la personne concernée néglige de comparaître ou de se faire représenter. / () ". Aux termes de l'article R. 227-1 du code de l'aviation civile : " A compter de la notification, prévue à l'article L. 6361-14 du code des transports, du procès-verbal, à l'occasion de laquelle sont notifiés les griefs retenus et indiqués les textes fondant les poursuites et le montant de l'amende encourue, la personne concernée dispose d'un délai d'un mois pour présenter par écrit ses observations à l'autorité. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 227-2 du même code : " Lorsqu'il estime le dossier d'instruction complet, le rapporteur permanent le notifie à la personne concernée en lui rappelant les faits reprochés, leur qualification, les textes applicables à ces faits et l'amende encourue, et en l'invitant à présenter ses observations dans un délai d'un mois. Il l'informe en outre des conditions dans lesquelles l'instruction sera close et des conséquences de cette clôture. () ".

3. D'une part, si la société Vueling Airlines soutient qu'elle n'a pas été régulièrement convoquée à la séance du 13 avril 2021, il résulte de l'instruction qu'elle a été informée par une lettre recommandée avec accusé de réception en date du 11 mars 2021, reçue le 24 mars suivant, de la tenue de la séance du 13 avril 2021, du lieu où se tiendrait cette séance, de l'heure à laquelle les affaires la concernant seraient examinées, et des conditions dans lesquelles elle pouvait y assister. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. D'autre part, la société requérante soutient que, ayant bénéficié de moins d'un mois pour préparer sa défense, elle a manifestement été lésée dans sa préparation, qu'ainsi cette irrégularité lui fait grief et a eu une incidence sur la légalité de la décision prise au terme d'une procédure irrégulière.

5. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

6. Il résulte de l'instruction que le procès-verbal de manquement a été notifié à la société Vueling Airlines, par un courrier reçu le 12 mars 2020. Bien qu'informée de la possibilité de produire des observations dans le délai d'un mois à compter de cette notification, elle n'en a formulé aucune. De même, il résulte de l'instruction que la société a reçu le 22 mars 2021 le dossier d'instruction de manquement mais n'a formulé aucune observation dans le délai d'un mois qui lui était accordé et elle n'a pas demandé à l'ACNUSA un délai supplémentaire pour préparer sa défense préalablement à l'audience. Dans ces conditions, la méconnaissance du délai d'un mois prévu à l'article L. 6361-14 du code des transports n'a pas privé la société Vueling Airlines d'une garantie ni n'a pu exercer d'influence sur le sens de la décision prise par l'ACNUSA. Par suite, le moyen tiré de ce que la procédure contradictoire prévue par les dispositions applicables n'aurait pas été respectée doit être écarté.

Sur la légalité interne de l'acte :

7. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 18 février 2003 portant restriction d'usage par la création de volumes de protection environnementale (VPE) sur l'aérodrome de Paris - Orly (Val-de-Marne) : " () II. Le commandant de bord d'un aéronef volant selon les règles de vol aux instruments conduit son vol à l'intérieur du volume de protection environnementale qui est associé à la procédure déclarée en service par l'organisme de contrôle de la circulation aérienne. / () / Lorsqu'un volume de protection environnementale est associé à une procédure d'approche ILS (Instrument Landing System), le commandant de bord est tenu de pénétrer dans ce volume par les " limites d'entrée ". / III. - Le commandant de bord ne peut déroger aux règles définies au II du présent article que s'il le juge absolument nécessaire pour des motifs de sécurité ou s'il a reçu une instruction de contrôle délivrée par l'organisme de contrôle de la circulation aérienne pour des motifs de sécurité des vols. ".

8. La société Vueling Airlines soutient que le manquement qui lui est reproché, à savoir la sortie du volume de protection environnementale (VPE) associé à la procédure de départ LGL 7P, n'est pas caractérisé dans la mesure où le commandant de bord n'a fait qu'exécuter, conformément à l'article 1er de l'arrêté du 18 février 2003 mentionné au point 7, une instruction de contrôle délivrée par l'organisme de contrôle de la circulation aérienne pour des motifs de sécurité de vol. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment du dossier d'instruction de manquement, que la sortie du VPE résulte, contrairement à ce que soutient la société Vueling airlines, d'une demande adressée par l'équipage à l'organisme de contrôle de la circulation aérienne sans qu'il ne précise que cette sortie serait nécessaire pour des motifs de sécurité. Il en résulte que le commandant de bord a dérogé aux règles définies au II de l'article 1er de l'arrêté du 18 février 2003 susmentionné alors qu'il n'a pas indiqué que le changement de cap était absolument nécessaire pour des motifs de sécurité et qu'il n'en avait pas non plus reçu l'instruction. Par suite, et la circonstance que l'organisme de contrôle de la circulation aérienne ait accepté le changement de cap étant sans incidence sur l'existence de l'infraction, le moyen tiré de l'absence de manquement doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Vueling Airlines doit être rejetée.

Sur les frais liés à l'instance :

10. D'une part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Vueling Airlines le versement à l'ACNUSA d'une somme de 1 500 euros.

11. D'autre part, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par la société Vueling Airlines ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Vueling Airlines est rejetée.

Article 2 : La société Vueling Airlines versera à l'ACNUSA une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Vueling Airlines SA et à l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Viard, présidente-rapporteure,

M. Perrot, conseiller,

M. Palla, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

La présidente-rapporteure,

M.-P. A

L'assesseur le plus ancien,

V. PERROT

La greffière,

L. THOMAS

La République mande et ordonne au ministre délégué chargé des transports, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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