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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2117806

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2117806

mercredi 12 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2117806
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET DELPEYROUX & ASSOCIES (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 18 août 2021 et 23 février 2022, Mme A F et M. B C, représentés par le cabinet Delpeyroux et associés, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la procédure d'imposition est prescrite ;

- Mme F n'avait pas la disposition du compte CIC Nord Ouest, qui était détenu en indivision, et ne peut tout au plus qu'être taxée qu'à hauteur de sa quote-part de droits ;

- la somme de 70 000 euros créditée sur ce dernier compte résulte d'une erreur de virement régularisée le lendemain ;

- le crédit de 150 000 euros du 22 décembre 2015 provient d'un prêt familial consenti par le frère de M. C ;

- le crédit de 2 300 euros du 27 octobre 2015 correspond au remboursement d'une facture payée par M. C pour le compte de la société Flixbus France ;

- les crédits de 1 960 euros et 1 700 euros du 19 mai 2015 constituent des cadeaux ;

- le crédit de 412,77 euros du 15 juin 2015 correspond à un remboursement de mutuelle suite à une hospitalisation ;

- les crédits de 1 807 euros et 698,50 euros des 20 décembre 2015 et 3 novembre 2015 correspondent à des remboursements de frais ;

- le crédit de 5 128,62 euros du 20 novembre 2015 correspond à la liquidation d'une liste de cadeaux de mariage ;

- le crédit de 5 500 euros du 11 juillet 2016 provient d'une société civile de chasse relevant de l'article 8 du code général des impôts ;

- le crédit de 1 956,33 euros du 8 février 2016 correspond au remboursement de frais engagés lors d'un voyage ;

- le crédit de 6 924,08 euros du 17 février 2016 correspond à une " avance d'un ami " ;

- le crédit de 1 849,88 euros du 18 mai 2016 correspond à " un remboursement " ;

- le crédit de 13 297,87 euros du 20 septembre 2016 correspond à un remboursement de la société Apple ;

- la majoration de 40 % pour manquement délibéré est injustifiée.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 19 janvier 2022 et 24 mars 2023, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés et demande, à titre subsidiaire, une substitution de base légale dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux.

Par un courrier du 21 mars 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'erreur de qualification catégorielle des revenus issus de la location de la maison située dans la commune de Wissant (Pas-de-Calais) dont Mme F est co- indivisaire, qui s'apparentent à des revenus résultant de la location de locaux meublés soumis à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Halard, premier conseiller,

- les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public ;

- et les observations de Me Henry-Stasse, pour Mme F et M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F et son époux, M. C ont fait l'objet d'un examen de leur situation fiscale personnelle au titre des années 2015 et 2016. A l'issue des opérations de contrôle, le service a taxé d'office à l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, des crédits bancaires non justifiés et leur a en conséquence notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux pour un montant total, en droits et pénalités, de 250 358 euros, mis en recouvrement par deux avis en date du 30 avril 2019. Leur réclamation préalable ayant été partiellement rejetée le 9 avril 2021, Mme F et M. C demandent au tribunal de prononcer la décharge des suppléments d'impôts laissés à leur charge.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ". Aux termes de l'article L. 189 du même code : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification () ".

3. Eu égard à l'objet de ces dispositions, relatives à la détermination du délai dont dispose l'administration pour exercer son droit de reprise, la date d'interruption de la prescription est celle à laquelle le pli contenant la proposition de rectification a été présenté à l'adresse du contribuable. Il en va de même lorsque le pli n'a pu lui être remis lors de sa présentation et que, avisé de sa mise en instance, il l'a retiré ultérieurement ou a négligé de le retirer.

4. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification n° 3924 du 4 septembre 2018 a été notifié aux requérants à leur adresse parisienne ainsi qu'à l'adresse aux Etats-Unis qu'ils avaient déclarée comme nouvelle adresse à l'administration fiscale avec prise d'effet le 23 septembre 2017. Alors que le pli contenant cette proposition de rectification a été retourné au service non réclamé le 2 novembre 2018, et qu'au demeurant l'ensemble des pièces liées au contrôle fiscal litigieux leur avaient également été transmises par courriels les 20 mars et 22 juin 2018, Mme F et M. C ne sont pas fondés à soutenir que le droit de reprise dont disposait l'administration à l'égard des impositions dues au titre des années 2015 et 2016 était prescrit.

En ce qui concerne la charge de la preuve :

5. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".

6. Dès lors qu'il est constant que l'imposition en litige a été établie d'office, conformément aux dispositions de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales, après que les requérants se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications qui leur ont notamment été adressées le 20 mars 2018, la charge de la preuve leur incombe dans la présente instance.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :

7. Il est loisible au contribuable taxé d'office en application de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales pour défaut de réponse à une demande de justifications portant sur l'origine de sommes portées au crédit de ses comptes bancaires d'apporter devant le juge de l'impôt la preuve que les sommes concernées, soit ne constituent pas des revenus imposables, soit se rattachent à une catégorie déterminée de revenus. Dans ce cas, le contribuable peut obtenir, le cas échéant, une réduction de l'imposition d'office régulièrement établie au titre du revenu global, à raison de la différence entre les bases imposées d'office et les bases résultant de l'application des règles d'assiette propres à la catégorie de revenus à laquelle se rattachent, en définitive, les sommes en cause. Il n'appartient toutefois pas au juge de l'impôt de substituer d'office au fondement de l'imposition contestée un autre fondement légal, en l'absence de conclusions de l'administration en ce sens. Il s'en déduit que, lorsque le contribuable taxé d'office en application de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales établit, au soutien de conclusions visant à la décharge des impositions régulièrement établies sur ce fondement que les sommes en litige se rattachaient à une catégorie déterminée de revenus, il appartient à l'administration, si elle l'estime utile, de demander au juge, dans le cadre de la procédure de taxation d'office, une imposition des sommes en litige selon les règles applicables à la catégorie d'imposition concernée. La procédure d'imposition d'office suivie sur le fondement de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales demeurant régulière, il n'y a pas lieu de subordonner cette demande au respect de la procédure contradictoire.

S'agissant des sommes créditées sur le compte CIC Nord Ouest n° 20153801 :

8. En premier lieu, le service a taxé, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, des crédits constatés sur le compte CIC Nord Ouest n° 20153801, pour un montant total, en 2015 et 2016, de 100 850,10 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction que le compte bancaire litigieux concerne la gestion d'un bien situé à Wissant et loué en meublé, détenu en indivision par Mme F et ses frères et sœurs ainsi qu'elle l'établit en produisant l'acte de donation entre vifs du 10 juillet 2012 entre ses parents et leurs enfants qui confère à chacun des quatre enfants un quart des droits dans l'indivision et donne mandat à leur parents d'agir conjointement ou séparément pour notamment, " ouvrir et gérer les comptes de l'indivision auprès de tout établissement bancaire ". Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient l'administration en défense, Mme F ne pouvait être taxée qu'à hauteur d'un quart des crédits constatés par le service sur le compte bancaire litigieux. La circonstance que ce compte était géré par son père reste quant à elle sans incidence dès lors que Mme F est réputée avoir la disposition des sommes créditées.

9. En deuxième lieu, le service a également taxé une somme de 70 000 euros créditée le 16 juin 2016 sur ce compte bancaire avec pour intitulé " REMBT COMPTE COURANT BATSCA ". Il résulte toutefois du relevé bancaire retraçant cette opération que cette même somme a été débitée le lendemain avec pour intitulé " VIR SEPA SC BATSCA REGUL ERREUR ", les requérants soutenant à cet égard que la somme en cause avait été virée sur le compte indivis alors qu'il aurait dû être viré sur le compte du père de la requérante, ce qui expliquerait la régularisation quasi-immédiate de l'erreur ainsi commise. S'il est vrai que les requérants n'apportent pas d'éléments supplémentaires relatifs à la nature exacte de ce crédit, les mentions figurant dans les intitulés de ces mouvements et le délai très rapproché dans lequel ils sont intervenus suffisent, dans les circonstances de l'espèce, à justifier de l'annulation de ce crédit bancaire. Par ailleurs, ils produisent le relevé de compte de la SC Batsca qui fait état de ce virement du compte courant de M. E F, père de la requérante. Les requérants sont donc fondés à soutenir que ce crédit ne peut être regardé comme un revenu taxable. Ils peuvent donc prétendre à la décharge de l'imposition supplémentaire à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux formant surtaxe en raison de la réduction de la base d'imposition décidée ci-dessus à hauteur de 70 000 euros au titre de l'année 2016.

10. L'administration a demandé une substitution de base légale afin que les crédits représentant des loyers de la location du bien en meublé dont il est constant qu'ils n'ont pas été déclarés soient imposés dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux sur le fondement des dispositions de l'article 35 du code général des impôts dans sa version applicable au litige. Il y a lieu de faire droit à cette substitution de base légale qui ne prive Mme F et M. C d'aucune garantie de procédure.

11. Il résulte de ce qui précède que l'administration est seulement fondée à taxer entre leurs mains, dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, un quart de ces crédits bancaires soit une somme en base de 4 405,03 euros en 2015 et 3 307,50 euros en 2016. Les requérants peuvent dès lors prétendre à la décharge de l'imposition supplémentaire à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux formant surtaxe en raison de la réduction de la base d'imposition d'une somme de 13 215,07 euros en 2015 et de 9 922,50 euros en 2016.

S'agissant de la somme de 150 000 euros créditée sur le compte HSBC de M. C :

12. Mme F et M. G soutiennent que le crédit de 150 000 euros constaté le 22 décembre 2015 sur le compte HSBC de M. C se rapporte à un prêt immobilier consenti par son frère, M. D C, ainsi que cela ressortirait, d'une part, de la reconnaissance de dette enregistrée au service des impôts des entreprises de Paris 1er le 28 décembre 2015, d'autre part, du virement de 168 460 dollars américains effectué par M. C à son frère le 30 juin 2020 et qui correspondrait à son remboursement. Toutefois, les requérants ne sauraient se prévaloir sur ce point de la présomption d'existence d'un prêt familial dès lors qu'il résulte de l'instruction que la somme litigieuse provenait de la société Lara Assets Limited. Par ailleurs, pour établir l'existence de ce prêt, les requérants se bornent à produire, afin d'établir les liens qui unissaient cette société à M. D C, une simple lettre signée le 18 mai 2021 par M. H, qui se présente comme l'un de ses anciens administrateurs et énonce que " M. C en était le seul actionnaire " et qu'il lui avait donné l'instruction, le 18 décembre 2015, d'effectuer par le débit du compte de cette société un transfert de 150 000 euros à son frère à titre de prêt. Ce seul courrier ne suffit pas, en l'absence notamment de tout document officiel permettant de confirmer le rôle de M. D C au sein de la société Lara Assets et d'éléments supplémentaires expliquant pourquoi cette somme provenait du compte d'une société et non d'un compte personnel, à établir la nature et l'origine exactes du crédit litigieux, si bien que les requérants, qui supportent la charge de la preuve, à défaut de présomption de prêt familial, ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration l'a taxé entre leurs mains dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.

S'agissant des sommes de 1 960 euros et 1 700 euros créditées le 19 mai 2015 sur le compte LCL 7362d 39 de Mme F :

13. Si les requérants soutiennent que les sommes de 1 960 euros et 1 700 euros créditées sur le compte LCL 7362d 39 de Mme F correspondent à " 9 chèques constituant des cadeaux ", ils n'apportent aucun élément au soutien de cette allégation et ne sont, par suite, pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration les a taxés entre leurs mains dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.

S'agissant de la somme de 2 300 euros créditée le 27 octobre 2015 sur le compte LCL 7362d 39 de Mme F :

14. Le service a taxé, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, un crédit de 2 300 euros constaté le 27 octobre 2015 sur le compte LCL 7362d 39 de Mme F, qui soutient qu'il s'agit du remboursement d'une facture IKEA payée par Monsieur C pour le compte de la société Flixbus dont il était alors l'un des dirigeants.

15. Les requérants produisent, au soutien de cette allégation, un bon de livraison de la société IKEA portant sur dix tables de bureau (plateaux et piètements) et vingt chaises achetées le 25 octobre 2015 pour un montant total de 3 619 euros TTC, les tickets de carte bleue correspondants, ainsi qu'une " lettre explicative " signée par le directeur financier de Flixbus France en date du 10 février 2022 et indiquant que la société avait pris à bail de nouveaux locaux situés à Levallois-Perret à compter du 15 octobre 2015, que deux paiements de 2 300 euros et 1 319 euros ont été effectués le 25 octobre 2015 par Mme F et son fils pour le compte de Flixbus France avec leurs cartes bancaires personnelles car la société n'en disposait pas pour ce règlement et que ces deux paiements ont été remboursés par la société par des virements effectués les 26 et 27 octobre 2015. Ces éléments circonstanciés suffisant, dans les circonstances de l'espèce, à établir que les sommes litigieuses ne constituent pas des revenus imposables, les requérants sont fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration les a taxées entre leurs mains dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.

S'agissant de la somme de 412,77 euros créditée le 15 juin 2015 sur le compte LCL 7362d 39 de Mme F :

16. Si les requérants soutiennent que le crédit de 412,77 euros constaté le 15 juin 2015 sur le compte LCL 7362d 39 de Mme F correspond à un remboursement de la mutuelle GFP faisant suite à une hospitalisation, en se bornant à produire une capture d'écran du site GPF, ils n'établissent pas sa nature et son origine et ne sont, par suite, pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration l'a taxé entre leurs mains dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.

S'agissant des sommes de 1 807 euros et 698,50 créditées les 20 décembre 2015 et 3 novembre 2015 sur le compte LCL 7362d 39 de Mme F :

17. Si les requérants soutiennent que les crédits de 1 807 euros et 698,50 euros constatés les 20 décembre 2015 et 3 novembre 2015 sur le compte LCL 7362d 39 de Mme F correspondent à des remboursements de frais de la société Apple, pour laquelle Mme F travaillait en qualité d'intérimaire depuis le mois d'octobre 2015, ils se bornent à produire, au soutien de cette allégation, les avis de virement concernés qui mentionnent, pour le premier, la société Sirva Worlwide comme donneur d'ordre et " PREVIEW TRIP HOTEL " comme motif de l'opération, pour le second, la société Apple comme donneur d'ordre et aucun motif lisible pour l'opération. Ces seuls éléments, qui n'établissent par ailleurs pas que des frais auraient effectivement été engagés par Mme F, ne suffisent toutefois pas à établir la nature et l'origine de ces crédits, si bien que les requérants, qui supportent la charge de la preuve, ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration les a taxés entre leurs mains dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.

S'agissant de la somme de 5 128,62 euros créditée le 20 novembre 2015 sur le compte LCL 7362d 39 de Mme F :

18. Le service a taxé, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, un crédit de 5 128,62 euros constaté le 20 novembre 2015 sur le compte LCL 7362d 39 de Mme F, qui soutient qu'il s'agit de cadeaux de mariage, ainsi que le laisse présumer la circonstance que cette somme provient de la société Zankyou Weddings, qui permet de créer des listes de mariage et de récupérer ensuite les dons sur son compte bancaire.

19. Les requérants produisent, au soutien de cette allégation, une attestation de la société Zankyou Weddings en date du 11 février 2022 indiquant qu'ils ont reçu, par le biais de la liste de mariage contractée avec elle, la somme de 5 128,62 euros pour le montant total des cadeaux reçus sur la liste. Quand bien même il est constant que Mme F et M. C se sont officiellement mariés en juin 2014, ce qui ne préjuge pas de la date à laquelle ils ont pu organiser une autre cérémonie ni d'ailleurs décider de liquider leur liste de mariage, les requérants doivent être regardés, dans les circonstances de l'espèce, comme établissant que le crédit litigieux ne constitue pas un revenu imposable et sont par suite fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration l'a taxé entre leurs mains dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.

S'agissant de la somme de 5 500 euros créditée le 11 juillet 2016 sur le compte Boursorama de M. C :

20. Le service a taxé, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, un crédit de 5 500 euros constaté le 11 juillet 2016 sur le compte Boursorama détenu par M. C, qui soutient qu'il provient d'une société civile de chasse relevant de l'article 8 du code général des impôts et dont le résultat serait par conséquent imposable dès sa réalisation et non lors de sa perception. Toutefois, dès lors que les requérants, qui supportent la charge de la preuve, n'apportent aucun élément justifiant la date de réalisation du résultat par la société en cause ni de son imposition entre les mains de ses associés, ceux-ci ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration a taxé ce crédit entre leurs propres mains dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.

S'agissant des sommes de 1 956,33 euros, 6 924,08 euros et 1 849,88 euros créditées les 8 février 2016, 17 février 2016 et 18 mai 2016 sur le compte HSBC de M. C :

21. Le service a taxé, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, des crédits de 1 956,33 euros, 6 924,08 euros et 1 849,88 euros constatés les 8 février 2016, 17 février 2016 et 18 mai 2016 sur le compte HSBC de M. C, qui soutient qu'ils correspondent, respectivement, à des frais engagés lors d'un voyage professionnel en Chine, à " l'avance d'un ami " et à " un remboursement ". Les requérants ne produisent toutefois aucune pièce à l'appui de ces allégations et ne sont, par suite, pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration a taxé ces crédits entre leurs mains dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.

S'agissant de la somme de 13 297,87 euros créditée le 20 septembre 2016 sur le compte LCL 20153801 58 de Mme F :

22. Le service a taxé, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée, un crédit de 13 297,87 euros constaté le 20 septembre 2016 sur le compte LCL 20153801 58 de Mme F, qui soutient qu'il s'agit d'un remboursement de la société Apple, pour laquelle elle travaillait alors. Si l'avis de virement mentionne effectivement comme motif de l'opération " Relocation allowance " et peut laisser présumer qu'il correspond aux frais de déménagement engagés par les requérants partis s'installer à cette époque en Californie, ils ne produisent aucun autre élément qui permettrait notamment d'établir qu'ils auraient préalablement avancé ces frais, si bien qu'ils n'établissent pas avec suffisamment de précision la nature et l'origine des crédits litigieux et ne sont, par suite, pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration les a taxés entre leurs mains dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée.

En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré :

23. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

24. Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt. Si l'administration se fonde également sur des éléments tirés du comportement du contribuable pendant la vérification, la mention d'un tel motif, qui ne peut en lui-même justifier l'application d'une telle pénalité, ne fait pas obstacle à ce que le manquement délibéré soit regardé comme établi dès lors que les conditions rappelées ci-dessus sont satisfaites.

25. En se bornant à soutenir, pour infliger aux requérants la majoration de 40 % prévue au a. de l'article 1729 du code général des impôts précité, qu'en dépit des demandes de justifications dont ils ont fait l'objet, Mme F et M. C n'ont fourni aucune explication pour justifier l'origine et la nature des sommes portées sur leurs comptes financiers qui, d'un montant significatif, leur ont permis d'assurer leur train de vie, l'administration ne rapporte pas la preuve de leur intention délibérée d'éluder l'impôt. Les requérants sont donc fondés à en demander la décharge.

26. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme F et M. C sont seulement fondés à prétendre à la réduction de leur base d'imposition d'une somme de 20 643,69 euros en 2015 et de 79 922,50 euros en 2016 au titre des crédits taxés à tort en qualité de revenus d'origine indéterminée et à la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux en résultant. Les requérants sont par ailleurs fondés prétendre à la décharge de la totalité de la majoration de 40 % pour manquement délibérée qui leur a été infligée au titre des années 2015 et 2016.

Sur les frais liés au litige :

27. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les bases d'imposition de Mme F et M. C sont réduites d'une somme de 20 643,69 euros en 2015 et de 79 922,50 euros en 2016 au titre des crédits taxés à tort en qualité de revenus d'origine indéterminée.

Article 2 : Mme F et M C sont déchargés des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mis à leur charge au titre des années 2015 et 2016 et correspondant à la réduction de base décidée à l'article 1er ci-dessus.

Article 3 : Mme F et M. C sont déchargés de la majoration de 40 % pour manquement délibéré qui leur a été infligée au titre des années 2015 et 2016.

Article 4 : L'Etat versera à Mme F et M. C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F et M. B C et à la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris, pôle juridictionnel administratif.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

M. Halard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2023.

Le rapporteur,

G. HALARD

La présidente,

J. EVGENASLa greffière,

M.-C. POCHOT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2107399/2-1

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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