mardi 21 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2117808 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | KRIEF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 août 2021, la société Jogayo, représentée par Me Krief, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de l'année 2014 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les achats ont été surévalués d'un montant de 12 970 euros correspondant à une facture prise en compte deux fois lors de la réalisation de la comptabilité matière ;
- l'abattement de 30 % pour liquidation de stocks est insuffisant et devrait être fixé à 40 % ;
- la minoration de recettes à laquelle aboutit la reconstitution de recettes est si peu significative qu'elle suffit à démontrer le caractère approximatif de la méthode utilisée par le service vérificateur ;
- le montant des intérêts de retard dépasse celui qui résulterait de l'application du taux légal et aurait par suite dû être motivé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jours de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Halard, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Jogayo, qui exploite un magasin de prêt-à-porter de luxe situé rue de Rivoli, à Paris, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014. A l'issue des opérations de contrôle, qui se sont déroulées du 16 novembre 2015 au 16 mars 2016, le service vérificateur a rehaussé les résultats de la société et lui a notifié des suppléments d'impôts sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée. Suivant l'avis rendu par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires le 7 décembre 2017, seuls les rehaussements portant sur l'année 2014 ont finalement été maintenus et mis en recouvrement le 31 janvier 2018. Le 25 juin 2021, l'administration fiscale a rejeté la réclamation préalable présentée par la société Jogayo le 9 mars 2018. Par la présente requête, la société demande au tribunal de prononcer la décharge des suppléments d'impôts sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée restés à sa charge au titre de l'année 2014, pour un montant total, en droits et pénalités, de 25 234 euros.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
2. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 ou le comité prévu à l'article L. 64 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge () ".
3. Il est constant, d'une part, que la comptabilité de la société Jogayo a été rejetée en raison des graves irrégularités qu'elle comportait, d'autre part, que les impositions litigieuses ont été établies conformément à l'avis de la commission départementales des impôts directs et des taxes sur les chiffres d'affaires en date du 7 décembre 2017. La charge de la preuve de leur caractère infondé ou exagéré incombe par suite à la société requérante.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a tenu compte, dans la reconstitution des recettes de la société Jogayo, d'un document intitulé " Pro Forma Invoice " en date du 5 février 2014 et d'une facture du 24 février 2014. Ainsi que le fait valoir la requérante, ces deux documents mentionnent le même numéro de commande, émanent du même fournisseur et portent sur des articles et des quantités pour l'essentiel identiques. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le service, la facture pro-forma, dont l'émission correspond à une pratique commerciale courante et dont aucune norme ni aucun principe n'impose qu'elle soit en tous points identique à la facture définitive, qui seule doit refléter la réalité de la transaction commerciale finalement conclue, ne saurait être regardée en l'espèce comme une autre facture se rapportant à une transaction distincte. Aussi la circonstance qu'aucun bordereau de livraison des marchandises ne soit produit n'est-elle pas, dans ces conditions, de nature à regarder la facture pro-forma comme révélant l'existence d'une autre transaction commerciale que celle finalement réalisée, et dont il vient d'être dit qu'elle est, pour l'essentiel, identique à celle envisagée dans la facture pro-forma. Enfin, contrairement à ce que soutient l'administration, le montant de l'escompte de 5 % apparaît clairement sur la facture définitive. Dans ces conditions, c'est à tort que l'administration fiscale a retenu l'existence de deux factures révélant la conclusion de deux transactions commerciales, là où les pièces du dossier n'en font apparaître qu'une. La société Jogayo est par suite fondée à demander la réduction de son chiffre d'affaires imposable à hauteur de la somme de 21 141,10 euros correspondant au montant figurant sur la facture pro-forma multiplié par le coefficient de bénéfice brut de 1,63 retenu par le service vérificateur.
5. En deuxième lieu, la société Jogayo soutient que l'abattement de 30 % retenu pour tenir compte de la période de liquidation des stocks qui s'est tenue en novembre et décembre 2014 apparaît irréaliste, dans la mesure où il s'avère inférieur de 10 points à celui retenu pour tenir compte des périodes de soldes légales. Toutefois, la société, qui se borne à invoquer ce qui lui semble être une invraisemblance et n'apporte aucune pièce de nature à établir le montant du rabais qu'elle a effectivement pratiqué lors cette liquidation, ne rapporte pas la preuve, qui lui incombe, de ce que le taux de 30 % fixé par le service serait insuffisant.
6. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que la minoration de recettes telle qu'elle résulte de la reconstitution réalisée par l'administration s'élève, au titre de l'année 2014, à 35 370 euros, soit 4,6 % du chiffre d'affaires de la société, et 14 228,90 euros si l'on tient compte de la réduction du chiffre d'affaires imposable résultant de ce qui a été dit au point 4. Toutefois, la seule circonstance que l'écart entre recettes déclarées et recettes reconstituées soit peu significatif ne suffit en tout état de cause pas, par lui-même, à apporter la preuve, incombant à la société requérante, de l'exagération des bases d'imposition.
En ce qui concerne les intérêts de retard :
7. En premier lieu, si la société demande au tribunal de prononcer la décharge de la majoration de 40 % appliquée par l'administration sur le fondement du a. de l'article 1729 du code général des impôts " compte-tenu des contestations évoquées ci-avant ", elle n'assortit pas son moyen de précision suffisante pour en apprécier le bien-fondé.
8. En second lieu, les intérêts de retard prévus par les dispositions de l'article 1727 du code général des impôts, qui s'appliquent indépendamment de toute appréciation portée par l'administration fiscale sur le comportement du contribuable, n'ont pas le caractère d'une sanction et ne doivent pas être motivés. Le moyen doit par suite être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la société Jogayo est seulement fondée à prétendre à la décharge des cotisations d'impôts sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée résultant, ainsi qu'il a été dit au point 4, de la réduction de son chiffre d'affaires imposable au titre de l'année 2014 de 21 141,10 euros.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Jogayo et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le chiffre d'affaires imposable de la société Jogayo au titre de l'année 2014 est réduit de la somme de 21 141,10 euros.
Article 2 : La société Jogayo est déchargée des cotisations d'impôts sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur mis à sa charge au titre de l'année 2014 et correspondant à la réduction de base décidée à l'article 1er ci-dessus.
Article 3 : L'Etat versera à la société Jogayo une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Jogayo et à la direction régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
Mme Laforêt, première conseillère,
M. Halard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.
Le rapporteur
G. HALARDLe président
J. SORIN
La greffière,
M.-C. POCHOT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026