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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2118467

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2118467

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2118467
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantCABINET ARENTS, TRENNEC (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 août 2021 et le 10 janvier 2022 M. B A, représenté par la SCP Arents-Trennec, agissant par Me Trennec, avocat, demande au tribunal :

1°) de condamner l'université de Paris à lui verser la somme de 53 000 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761­1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en le recrutant comme agent contractuel sur un poste d'ingénieur de recherche tout en décidant de le rémunérer comme ingénieur d'études, l'université a commis une faute dont il est fondé à demander réparation ;

- son préjudice financier par rapport à ses collègues payés en qualité d'ingénieur de recherche s'établit à 400 euros par mois, soit à 38 000 euros pour sept ans et onze mois ;

- son préjudice résultant de l'atteinte portée à son statut d'ingénieur de recherche et des troubles subis dans ses conditions d'existence et son préjudice moral s'établissent à la somme de 15 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 novembre 2021 et le 21 février 2022, l'établissement public expérimental - décret n° 2019-209 du 20 mars 2019, venant aux droits de l'université Paris Diderot, représenté par sa présidente, conclut au rejet de la requête.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dépourvue de moyen de droit, que M. A n'a pas intérêt à agir et que l'université n'a pas commis d'erreur de droit ;

- à titre subsidiaire, elle est infondée dès lors que l'université n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation et que M. A ne peut se prévaloir d'aucun préjudice.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Julinet ;

- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 22 novembre 1975, a été recruté par l'université Paris Diderot, aux droits et obligations de laquelle a succédé l'université de Paris, devenue l'établissement public expérimental - décret n° 2019-209 du 20 mars 2019, en qualité d'agent contractuel à temps complet pour une durée de trois ans à compter du 13 mai 2013 pour exercer les fonctions de Project manager pour une rémunération fixée en référence à l'indice nouveau majorée 620 exclusive de toute prime et indemnité et affecté au laboratoire Labex Inflamex. Une prime annuelle de résultat d'un montant de 3 120 euros brut lui a été attribuée au titre de l'année 2014 par un avenant à son contrat du 30 octobre 2014. Sa rémunération a été revalorisée au niveau de la rémunération afférente à l'indice nouveau majoré 710 à compter du 1er janvier 2015 par un nouvel avenant du 25 avril 2016. Par sa requête, il demande au tribunal de condamner l'établissement public expérimental - décret n° 2019-209 du 20 mars 2019 à lui verser une indemnité de 53 000 euros en réparation des préjudices résultant pour lui de la faute commise par l'université en le rémunérant comme un ingénieur d'études alors qu'il a été recruté sur un poste d'ingénieur de recherche.

2. Sauf s'il présente un caractère fictif ou frauduleux, le contrat de recrutement d'un agent contractuel de droit public crée des droits au profit de celui-ci. Lorsque le contrat est entaché d'une irrégularité, notamment parce qu'il méconnaît une disposition législative ou réglementaire applicable à la catégorie d'agents dont relève l'agent contractuel en cause, l'administration est tenue de proposer à celui-ci une régularisation de son contrat afin que son exécution puisse se poursuive régulièrement. Lorsque le juge est saisi par un agent contractuel de droit public d'une demande tendant à l'indemnisation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait d'une clause irrégulière de son contrat, il lui appartient d'apprécier le préjudice effectivement subi par l'agent du fait de cette irrégularité.

3. Aux termes du premier alinéa de l'article 1-3 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat : " Le montant de la rémunération est fixé par l'autorité administrative, en prenant en compte, notamment, les fonctions occupées, la qualification requise pour leur exercice, la qualification détenue par l'agent ainsi que son expérience ".

4. Il résulte de ces dispositions que si l'autorité compétente dispose d'une large marge d'appréciation pour déterminer, en tenant compte notamment des fonctions confiées à l'agent, de la qualification requise pour les exercer, de la qualification détenue par l'agent et de son expérience, le montant de la rémunération ainsi que son évolution, il appartient au juge, saisi d'une contestation en ce sens, de vérifier qu'en fixant ce montant l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. En revanche, dès lors que M. A n'allègue pas relever d'une catégorie d'agents contractuels à laquelle s'appliqueraient des dispositions particulières relatives à la fixation de la rémunération prévoyant un tel mécanisme, aucun texte ou principe général ne faisait obligation à l'université de fixer sa rémunération en référence à celle d'un corps de fonctionnaires.

5. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que, si les coordonnateurs du laboratoire Labex Inflamex ont demandé à l'université Paris Diderot de recruter M. A à un niveau de rémunération correspondant à celle d'un ingénieur de recherche, l'université a entendu accéder à leur demande. Dès lors et en tout état de cause, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'université a commis une faute en ne fixant pas sa rémunération à ce niveau que le contrat qu'il a signé ne prévoit d'ailleurs pas.

6. En deuxième lieu, il n'en résulte pas plus que les fonctions occupées par les manager de deux autres laboratoires de l'université, la qualification requise pour leur exercice, la qualification détenue par ces deux agents et leur expérience sont comparables aux siennes. Dès lors et en tout état de cause, il n'est pas fondé à soutenir que l'université a commis une faute en méconnaissant le principe d'égalité.

7. En dernier lieu, il n'en résulte pas davantage que l'administration a commis une erreur manifeste d'appréciation en fixant la rémunération de M. A en référence à l'indice nouveau majoré 620.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'université a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non­recevoir opposées en défense, que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'établissement public expérimental - décret n° 2019-209 du 20 mars 2019.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

Mme Arnaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

Le rapporteur,

S. JULINET

La présidente,

S. AUBERT

La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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