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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2118525

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2118525

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2118525
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantOZENNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 août 2021, la société C Rafik, représentée par Me Ozenne, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 avril 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à sa charge une contribution spéciale et une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un montant total de 30 000 euros, ensemble la décision du 29 juin 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) de la décharger des contributions mises à sa charge ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure en l'absence d'enquête ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait ;

- elle sont entachées d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 novembre 2021, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société C Rafik ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 18 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 31 décembre 2021 à 12h.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 27 octobre 2020, les services de l'inspection du travail ont procédé à un contrôle sur un chantier de rénovation d'un appartement situé au 36 Quai de Béthune dans le 4ème arrondissement de Paris. Lors de ce contrôle, a été relevée la présence sur le chantier, de trois personnes, dont deux, l'une de nationalité ivoirienne, l'autre de nationalité tunisienne, étaient dépourvues de titres les autorisant à travailler en France. Par une décision du 22 avril 2021, l'OFII a mis à la charge de la société C Rafik une contribution spéciale et une contribution forfaitaire des frais de réacheminement d'un montant total de 30 000 euros. Le 2 juin 2021, la société requérante a formulé un recours gracieux, que l'OFII a rejeté le 29 juin. Par la présente requête, la société C Rafik doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation des deux décisions du 22 avril et du 29 juin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et la décharge des contributions mises à sa charge.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". L'article L. 8253-1 du même code dispose que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat () L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention () ". En application de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur et désormais repris à l'article L. 822-2 de ce code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui peuvent être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui a occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger ". Aux termes de l'article R.626-2 du même code, dans sa version alors applicable : " I. - Au vu des procès-verbaux qui lui sont transmis en application de l'article L. 8271-17 du code du travail, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration indique à l'employeur, par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa date de réception par le destinataire, que les dispositions de l'article L. 626-1 sont susceptibles de lui être appliquées et qu'il peut présenter ses observations dans un délai de quinze jours. II. - A l'expiration du délai fixé, le directeur général décide, au vu des observations éventuelles de l'employeur, de l'application de la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1. Le ministre chargé de l'immigration est l'autorité compétente pour la liquider et émettre le titre de perception correspondant. (). "

3. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8271-6-1 du code du travail : " Les agents de contrôle mentionnés à l'article L. 8271-1-2 sont habilités à entendre, en quelque lieu que ce soit et avec son consentement, tout employeur ou son représentant et toute personne rémunérée, ayant été rémunérée ou présumée être ou avoir été rémunérée par l'employeur ou par un travailleur indépendant, afin de connaître la nature des activités de cette personne, ses conditions d'emploi et le montant des rémunérations s'y rapportant, y compris les avantages en nature. De même, ils peuvent entendre toute personne susceptible de fournir des informations utiles à l'accomplissement de leur mission de lutte contre le travail illégal ".

4. Il résulte de l'instruction que les services de l'inspection du travail ont procédé à un contrôle le 27 octobre 2020 sur le chantier de l'appartement situé au 36 Quai de Béthune dont certains travaux de rénovation ont été confiés à la société C Rafik. Lors de l'enquête qui a suivi ce contrôle, ces services ont constaté que la société requérante employait deux ressortissants étrangers, M. F de nationalité ivoirienne et M. D A de nationalité tunisienne, dépourvus de titres de séjour valides les autorisant à travailler en France. Il ressort de plus des mentions figurant dans le procès-verbal du 4 janvier 2021 issu de cette enquête que les services de l'inspection du travail ont, d'une part, procédé à l'audition de ces deux personnes, de l'employeur présumé, M. C, du maître d'ouvrage et du maître d'œuvre des travaux, et, d'autre part, se sont fondés sur les auditions des officiers de police judiciaire du commissariat du 4ème arrondissement de Paris afin d'authentifier l'identité des ressortissants étrangers visés par les décisions litigieuses. Par ailleurs, la société requérante ne peut utilement soutenir que l'OFII n'a pas procédé à des recherches d'identification. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les contributions contestées lui ont été appliquées à l'issue d'une procédure irrégulière.

5. En deuxième lieu, il ressort du procès-verbal d'infraction, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que, lors du contrôle de l'inspectrice du travail le 27 octobre 2020, M. F se trouvait en action de travail devant l'immeuble et effectuait des travaux d'enlèvement de gravats, dont il est constant qu'ils étaient issus du chantier de l'appartement du cinquième étage sur lequel intervenait la société et que, M. D A, qui se trouvait également sur le chantier en vêtement de travail, a déclaré y travailler " à la demande de Rafik ". En outre, si la société prétend qu'elle a sous-traité une partie des travaux à deux autres sociétés, il résulte de l'instruction que M. C était le seul à détenir les clés de l'appartement qu'il a confiées, la veille du contrôle, à l'un des salariés de son entreprise, M. B. Enfin, si la société soutient que M. D A et M. F n'étaient pas employés par elle, l'intéressée n'apporte aucun élément de nature à établir l'absence de lien de subordination ni à démentir les constats figurant dans le procès-verbal. Dans ces conditions, la matérialité des faits reprochés à la société requérante est établie et le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.

6. En dernier lieu, compte tenu de la nature et de la gravité des agissements sanctionnés et de l'exigence de répression effective des infractions, les circonstances propres à l'espèce, et notamment les difficultés financières invoquées, au demeurant non étayées, ne présentent pas une particularité telle qu'elles nécessiteraient que la société requérante soit, à titre exceptionnel, dispensée des contributions mises à sa charge. Enfin, la société C Rafik ne peut utilement se prévaloir de sa bonne foi. Par suite, en lui infligeant les contributions spéciale et forfaitaire, l'OFII n'a pas entaché ses décisions d'erreur d'appréciation.

5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la société C Rafik n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 22 avril et du 29 juin 2021. Ses conclusions à fins de décharge doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

7. L'OFII n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société C Rafik est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société C Rafik et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Amat, présidente,

- Mme Armoët, première conseillère,

- Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

La rapporteure,

S. E

La présidente,

N.AMATLa greffière,

P. TARDY-PANIT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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