vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2119103 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BASS MAZON ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 septembre 2021, Mme B A, représentée par Me Bass, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 2 465 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'illégalité de la décision du 2 mai 2018 constitue une faute engageant la responsabilité de l'Etat ;
- elle a subi un préjudice patrimonial composé comme suit : 500 000 euros au titre de la valeur d'enseigne de l'office, 135 000 euros au titre de la privation du bénéfice raisonnablement attendu de l'activité de notaire sur les exercices comptables passés, 1 800 000 euros au titre de la perte de chance de réaliser un bénéfice sur les exercices comptables à venir ;
- elle a subi un préjudice moral qu'il convient d'évaluer à 30 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques,
- le décret n°73-609 du 5 juillet 1973 relatif à la formation professionnelle dans le notariat et aux conditions d'accès aux fonctions de notaire,
- l'arrêté du 16 septembre 2016 pris en application de l'article 52 de la loi n° 2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques,
- l'arrêté du 3 décembre 2018 pris en application de l'article 52 de la loi n° 2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques pour la profession de notaire,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doan,
- et les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A a soumis, les 16 novembre, 19 mars et 23 avril 2018, plusieurs demandes de nomination dans un office à créer, par tirage au sort de sa candidature dans le cadre de l'article 52-II de la loi du 6 août 2015 pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques. Sa demande concernant la commune de Mouans-Sartoux a reçu attribution par tirage au sort et a été placée en attente de nomination. Par un courrier électronique du 2 mai 2018, le chef du bureau de la gestion des officiers ministériels de la sous-direction des professions judiciaires et juridiques de la direction des affaires civiles et du sceau du ministère de la justice l'a informée du rejet de sa demande. Par un jugement devenu définitif du 8 octobre 2020, le tribunal administratif de Paris a annulé cette décision du 2 mai 2018. Le 11 mai 2021, Mme A a adressé au ministre de la justice une demande préalable indemnitaire en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la décision illégale du 2 mai 2018. En l'absence de réponse dans un délai de deux mois, une décision implicite de refus est née le 12 juillet 2021. Par la présente requête, Mme A sollicite la réparation de ses préjudices.
2. L'illégalité d'une décision administrative constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration, pour autant qu'il en soit résulté pour celui qui demande réparation un préjudice direct et certain. Lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité d'une décision administrative entachée d'un vice de procédure, il appartient au juge de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties et, le cas échéant, en tenant compte du motif pour lequel le juge administratif a annulé cette décision, si la même décision aurait pu légalement être prise dans le cadre d'une procédure régulière. Si tel est le cas, le préjudice allégué ne peut alors être regardé comme trouvant sa cause directe dans le vice de forme ou de procédure entachant la décision administrative illégale.
3. Par une décision du 8 octobre 2020, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision du 2 mai 2018 par laquelle le ministre de la justice a refusé sa demande de nomination dans un office à créer à Mouans-Sartoux, au motif de l'insuffisance de motivation de cette décision, dès lors qu'elle ne précisait pas les éléments sur lesquels s'était fondée la garde des sceaux, ministre de la justice, pour estimer que Mme A ne remplissait pas les conditions d'aptitude prévues par les dispositions des 2° et 3° de l'article 3 du décret du 5 juillet 1973.
4. Aux termes de l'article 52 de la loi du 6 août 2015 pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques : " I. - Les notaires () peuvent librement s'installer dans les zones où l'implantation d'offices apparaît utile pour renforcer la proximité ou l'offre de services. / Ces zones sont déterminées par une carte établie conjointement par les ministres de la justice et de l'économie, sur proposition de l'Autorité de la concurrence en application de l'article L. 462-4-1 du code de commerce. () / A cet effet, cette carte identifie les secteurs dans lesquels, pour renforcer la proximité ou l'offre de services, la création de nouveaux offices de notaire () apparaît utile. / Afin de garantir une augmentation progressive du nombre d'offices à créer, de manière à ne pas bouleverser les conditions d'activité des offices existants, cette carte est assortie de recommandations sur le rythme d'installation compatible avec une augmentation progressive du nombre de professionnels dans la zone concernée. Cette carte est rendue publique et révisée tous les deux ans. / II. Dans les zones mentionnées au I, lorsque le demandeur remplit les conditions de nationalité, d'aptitude, d'honorabilité, d'expérience et d'assurance requises pour être nommé en qualité de notaire (), le ministre de la justice le nomme titulaire de l'office de notaire () créé. () ". Aux termes de l'article 3 du décret du 5 juillet 1973 dans sa rédaction alors applicable : " Nul ne peut être notaire s'il ne remplit les conditions suivantes : () / 2° N'avoir pas été l'auteur de faits contraires à l'honneur et à la probité ; / 3° N'avoir pas été l'auteur d'agissements de même nature ayant donné lieu à mise à la retraite d'office ou à une sanction disciplinaire ou administrative de destitution, radiation, révocation, retrait d'agrément ou d'autorisation () ". Aux termes du premier alinéa de l'article 49 du même décret : " Peuvent demander leur nomination sur un office à créer les personnes qui remplissent les conditions générales d'aptitude aux fonctions de notaire. ". Par un arrêté du 16 septembre 2016, les ministres de l'économie et des finances et de la justice ont établi la carte prévue à l'article 52 précité de la loi du 6 août 2015, qui comporte deux cent quarante-sept zones dans lesquelles la création d'offices de notaire apparaît utile pour renforcer la proximité ou l'offre de services et ils ont fixé, pour chacune de ces zones, une recommandation sur le nombre d'offices notariaux à créer pour les années 2016-2018.
5. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au ministre de la justice de nommer titulaire d'un office à créer le demandeur qui remplit les conditions générales d'aptitude aux fonctions de notaire précisées à l'article 3 du décret du 5 juillet 1973, dont celles du 2°, et, au contraire, de rejeter la demande lorsque le candidat ne remplit pas ces conditions.
6. En l'espèce, le procureur général près la cour d'appel d'Aix-en-Provence, saisi par le garde des Sceaux, a émis un avis défavorable à la nomination de Mme A, en raison de faits contraires à l'honneur et à la probité. Il résulte de l'instruction que, par un arrêt de la cour d'appel d'Aix-en-Provence du 22 novembre 2012, Mme A a été sanctionnée disciplinairement d'une mesure d'interdiction temporaire d'exercice pour une durée de deux ans en raison de son immixtion dans la gestion d'une société commerciale dont la gérante de droit était sa mère, méconnaissant ainsi l'interdiction statutaire visée à l'article 13-2° du décret du 19 décembre 1945, de sa participation à des emplois fictifs au sein de la SCP notariale dont elle était associée, notamment en signant l'acte de rupture conventionnelle du contrat de travail de l'épouse de l'un de ses associés dont elle ne pouvait ignorer qu'elle ne venait plus à l'office depuis plusieurs années, en signant le chèque fait à cette dernière en indemnités de départ ou en établissant un ordre écrit à la comptable de payer un salaire au jardinier de son associé qui n'était jamais venu à l'office, de sa participation à une SCI créée avec cet associé afin de faire payer à la SCP notariale un loyer largement surévalué à leur profit, et du détournement de clients de son office au profit d'une nouvelle SELARL sans l'accord de ses associés. Il résulte en outre de l'instruction que Mme A est mise en examen pour complicité d'abus de confiance par un officier public ou ministériel, abus de confiance, blanchiment des délits d'abus de confiance et de biens sociaux, complicité du délit d'escroquerie ou de tentative d'escroquerie, faux et complicité de blanchiment du délit de fraude fiscale. Par suite, eu égard à la gravité des faits commis de manière répétée par Mme A dans l'exercice de sa profession, et nonobstant la circonstance que la cour d'appel d'Aix-en-Provence n'ait retenu à son encontre qu'une interdiction temporaire d'exercice, elle n'est pas fondée à soutenir que le garde des sceaux, ministre de la justice, aurait fait une inexacte application des dispositions applicables en adoptant la décision litigieuse.
7. Par suite, il en résulte que les préjudices que Mme A allègue avoir subis du fait de la décision litigieuse du 2 mai 2018 ne peuvent être regardés comme la conséquence de l'illégalité tenant à l'insuffisance de sa motivation, dès lors que le ministre de la justice aurait, en tout état de cause, pris la même décision refusant la demande de nomination de Mme A. Dans ces conditions, l'illégalité de cette décision n'a entraîné pour l'intéressée aucun préjudice direct et certain.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au garde des Sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Versol, présidente,
M. Pény, premier conseiller,
M. Doan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
Le rapporteur,
R. Doan
La présidente,
F. Versol La greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2119103/6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026