lundi 24 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2119240 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | WAHRHEIT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 9 septembre 2021 et 27 janvier 2022, la société SSRBATI, représentée par Me Wahrheit, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période allant du 20 juin 2016 au 30 juin 2017, pour un montant total de 383 240 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- dès lors qu'elle exerce une activité de sous-traitance dans le bâtiment et non de mise à disposition de personnel au profit de ses clients, le dispositif d'auto-liquidation de la taxe sur la valeur ajoutée prévu par les dispositions du 2 nonies de l'article 283 du code général des impôts, précisé par la doctrine administrative BOI-TVA-DECLA-10-10-20, lui est applicable ;
- les rappels litigieux font au moins partiellement double imposition avec la taxe sur la valeur ajoutée auto-liquidée par certains de ses clients, preneurs ou donneurs d'ordre ;
- les pénalités pour manquement délibéré ne sont pas justifiées.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 29 décembre 2021 et le 21 mars 2023, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions tentant à l'annulation de la proposition de rectification sont irrecevables ;
- les autres moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Halard, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société SSRBATI, qui a pour objet social la peinture, l'électricité, la plomberie, le revêtement sol et l'isolation, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 20 juin 2016 au 30 juin 2017. A l'issue des opérations de contrôle, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée lui ont été notifiés, selon la procédure de taxation d'office, pour un montant total, en droits et pénalités, de 383 240 euros, mis en recouvrement le 30 novembre 2018. Après avoir vainement présenté une réclamation préalable datée du 3 janvier 2019, la société SSRBATI doit être regardée comme demandant exclusivement au tribunal de prononcer la décharge de ces rappels.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
2. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. " Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. "
3. Il résulte de l'instruction que les rappels litigieux ont été établis selon la procédure de taxation d'office, régulièrement mise en œuvre. La requérante supporte par suite la charge de la preuve de leur caractère exagéré.
En ce qui concerne le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :
4. Aux termes de l'article 283 du code général des impôts : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée doit être acquittée par les personnes qui réalisent les opérations imposables, sous réserve des cas visés aux articles 275 à 277 A où le versement de la taxe peut être suspendu () 2 nonies. Pour les travaux de construction, y compris ceux de réparation, de nettoyage, d'entretien, de transformation et de démolition effectués en relation avec un bien immobilier par une entreprise sous-traitante, au sens de l'article 1er de la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance, pour le compte d'un preneur assujetti, la taxe est acquittée par le preneur () ". Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance : " Au sens de la présente loi, la sous-traitance est l'opération par laquelle un entrepreneur confie par un sous-traité, et sous sa responsabilité, à une autre personne appelée sous-traitant l'exécution de tout ou partie du contrat d'entreprise ou d'une partie du marché public conclu avec le maître de l'ouvrage. "
5. Après avoir constaté, au cours du contrôle, des défaillances déclaratives et le caractère non probant de la comptabilité de la requérante, le service vérificateur a notamment exercé son droit de communication auprès de ses clients et de son établissement bancaire. Au regard des informations recueillies, il a ensuite considéré qu'elle ne réalisait pas des travaux immobiliers dans le cadre de contrats de sous-traitance mais exerçait, en réalité, une activité de mise à disposition de personnel au profit d'autres sociétés, imposable à la taxe sur la valeur ajoutée dans les conditions de droit commun et non dans celles prévues par les dispositions précitées du 2 nonies de l'article 283 du code général des impôts.
6. D'une part, le service a relevé que la requérante n'a présenté aucune facture de charges, aucun contrat de sous-traitance, aucun devis ni bon de commande signé ou tout autre document permettant d'établir l'existence d'une relation de sous-traitance. Il a également relevé que, contrairement à ce que soutient la requérante sans l'établir, les seuls contrats signés par elle et dont il a eu connaissance ne mentionnent pas que le donneur d'ordre s'engagerait à fournir le matériel et les moyens d'exploitation, que le montant d'achat de matériel comptabilisé sur la période vérifiée comme les débits bancaires présentés comme correspondants à un poste de dépenses de sous-traitance représentaient des parts très faibles du chiffre d'affaires (2 563,30/1 563 220 euros et 35 383/1 563 220 euros), que la requérante n'a jamais justifié l'utilisation de moyens matériels nécessaires à ses travaux de construction, ou encore que ses dépenses telles que les frais de téléphonie et les frais de déplacement étaient quasi-inexistantes. Le service en a déduit que les dépenses engagées habituellement par une société réalisant des travaux de construction relatifs à des biens immobiliers, telles que l'acquisition de matériaux de construction, la détention ou la location de moyens d'exploitation, étaient inexistants dans le cas de la société SSRBATI. La requérante, qui se borne à soutenir que le seul fait qu'elle n'ait pu produire aucune facture de charge ne peut suffire à démonter qu'elle n'exerce pas une activité de sous-traitance dans le bâtiment, n'apporte aucun élément supplémentaire de nature à remettre en cause les constatations du service.
7. D'autre part, le service a relevé que les dépenses et versements bancaires liés à des personnes physiques non salariées de la société requérante et non déclarées comme telles représentaient 73,03 % du montant total de ses dépenses engagées sur la période vérifiée, sans qu'il soit possible, en l'absence de justificatifs, de déterminer ni la qualification professionnelle de la plupart des bénéficiaires de ces versements, ni le montant des sommes qui leur ont été versées avec exactitude, ni l'identité de la personne morale qui les emploie. Si la société soutient à cet égard qu'elle était la seule à rémunérer ses employés, à les gérer et avait seule pouvoir de leur donner des ordres, elle ne produit aucun élément au soutien de cette allégation. Elle n'établit pas davantage par ses seules allégations qu'elle conservait, lorsqu'ils étaient mis à disposition d'autres sociétés, la gestion et la direction de ses salariés doués d'une technicité spécifique.
8. Il résulte de ce qui précède que la requérante ne rapporte la preuve, qui lui incombe, ni de ce qu'elle exerçait au cours de la période vérifiée une activité de sous-traitance dans le bâtiment, ni de ce que son activité ne pouvait être qualifiée de mise à disposition de personnel au profit d'autres sociétés. Elle n'est par suite pas fondée à soutenir que l'administration a méconnu les dispositions du 2 nonies de l'article 283 du code général des impôts et n'est pas davantage fondée à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la doctrine administrative BOI-TVA-DECLA-10-10-20, qui ne donne pas de la loi une interprétation différente de celle qui en est faite dans le présent litige.
En ce qui concerne les pénalités :
9. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai () ".
10. En premier lieu, la requérante ne peut utilement soutenir que la majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue au a. de l'article 1729 du code général des impôts qui lui a été appliquée n'est pas justifiée, dès lors qu'il résulte de l'instruction que l'administration lui a seulement infligé une majoration de 40 % en application du b. de l'article 1728 de ce code.
11. En second, la requérante n'articule aucun moyen à l'encontre de la majoration qui lui a été infligée et il est en tout état de cause constant qu'elle n'a souscrit aucune déclaration de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période vérifiée en dépit des mises en demeure que lui a notifiées le service vérificateur les 11 juillet et 17 août 2017.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de la société SSRBATI doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme demandée par la société SSRBATI au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société SSRBATI est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société SSRBATI et à la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Errera, premier conseiller,
M. Halard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2023.
Le rapporteur,
G. HALARDLe président,
J. SORINLa greffière,
B. CHAHINE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2119240/2-2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026