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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2119346

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2119346

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2119346
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre - R.222-13
Avocat requérantCABINET BAKER & MCKENZIE A.A.R.P.I.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 13 et 17 septembre 2021, les 5 juin, 31 juillet, 30 octobre et 19 novembre 2022, Mme B A saisit le tribunal d'un litige l'opposant à la société Orange et au ministre de l'économie des finances et de la relance concernant l'attribution d'une pension d'invalidité sans décote et sans attribution de l'allocation pour l'assistance par une tierce personne.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- sa maladie, qui résulte d'une carence en vitamine B12, a été diagnostiquée en 2014 pendant qu'elle acquérait ses droits à pension et son infirmité est apparue dès janvier 2018 et non en juin 2018 ; du fait de sa paralysie, l'importance de son invalidité justifie l'attribution d'une pension d'invalidité et non pas seulement le bénéfice d'une retraite anticipée et l'allocation tierce personne ; contrairement à ce que soutient la société Orange en défense, elle a renouvelé sa demande d'allocation tierce personne ;

- elle n'a pas abandonné son poste mais a été placée d'office en congé de maladie ; la décision de radiation des cadres pour abandon de poste du 1er février 2018 dont se prévaut la société Orange ne lui a pas été notifiée et elle n'en a eu connaissance qu'en octobre 2018 lorsque sa carte de mutuelle a été refusée par un centre hospitalier ;

- l'attribution d'une pension de 900 euros ne correspond pas à une pension anticipée d'invalidité sans décote.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 avril 2022 et 28 juin 2022, le ministre de l'économie des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le fondement légal de la pension étant le 4° et non le 2° de l'article L. 24 I du code des pensions civiles et militaires d'invalidité, la contestation s'y rapportant est sans objet ; la décote ayant été supprimée par un arrêté du 18 octobre 2021 intervenu en cours d'instance, Mme A n'a plus intérêt à demander sa suppression ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 juillet 2022 et 2 novembre 2022, la société Orange, représentée par Me Guillaume et Me Perche, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est devenue sans objet en tant qu'elle porte sur une pension sans décote ;

- n'étant pas motivée, elle est irrecevable ;

- le moyen tiré de l'illégalité de la décision de radiation des cadres pour abandon de poste est inopérant ; en outre cette décision est devenue définitive ;

- les autres moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 27 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Aubert, vice-présidente de section, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aubert, magistrate désignée ;

- les conclusions de M. Degand, rapporteur public ;

- et les observations de Me Abbouche pour la société Orange.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a été recrutée par la société Orange, anciennement dénommée France Télécom, en qualité d'agent public en 1978. La commission de réforme réunie le 29 avril 2021 a émis un avis favorable à sa retraite anticipée au titre du 4° de l'article L. 24 I du code des pensions civiles et militaires de retraite compte-tenu d'une infirmité constituant une inaptitude totale et définitive à toutes fonctions sans qu'un aménagement de poste soit possible. Par un arrêté du 23 août 2021, une pension avec une décote de 25 % lui a été attribuée avec effet au 29 avril 2021. Par un arrêté du 18 octobre 2021 intervenu en cours d'instance, une pension sans décote lui a été concédée avec effet au 29 avril 2021. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2021 en tant qu'il ne lui accorde pas une pension d'invalidité et ne fait pas droit à sa demande d'allocation tierce personne.

Sur la recevabilité :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête () contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ".

3. Contrairement à ce que soutient la société Orange en défense, la requête de Mme A comporte l'exposé de moyens par lesquels elle conteste le titre de pension qui lui a été délivrée. La fin de non-recevoir tirée de son défaut de motivation doit, dès lors, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 29 du code des pensions civiles et militaires : " Le fonctionnaire civil qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'une invalidité ne résultant pas du service et qui n'a pu être reclassé dans un autre corps en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée peut être radié des cadres par anticipation soit sur sa demande, soit d'office ; (). L'intéressé a droit à la pension rémunérant les services prévus au 2° du I de l'article L. 24 du présent code, sous réserve que ses blessures ou maladies aient été contractées ou aggravées au cours d'une période durant laquelle il acquérait des droits à pension () ".

5. Aux termes de l'article L. 24 I du même code : " La liquidation de la pension intervient : /()/2° Lorsque le fonctionnaire est mis à la retraite pour invalidité et qu'il n'a pas pu être reclassé dans un emploi compatible avec son état de santé ; /() / 4° Lorsque le fonctionnaire ou son conjoint est atteint d'une infirmité ou d'une maladie incurable le plaçant dans l'impossibilité d'exercer une quelconque profession, dans les conditions prévues à l'article L. 31 et sous réserve que le fonctionnaire ait accompli au moins quinze ans de services ()".

6. Pour contester la date de l'apparition de la sclérose combinée de la moelle à l'origine de la paralysie des membres inférieurs dont elle souffre, fixée au 2 juin 2018, Mme A produit une copie raturée du document intitulé " questionnaire médical " du 14 mai 2020 et un compte rendu d'hospitalisation du 8 avril 2019, qui indique que l'impotence fonctionnelle des membres inférieurs est apparue " il y a huit mois environ ", ce qui place cette apparition en août 2018. Dès lors, ces éléments ne sont pas suffisant pour remettre en cause l'avis de la commission de réforme et l'arrêté de titre de pension fondés sur l'apparition de la maladie en juin 2018. En outre, si elle fournit un compte rendu d'analyses de biologie médicale justifiant d'une carence en vitamine B12 dès 2014, la date du constat de cette carence ne correspond pas nécessairement à celle de l'apparition de la sclérose que la carence a provoquée et les autres documents produits, à savoir des courriels produits indiquant des engourdissements des membres inférieurs à cette époque et une attestation médicale établie le 18 septembre 2020 allant dans le même sens sont insuffisants pour considérer que la sclérose est apparue à une date à laquelle Mme A acquérait encore des droits à pension et non après sa radiation des cadres intervenue le 1er février 2018. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le refus de lui accorder le bénéfice d'une retraite pour invalidité méconnaît le 2° de l'article 24 I du code des pensions civiles et militaires de retraite.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante n'a pas été admise à la retraite du fait de sa radiation des cadres pour abandon de poste mais par anticipation du fait de son état de santé. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de la décision du 1er février 2018 portant radiation des cadres de Mme A, invoquée par voie d'exception, est inopérant.

8. En troisième lieu, en se bornant à soutenir que le montant de la pension versée ne correspond pas à une pension d'invalidité sans décote, sans apporter aucun élément de nature à caractériser une erreur dans le calcul de sa pension, Mme A n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 30 bis du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Lorsque le fonctionnaire est dans l'obligation d'avoir recours d'une manière constante à l'assistance d'une tierce personne pour accomplir les actes ordinaires de la vie, il a droit à une majoration spéciale d'un montant correspondant à la valeur de l'indice majoré 227 au 1er janvier 2004, revalorisé dans les conditions prévues à l'article (L. no 2014-40 du 20 janv. 2014, art. 5) "L. 341-6 du code de la sécurité sociale". Le droit à cette majoration est également ouvert au fonctionnaire relevant du deuxième alinéa de l'article L. 28. ". La circonstance que l'article R. 43 du même code précise que " La majoration spéciale pour assistance d'une tierce personne prévue à l'article L. 30 bis est accordée () à tout titulaire d'une pension civile d'invalidité qui justifie remplir les conditions fixées audit article ", alors que l'article L. 30 bis ne renvoie pas à des dispositions réglementaires pour préciser son champ d'application et ne comporte aucune restriction quant à la nature de la pension accordée, ne permet pas de limiter l'application de l'article L. 30 bis aux seuls fonctionnaires titulaires d'une pension d'invalidité au sens du 2° du I de l'article L. 24 du même code.

10. Il ressort des pièces du dossier que, par une lettre manuscrite du 19 avril 2021, dont il a été accusé réception par un courriel du 20 avril 2021 de la commission de réforme, Mme A a demandé à la commission de lui indiquer si elle était éligible à l'allocation tierce personne, après avoir renoncé à sa première demande, ne souhaitant pas se présenter à l'expertise prévue pour le 8 mars 2021. Il suit de là que le refus de lui accorder le bénéfice de la majoration prévue par l'article L. 30 bis du code des pensions civiles et militaires de retraite, fondé sur l'absence de présentation d'une demande, est entaché d'erreur de fait.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation du titre de pension émis par un arrêté du 18 octobre 2021 en tant qu'il ne fait pas droit à sa demande d'allocation tierce personne.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A la somme de 2 000 euros que la société Orange demande sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de pension émis par un arrêté du 18 octobre 2021 est annulé en tant qu'il ne fait pas droit à la demande d'allocation tierce personne.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la société Orange présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au ministre de l'économie des finances et de la relance et à la société Orange.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

La magistrate désignée,

S. AUBERT

La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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