vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2119433 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | GUEDJ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 septembre 2021 et le 11 août 2022, Mme B E et M. C A, agissant en leur nom propre et en qualité d'ayants droit de leur mère, Mme D A, représentés par Me Guedj, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs conclusions :
1°) de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) à leur verser les sommes suivantes en réparation des préjudices subis à la suite du décès de leur mère le 3 février 2019, assorties des intérêts à la date du 15 octobre 2019 :
- 61 000 euros à la communauté, en leur qualité d'ayants droit de leur mère ;
- 45 000 euros chacun, en réparation de leur préjudice d'affection ;
- 9 600 euros à la communauté, au titre des frais d'obsèques et des frais d'avocat ;
2°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur mère a contracté au décours de sa prise en charge à l'hôpital Saint-Antoine, établissement de l'AP-HP, une infection nosocomiale ayant causé son décès ;
- la prise en charge fautive de leur mère par l'AP-HP, relevée par l'expert désigné par la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'Île-de-France, est la cause de la survenue de l'infection et l'indemnisation des préjudices nés de celle-ci incombe ainsi intégralement à l'AP-HP, ainsi que l'indique l'avis de la CCI en date du 21 janvier 2021 ;
- ils sont fondés, en leur qualité d'ayants droit de leur mère, à demander le versement à la communauté d'une somme totale de 61 000 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total et des souffrances endurées par leur mère ;
- ils sont fondés à demander le versement des sommes de 45 000 euros chacun au titre du préjudice d'affection qu'ils ont subi personnellement ;
- ils sont fondés à demander le versement de la somme de 9 600 euros au titre des frais d'obsèques de leur mère qu'ils ont supportés personnellement et des frais d'avocats engagés pour faire valoir leurs droits durant la procédure devant la CCI d'Île-de-France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, l'Assistance publique-hôpitaux de Paris conclut, à titre principal, au rejet au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, demande à ramener les prétentions indemnitaires de Mme et M. A et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à de plus justes proportions.
Elle soutient que l'état médical antérieur très dégradé de la victime est la cause de survenue de l'infection et du décès et que les demandes indemnitaires doivent ainsi être dirigées contre l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité de l'AP-HP ne pourrait qu'être partagée avec l'ONIAM, le comportement des équipes médicales de l'hôpital Saint-Antoine ayant pu uniquement avoir pour conséquences une perte de chance de 40% d'éviter l'infection et donc le décès ;
- en tout état de cause, les demandes indemnitaires de Mme et M. A doivent être ramenées à de plus justes proportions, et notamment à 150 euros pour le déficit fonctionnel temporaire, à 2 000 euros pour les souffrances endurées, à 4 000 euros pour le préjudice d'affection de Mme A et à 10 000 euros pour M. A ainsi qu'à 2 000 euros au titre des frais irrépétibles.
Par un mémoire, enregistré le 15 septembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, représentée par la SELARL Kato et Lefebvre, demande :
1°) de condamner l'AP-HP à lui rembourser la somme de 36 822 euros, avec intérêts, au titre des frais d'hospitalisation de Mme A ;
2°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
3°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'AP-HP les entiers dépens.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par la SCP Saidji Moreau, conclut à ce que soit prononcé sa mise hors de cause.
Il fait valoir que le décès de Mme A est exclusivement imputable au comportement fautif de l'AP-HP.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique,
- le code de la sécurité sociale,
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lautard-Mattioli,
- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,
- et les observations de Me Guedj, représentant Mme et M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A, née le 3 octobre 1933, a été admise aux urgences de l'hôpital Saint-Antoine, établissement de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), le 18 janvier 2019 après un épisode de désaturation survenu à son domicile, puis transférée le soir même en service de cardiologie afin de traiter sa décompensation cardiaque par oxygénothérapie et par une déplétion hydrosodée (Lasilix) administrée par voie veineuse, permettant ainsi l'amélioration de son état clinique cardiaque. Lors de son séjour, la victime a développé une endocardite bactérienne détectée le 25 janvier 2017, qui s'est traduite initialement par un syndrome septique avec bactériémie à staphylocoque doré. Elle a été traitée par antibiothérapie mais son état s'est dégradé dès le 26 janvier 2019 et elle a ensuite présenté, après son admission en service de réanimation le 27 janvier 2019, un tableau d'accidents vasculaires cérébraux associés à une hémorragie méningée, en rapport avec la fixation de la bactérie sur sa bioprothèse valvulaire aortique. Elle est décédée le 3 février 2019.
2. Estimant que leur mère avait fait l'objet d'une prise en charge fautive, ses enfants, Mme B E et M. C A ont, par un courrier du 15 octobre 2019, saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'Île-de-France d'une demande de réparation par un courrier du 21 octobre 2019. La commission a confié une mission expertise à une anesthésiste-réanimateur, qui a rendu son rapport contradictoire le 31 octobre 2020. Par un avis du 21 janvier 2021, la CCI d'Île-de-France a déclaré l'AP-HP intégralement responsable du décès de Mme A. Par un courrier du 21 juin 2021, Mme et M. A ont demandé à l'AP-HP de leur faire une proposition d'indemnisation. Par un courrier du 15 juillet 2021, l'AP-HP leur a indiqué qu'elle n'entendait pas suivre l'avis de la CCI en raison des antécédents de la victime et qu'elle refusait de procéder à leur indemnisation.
3. Par la présente requête, Mme et M. A demandent au tribunal de condamner l'AP-HP à leur verser la somme totale de 160 600 euros en réparation de leurs préjudices en tant que victimes indirectes et de ceux subis par leur mère.
Sur les conclusions de M. et Mme A :
En ce qui concerne l'engagement de la solidarité nationale :
4. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. ". Toutefois, aux termes de l'article L. 1142-1-1 inséré au même code par la loi du 30 décembre 2002 relative à la responsabilité médicale : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales (). ". En vertu des articles L. 1142-17 et L. 1142-22 du même code, la réparation au titre de la solidarité nationale prévue par ces dernières dispositions, qui constitue un régime d'indemnisation distinct de celui défini au I de l'article L. 1142-1, est assurée par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM). Toutefois, les dispositions de l'article L. 1142-21 du code de la santé publique prévoient que l'ONIAM, condamné, en application de l'article L. 1142-1-1 du même code, à réparer les conséquences d'une infection nosocomiale ayant entraîné une incapacité permanente supérieure à 25 % ou le décès de la victime, peut exercer une action récursoire contre le professionnel, l'établissement de santé, le service ou l'organisme concerné ou son assureur " en cas de faute établie à l'origine du dommage ".
5. La juridiction du fond est tenue, si elle estime que le dommage invoqué remplit les conditions pour être indemnisé en tout ou partie sur le fondement de la solidarité nationale, d'appeler l'ONIAM en la cause, au besoin d'office, puis de mettre à sa charge la réparation qui lui incombe, même en l'absence de conclusions dirigées contre lui, sans préjudice de l'éventuelle condamnation de la personne initialement poursuivie à réparer la part du dommage dont elle serait responsable.
6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise diligenté par la CCI, que Mme A a contracté une infection au décours de sa prise en charge par l'AP-HP à compter du 18 janvier 2019. Il est constant que la porte d'entrée de l'infection, identifiée lors de l'admission en service de réanimation de la victime le 27 janvier 2019, était le site d'insertion du cathéter veineux périphérique posé dès le 18 janvier 2019 sur son avant-bras gauche, qui présentait un petit abcès purulent. Si l'expert a relevé que la victime avait des facteurs de risque d'infection plus importants que celui de la population générale, il a conclu toutefois que Mme A n'était pas particulièrement exposée à la survenue de cette infection en particulier et que celle-ci était évitable. S'il résulte de l'instruction que Mme A présentait à son arrivée un état antérieur dégradé, ni l'ONIAM, ni l'AP-HP ne produisent d'éléments médicaux permettant d'infirmer les conclusions de l'expert, qui a considéré que la cause du décès était monofactorielle. Enfin, il résulte de l'instruction que le décès de Mme A est entièrement imputable à l'infection qu'elle a contractée.
7. Par suite, en application des dispositions précitées, il appartient à l'ONIAM, qui se borne dans ses écritures en défense à demander sa mise hors de cause, de réparer intégralement les dommages subis par les requérants en raison de l'infection nosocomiale contractée par Mme A à l'occasion de sa prise en charge par l'hôpital Saint-Antoine et de ses conséquences au titre de la solidarité nationale.
Sur les préjudices de la victime directe :
8. Le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause. Si la victime du dommage décède avant d'avoir elle-même introduit une action en réparation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers en application de l'article 724 du code civil. Il s'ensuit que le droit à réparation des préjudices tant matériels que personnels subis par Mme D A est entré dans le patrimoine de sa succession. Chaque héritier a dès lors qualité, le cas échéant sans le concours des autres indivisaires, pour exercer l'action indemnitaire tendant à obtenir, au bénéfice de la succession, la réparation du préjudice subi. Le juge doit dès lors condamner l'ONIAM à réparer l'ensemble du préjudice au bénéfice de la succession et non à payer une somme correspondant à la part du requérant dans les droits de succession.
En ce qui concerne les préjudices de la victime directe au titre du déficit fonctionnel temporaire :
9. Il résulte de l'instruction que Mme D A a subi un déficit fonctionnel temporaire total durant l'hospitalisation, qui a résulté directement de l'infection ayant conduit son décès, du 25 janvier au 3 février 2019. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre, sur la base d'un taux quotidien de 20 euros, en fixant le montant de sa réparation à 180 euros.
En ce qui concerne les préjudices de la victime directe au titre des souffrances endurées :
10. Le rapport d'expertise estime que la souffrance endurée par la victime, au seul titre de l'infection ayant causé son décès, correspond à une cotation de 6 sur 7. Compte tenu de la durée de ces souffrances, du 25 janvier au 3 février 2019 et de la conscience qu'a eu Mme A de son décès imminent, il sera fait une juste appréciation de cette souffrance en fixant le montant de sa réparation à 20 000 euros.
Sur les préjudices des victimes indirectes :
En ce qui concerne les frais d'obsèques :
11. Il résulte d'une facture acquittée d'une entreprise de pompes funèbres établie au nom et à l'adresse de M. C A, que cette dernier a exposé des frais d'obsèques en raison du décès de sa mère d'un montant total de 5 600 euros. Il est, dès lors, fondé à en demander l'indemnisation à l'AP-HP.
En ce qui concerne les frais d'avocats de la procédure amiable devant la CCI d'Île-de-France et ses suites :
12. Il résulte des deux factures acquittées émises par Me Guedj le 10 octobre 2019, avant la saisine de la CCI d'Île-de-France et le 15 juin 2021, à la suite de l'avis de cette même commission rendu le 21 janvier 2021 et préalablement au courrier de relance envoyé le 21 juin 2021 à l'AP-HP pour lui demander de proposer une indemnisation, que les enfants de Mme A ont exposé des frais d'avocats au cours de la procédure non-juridictionnelle d'un montant total de 3 000 euros, dont l'utilité n'est pas contestée par l'ONIAM et qui sont directement liés au dommage. Ils sont, dès lors, fondés à en demander l'indemnisation à l'AP-HP. La troisième facture produite, datée du 6 septembre 2021, soit une semaine avant le dépôt de la requête, sera prise en compte au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
En ce qui concerne le préjudice d'affection :
13. Il résulte de l'instruction que le décès de Mme A a causé un préjudice d'affection à ses enfants, dont il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 5 000 euros pour sa fille et à 10 000 euros pour son fils, qui hébergeait sa mère à titre permanent.
Sur les conclusions de la CPAM de Paris dirigées contre l'AP-HP :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute de l'AP-HP :
14. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. -Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ".
15. Il résulte de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le recours de la caisse de sécurité sociale, subrogée dans les droits de la victime d'un dommage corporel, s'exerce contre les auteurs responsables de l'accident. Si, en application des dispositions des articles L. 1142-1-1 et L. 1142-22 du code de la santé publique, l'ONIAM doit indemniser au titre de la solidarité nationale les victimes des infections nosocomiales les plus graves, cet établissement public ne peut être regardé comme le responsable des dommages que ces infections occasionnent. Il suit de là que la caisse, qui a versé des prestations à la victime d'une telle infection, ne peut exercer un recours subrogatoire contre l'ONIAM. Il résulte du septième alinéa de l'article L. 1142-17 et du deuxième alinéa de l'article L. 1142-21 du code de la santé publique que le législateur, dérogeant dans cette hypothèse aux dispositions du second alinéa du I de l'article L. 1142-1, qui prévoit un régime de responsabilité de plein droit des établissements de santé en cas d'infection nosocomiale, a entendu que la responsabilité de l'établissement où a été contractée une infection nosocomiale dont les conséquences présentent le caractère de gravité défini à l'article L. 1142-1-1 ne puisse être recherchée qu'en cas de faute établie à l'origine du dommage, notamment un manquement caractérisé aux obligations posées par la réglementation en matière de lutte contre les infections nosocomiales. Il suit de là que, lorsque le degré de gravité des dommages résultant de l'infection nosocomiale excède le seuil prévu à l'article L. 1142-1-1, c'est seulement au titre d'une telle faute qu'une caisse de sécurité sociale ayant versé des prestations à la victime peut exercer une action subrogatoire contre l'établissement où l'infection a été contractée.
16. La caisse primaire d'assurance maladie de Paris, qui soutient que l'AP-HP a commis une faute à l'origine de la survenance de l'infection nosocomiale ayant causé le décès de Mme A, dirige ses conclusions uniquement contre l'AP-HP.
17. D'une part, ainsi qu'il a été dit précédemment, il est constant que la porte d'entrée de l'infection, identifiée lors de l'admission en service de réanimation de la victime le 27 janvier 2019, était le site d'insertion du cathéter veineux périphérique posé sur son avant-bras gauche, qui présentait un petit abcès purulent.
18. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert missionné par la CCI, que la société française d'hygiène hospitalière (SFHH) recommande fortement depuis l'année 2005 au moins de retirer le cathéter veineux périphérique dès que celui-ci n'est plus utile. Dans ces conditions, comme l'a relevé l'avis de la CCI à la suite de l'expert, le choix du service de cardiologie de poursuivre l'administration du Lasalix par voie veineuse alors que l'amélioration de l'état de santé cardiaque permettait le recours à la voie orale a favorisé l'infection. En outre, alors que les mêmes recommandations de la SFHH prévoient l'examen du site d'insertion du cathéter au moins une fois par jour à la recherche de signes locaux d'infection, le dossier médical de la victime ne permet pas de retracer cette action avant l'entrée au service de réanimation, postérieure à la manifestation des symptômes systémiques de l'infection. L'AP-HP, qui se borne à faire valoir que l'état antérieur dégradé et le comportement de la victime sont responsables de la survenue et de la gravité de l'infection sans éléments scientifiques au soutien de ces affirmations, ne conteste pas utilement les affirmations de l'expert selon lesquelles la victime n'était pas particulièrement exposée à la survenue de cette infection en particulier et que celle-ci était évitable.
19. Enfin, il résulte de l'instruction que le décès de Mme A est entièrement imputable à l'infection qu'elle a contractée, ce que l'AP-HP elle-même relève dans sa présentation des faits. Dans ces conditions, dès lors qu'il résulte du point précédent que la prise en charge par le service de cardiologie n'a pas été conforme aux règles de l'art en ce qu'elle a permis la survenue de l'infection puis a empêché un traitement au stade local de l'infection, la caisse primaire d'assurance maladie de Paris est fondée à demander le remboursement des dépenses de santé qu'elle a engagé au profit de Mme A.
En ce qui concerne les dépenses de santé :
20. Il ne résulte pas de l'instruction que la victime aurait exposé des dépenses de santé autres que les frais d'hospitalisation pris en charge par la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris. La caisse produit une attestation d'imputabilité établie par son médecin conseil et une attestation de débours indiquant qu'elle a engagé au profit de la victime des frais d'hospitalisation pour un montant total de 36 822 euros pour la période du 25 janvier 2019 au 3 février 2019, séjour imputable à l'infection ayant provoqué le décès. Par suite et alors que ce poste de préjudice n'est pas contesté en défense, la caisse est fondée à demander à l'AP-HP le remboursement de cette somme.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
21. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.
22. D'une part, il y a lieu de faire droit aux conclusions des requérants tendant à ce que les sommes qui lui sont allouées aux points précédents du présent jugement portent intérêt au taux légal à compter du 21 octobre 2019, date de réception par la CCI d'Île-de-France de la demande de réparation.
23. D'autre part, il y a lieu de faire droit aux conclusions de la CPAM de Paris tendant à ce que la somme qui lui est allouée au point 20 du présent jugement porte intérêt au taux légal à compter du 15 septembre 2022, date de réception de son mémoire en intervention.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale :
24. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale, le montant maximum de cette indemnité forfaitaire de gestion est de 1 162 euros. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP en application de ces dispositions une somme de 1 162 euros au profit de la CPAM de Paris.
Sur les dépens :
25. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
26. Les parties ne font pas valoir qu'elles auraient exposées des frais compris dans les dépens. Par suite, il n'y a pas lieu, en l'état du dossier, de faire droit aux conclusions de la CPAM de Paris tendant à ce que les dépens soit mis à la charge de l'AP-HP.
Sur les frais non compris dans les dépens :
27. Dans les circonstances de l'espèce, il y a de lieu de mettre à la charge de l'ONIAM au profit de Mme et M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
.
28. Il y a également lieu de mettre à la charge de l'AP-HP au profit de la CPAM de Paris une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à la succession de Mme D A la somme de 20 180 euros.
Article 2 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à M. C A la somme de 15 600 euros en réparation de ses préjudices propres.
Article 3 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à Mme B E la somme de 5 000 euros en réparation de ses préjudices propres.
Article 4 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à Mme B E et à M. C A la somme totale de 3 000 euros en réparation des préjudices propres qu'ils ont exposé en commun.
Article 5 : Les sommes mentionnées aux articles précédents seront assorties des intérêts au taux légal à compter du 21 octobre 2019.
Article 6 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris la somme de 36 822 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 22 septembre 2022.
Article 7 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 8 : l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera Mme B E et à M. C A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 9 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 10 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 11 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à M. C A, à la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris, à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Copie en sera adressée à l'expert.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marino, président,
M. Le Broussois, premier conseiller,
M. Lautard-Mattioli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023 .
Le rapporteur,
B. Lautard-Mattioli
Le président,
Y. MarinoLe greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026