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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2119611

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2119611

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2119611
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantBEGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 septembre 2021 et 5 décembre 2022, M. A C, représenté par Me Beguin, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme totale de 160 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité des comptes rendus d'entretien professionnel dont il a fait l'objet au titre des années 2015, 2016, 2017 et 2018, de l'illégalité de l'arrêté du 30 avril 2015 par lequel le ministre de l'intérieur lui a infligé une sanction d'exclusion temporaire de quinze jours et de l'illégalité des décisions implicites par lesquelles le préfet de police a refusé de lui communiquer le volet administratif de son dossier médical, les notes d'affectation en date du 29 octobre 2013 et la réponse du directeur territorial de la sécurité de proximité de Paris au rapport du commissaire central du 4ème arrondissement de Paris en date du 30 juin 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les comptes rendus d'entretien professionnel :

- l'illégalité de ses comptes rendus d'entretien professionnel au titre des années 2015, 2017 et 2018, annulés pour vice de procédure par des jugements du tribunal administratif de Paris du 8 mai 2017 et des 4 avril et 25 juillet 2019, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État ;

- l'illégalité de son compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2016, annulé pour une contradiction interne par un jugement du tribunal administratif de Paris du 22 juin 2017, constitue également une faute de nature à engager la responsabilité de l'État ;

- ces évaluations sont entachées de détournement de pouvoir dès lors qu'elles répondent à un mobile étranger à l'intérêt général dans la mesure où elles ont été utilisées dans le but de nuire à son avancement ;

- ces illégalités fautives engagent la responsabilité de l'État ;

- il est fondé à solliciter une indemnisation de 80 000 euros au titre de son préjudice physique, de son préjudice moral et de son préjudice lié à la perte de chance sérieuse d'être muté et de bénéficier d'un avancement avec le traitement indiciaire correspondant ;

En ce qui concerne la sanction d'exclusion temporaire de quinze jours :

- l'illégalité de la sanction d'exclusion temporaire de quinze jours, annulée pour erreur d'appréciation par un jugement du tribunal administratif de Paris du 11 mai 2017, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État ;

- cette décision méconnait également les dispositions de l'article 6 quinquiès de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 dès lors qu'elle révèle une situation de harcèlement moral ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir dès lors que les enquêtes administratives ayant entraîné la sanction répondent à un mobile étranger à l'intérêt général dans la mesure où elles ont été utilisées dans le but de nuire à son avancement ;

- ces illégalités fautives engagent la responsabilité de l'État ;

- il est fondé à solliciter une indemnisation de 50 000 euros au titre de son préjudice physique, de son préjudice moral et de son préjudice lié à la perte de chance sérieuse d'être muté et de bénéficier d'un avancement avec le traitement indiciaire correspondant ;

En ce qui concerne le refus de lui communiquer les documents administratifs :

- l'illégalité des décisions par lesquelles le préfet de police a implicitement refusé de lui communiquer le volet administratif de son dossier médical, les notes d'affectation en date du 29 octobre 2013 et la réponse du directeur territorial de la sécurité de proximité de Paris au rapport du commissaire central du 4e arrondissement de Paris en date du 30 juin 2014, annulée par un jugement du tribunal administratif de Paris du 8 juin 2017, au motif que ces documents lui étaient communicables de plein droit, constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- la perte par l'administration de ses notes d'affectation en date du 29 octobre 2013, constatée par un jugement du tribunal administratif de Paris du 28 mai 2021, méconnait les dispositions de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 en ce qu'elle participe des faits de harcèlement moral qu'il a subis ;

- cette illégalité fautive engage la responsabilité de l'État ;

- il est fondé à solliciter une indemnisation de 30 000 euros au titre de son préjudice physique et de son préjudice lié à la perte de chance d'être muté et de bénéficier d'un avancement avec le traitement indiciaire correspondant ;

En ce qui concerne les agissements constitutifs d'un harcèlement moral :

- l'ensemble des faits rappelés ainsi que les nombreuses illégalités dont sont entachées les décisions prises à son encontre révèlent une situation de harcèlement moral, qui constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, le préfet de police conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que l'évaluation des préjudices subis soit réduite à de plus justes proportions, soit une somme maximale de 1 000 euros.

Il soutient que :

- la responsabilité de l'État ne peut pas être engagée s'agissant des comptes rendus d'entretien professionnel au titre des années 2015, 2017 et 2018 dès lors que les mêmes décisions auraient pu être prises en l'absence de vices de procédure ;

- l'existence d'une situation de harcèlement moral n'est pas établie ;

- les préjudices allégués n'ont pas de lien de causalité avec l'illégalité de ses comptes rendus d'entretien professionnel au titre des années 2015, 2017 et 2018, de la sanction d'exclusion temporaire de quinze jours et des décisions lui refusant la communication des documents administratifs.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;

- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public,

- et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Par des jugements n° 1603975, 1609151, 1708998 et 1806477 des 8 mai et 22 juin 2017 et des 4 avril et 25 juillet 2019, devenus définitifs, le tribunal administratif de Paris a annulé les comptes rendus d'entretien professionnel au titre des années 2015, 2016, 2017 et 2018 de M. A C, capitaine de police alors affecté au commissariat du 4ème arrondissement de Paris en qualité d'adjoint au chef de l'unité d'appui de proximité.

2. Par un jugement du 11 mai 2017 devenu définitif, le tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du 30 avril 2015 par lequel le ministre de l'intérieur a infligé à M. C une sanction d'exclusion temporaire de quinze jours.

3. Par un jugement n° 1613341, 1613342, 1613343, 1613344 et 1613345 du 8 juin 2017, devenu définitif, le tribunal a prononcé un non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation des requêtes dirigées contre la décision refusant de communiquer le rapport établi le 24 décembre 2013, a annulé les décisions implicites par lesquelles le préfet de police a refusé de communiquer à M. C le volet administratif de son dossier médical, les notes d'affectation en date du 29 octobre 2013 et la réponse du directeur territorial de la sécurité de proximité de Paris au rapport du commissaire central du 4ème arrondissement de Paris en date du 30 juin 2014 et a enjoint au préfet de police de communiquer ces documents.

4. Par un courrier du 18 mai 2021, M. C a saisi le ministre de l'intérieur d'une demande préalable indemnitaire tendant à réparer les préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de ces décisions. Cette demande a été implicitement rejetée. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 160 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de ces décisions.

Sur la responsabilité de l'État :

En ce qui concerne les comptes rendus d'entretien professionnel au titre des années 2015, 2017 et 2018 :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, dans sa version alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. (.) ". Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. M. C soutient que ses notations pour 2015, 2017 et 2018 font suite à son refus d'exécuter des ordres illégaux relevant de pratiques dites de " contrôles au faciès " ayant conduit sa hiérarchie à mettre en œuvre des agissements revêtant le caractère de harcèlement moral. Toutefois, d'une part, s'agissant de ses évaluations au titre des années 2015 et 2017, il se borne à se prévaloir des conclusions du rapporteur public sur les jugements n° 1603975 et 1708998, qui proposait à la formation de jugement de retenir des erreurs manifestes d'appréciation. Toutefois, ces conclusions, qui ne constituent qu'une opinion du rapporteur public sur les questions que présentent à juger les requêtes et sur les solutions qu'elles appellent, ainsi que le précisent les dispositions de l'article L. 7 du code de justice administrative, ne permettent pas d'établir que les notations susmentionnées seraient susceptibles de révéler un harcèlement moral à son encontre, alors en outre que le requérant ne produit aucun élément -supplémentaire permettant de remettre en cause l'appréciation de son évaluateur sur sa manière de servir ou de nature à établir qu'elle aurait reposé sur des considérations étrangères au service.

7. D'autre part, ainsi qu'il a été précisé dans le jugement n°1921372 du 6 février 2023, la circonstance que M. C ait obtenu l'annulation de ses comptes rendus d'entretien professionnel au titre des années 2015, 2017 et 2018 ne traduit pas en l'espèce une situation de harcèlement moral à son encontre, dès lors notamment que les appréciations portées par sa hiérarchie sur son commandement et sa manière de servir n'ont pas été remises en cause sur le fond ni n'ont permis de révéler un détournement de pouvoir à son égard, alors en outre qu'il n'est pas non plus établi que ces appréciations auraient été différentes en l'absence des vices de procédure ayant conduit à l'annulation de ces décisions. En effet, s'agissant d'abord de sa notation pour 2015, les appréciations de son supérieur hiérarchique portent essentiellement sur ses difficultés à assurer le commandement de sa brigade dans le cadre de sa nouvelle affectation en qualité d'adjoint au chef de l'unité d'appui de proximité, sans qu'il soit établi que ces remarques ne refléteraient pas la manière de servir de l'intéressé. S'agissant de sa notation pour 2017, son supérieur hiérarchique fait notamment état de la volonté de bien faire de M. C et de son implication qui a permis de dynamiser les résultats de sa brigade. Enfin, s'agissant de sa notation pour 2018, il est indiqué que les résultats de sa brigade sont en augmentation et que M. C assure les missions qui lui sont confiées. Si M. C fait valoir que ses notes relatives à ses aptitudes professionnelles, ses compétences professionnelles, sa disponibilité et son implication dans le travail ne sont étayées par aucun exemple précis et ne correspondent pas à ses résultats, en augmentation régulière, la circonstance que son évaluation contienne uniquement une appréciation d'ordre général sur ses résultats et sa manière de servir ne traduit pas par elle-même un harcèlement moral à son égard. En outre, si son évaluateur a effectivement mentionné que les résultats obtenus par son unité étaient en augmentation régulière, notamment en matière contraventionnelle, il ne s'agit pas des seuls éléments sur lesquels porte l'entretien professionnel, ainsi qu'il ressort des dispositions précitées de l'article 3 du décret du 28 juillet 2010. Au demeurant, M. C ne produit sur ce point aucun élément permettant de remettre en cause l'appréciation de son évaluateur sur sa manière de servir. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que ses comptes rendus d'évaluation professionnelle au titre des années 2015, 2017 et 2018 révéleraient une situation de harcèlement moral doit être écarté. Enfin, contrairement à ce qu'allègue le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces évaluations seraient discriminatoires en raison du lien fait avec ses arrêts de travail précédents ni qu'elles seraient entachées de détournement de pouvoir.

8. En second lieu, aux termes de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984, dans sa version alors en vigueur : " Par dérogation à l'article 17 du titre Ier du statut général, l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct () ". Aux termes de l'article 16 du décret du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale : " La notation des fonctionnaires actifs des services de la police nationale fait l'objet d'un ou plusieurs entretiens d'évaluation. Elle est établie annuellement sur une notice qui comporte : 1. Une liste d'éléments d'appréciation non chiffrée permettant d'évaluer les qualités personnelles, professionnelles et les aptitudes manifestées dans l'exercice des fonctions ; 2. Une grille de notation par niveau de 1 à 7 qui rend compte de la situation du fonctionnaire ; 3. Une appréciation non chiffrée qui rend compte de l'évolution de la valeur du fonctionnaire ". Aux termes de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'État : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. /Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. () ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " L'entretien professionnel porte principalement sur : 1° Les résultats professionnels obtenus par le fonctionnaire eu égard aux objectifs qui lui ont été assignés et aux conditions d'organisation et de fonctionnement du service dont il relève ; 2° Les objectifs assignés au fonctionnaire pour l'année à venir et les perspectives d'amélioration de ses résultats professionnels, compte tenu, le cas échéant, des perspectives d'évolution des conditions d'organisation et de fonctionnement du service ; 3° La manière de servir du fonctionnaire ; 4° Les acquis de son expérience professionnelle ; 5° Le cas échéant, la manière dont il exerce les fonctions d'encadrement qui lui ont été confiées ; 6° Les besoins de formation du fonctionnaire eu égard, notamment, aux missions qui lui sont imparties, aux compétences qu'il doit acquérir et à son projet professionnel ; 7° Ses perspectives d'évolution professionnelle en termes de carrière et de mobilité. () ". Enfin, aux termes de l'article 4 de ce décret : " Le compte rendu de l'entretien professionnel est établi et signé par le supérieur hiérarchique direct du fonctionnaire. Il comporte une appréciation générale exprimant la valeur professionnelle de ce dernier () ".

9. L'appréciation générale de la valeur professionnelle d'un agent doit refléter les qualités de ce dernier dans l'accomplissement de ses fonctions et doit tenir compte de l'ensemble des éléments relatifs à son comportement. L'autorité chargée de l'évaluation de la valeur professionnelle dispose d'un large pouvoir d'appréciation, en fonction du travail et du mérite professionnel de l'agent, sous réserve du contrôle du juge administratif portant sur l'erreur de droit, le détournement de pouvoir ou l'erreur manifeste d'appréciation.

10. Par des jugements en date des 8 mai 2017, 4 avril et 25 juillet 2019, devenus définitifs, le tribunal administratif de Paris a annulé les comptes rendus d'entretien professionnel au titre des années 2015, 2017 et 2018 de M. C, au motif qu'ils étaient entachés de vices de procédure, faute d'avoir été menés par son supérieur hiérarchique direct, comme il est prévu par les dispositions précitées des articles 2 et 4 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'État. Ces illégalités constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de l'État et à ouvrir droit à réparation au profit du requérant à raison de son préjudice direct et certain.

En ce qui concerne le compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2016 :

11. En premier lieu, M. C soutient que sa notation pour 2016 fait suite à son refus d'exécuter des ordres illégaux relevant de pratiques dites de " contrôles au faciès " ayant conduit sa hiérarchie à mettre en œuvre des agissements revêtant le caractère de harcèlement moral. Toutefois, la circonstance que cette évaluation soit entachée d'une contradiction interne au motif qu'elle comportait une appréciation relative à sa manière de servir alors qu'il avait été présent moins de trois mois au cours de la période considérée, ne saurait révéler, à elle seule une situation de harcèlement moral à son encontre. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision en cause révélerait une situation harcèlement moral et un détournement de pouvoir doivent être écartés.

12. En second lieu, par un jugement du 22 juin 2017 devenu définitif, le tribunal administratif de Paris a annulé le compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2016 de M. C pour contradiction interne au motif que son évaluation, en indiquant qu'il n'a pas atteint les objectifs fixés, comportait une appréciation de sa manière de servir alors qu'il avait été présent moins de trois mois au cours de la période considérée pour être évaluée. Or, il résulte des dispositions précitées de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984, de l'article 16 du décret du 9 mai 1995 et des articles 2 et 4 du décret du 28 juillet 2010 que, sauf dérogation prévue par les statuts particuliers, tout fonctionnaire en activité doit bénéficier chaque année d'un entretien accompagné d'une appréciation écrite exprimant sa valeur professionnelle, subordonné à la présence effective du fonctionnaire au cours de l'année en cause pendant une durée suffisante, eu égard notamment à la nature des fonctions exercées, pour permettre à son chef de service d'apprécier sa valeur professionnelle. Par suite, cette illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État et à ouvrir droit à réparation au profit du requérant à raison de son préjudice direct et certain.

En ce qui concerne la sanction d'exclusion de quinze jours en date du 30 avril 2015 :

13. En premier lieu, M. C soutient que la sanction d'exclusion temporaire de quinze jours en date du 30 avril 2015 et l'enquête administrative qui la fonde ont été utilisées par sa hiérarchie dans le cadre des faits de harcèlement moral le visant. En l'espèce, M. C a fait l'objet d'une enquête administrative portant sur le commandement de la brigade de nuit ayant conduit à une sanction d'exclusion temporaire de quinze jours qui a été annulée par un jugement devenu définitif du tribunal administratif de Paris n°1604891 du 11 mai 2017. Toutefois, l'annulation de cette sanction n'est pas de nature à établir l'existence d'une situation de harcèlement moral à l'égard du requérant mais traduit uniquement l'appréciation erronée portée par le ministre de l'intérieur sur les faits allégués. Si M. C évoque en outre, dans sa requête, la retranscription d'un enregistrement effectué de manière clandestine lors d'un entretien avec ses supérieurs hiérarchiques le 21 octobre 2013 afin d'établir qu'il aurait été victime d'un chantage dans le but de le contraindre à quitter le commissariat du 4ème arrondissement de Paris, cette retranscription, qui repose sur un enregistrement audio clandestin dont l'authenticité n'est pas établie et sur des échanges dont la véracité ne peut être vérifiée, ne peut qu'être écartée des débats eu égard au principe de loyauté des preuves qui s'impose dans le procès administratif, sauf si un intérêt public majeur le justifie. Enfin, le détournement de pouvoir allégué n'est pas davantage établi. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision en cause constituerait un harcèlement moral et serait entachée d'un détournement de pouvoir doivent être écartés.

14. En second lieu, par le jugement précité du 11 mai 2017, le tribunal a annulé l'arrêté du 30 avril 2015 par lequel le ministre de l'intérieur a infligé à M. C une sanction d'exclusion temporaire de quinze jours au motif que les faits qui la fondent n'étaient pas suffisamment établis ou de nature à constituer une faute disciplinaire. Cette illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État et à ouvrir droit à réparation au profit du requérant, sous réserve qu'un lien direct et certain soit établi entre la faute commise et les préjudices allégués.

En ce qui concerne le refus du préfet de police de lui communiquer les documents administratifs :

15. En premier lieu, M. C soutient que la perte par l'administration de ses notes d'affectation en date du 29 octobre 2013, documents administratifs qui lui étaient pourtant communicables de plein droit, participe des faits de harcèlement moral qu'il subit. Par un jugement du 8 juin 2017, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision implicite par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de communiquer à M. C les notes d'affectation en date du 29 octobre 2013 et a enjoint au préfet de police de les lui communiquer. Le préfet de police ne lui ayant pas communiqué ces documents, par un jugement du 22 novembre 2018, le tribunal administratif lui a de nouveau enjoint de les lui transmettre et a condamné l'État à lui verser la somme de 4 000 euros pour n'avoir pas exécuté le jugement du 8 juin 2017 sur ce point. Enfin, par un jugement du 28 mai 2021, le tribunal administratif de Paris a rejeté la demande d'exécution du précédent jugement présentée par M. C en raison de l'impossibilité matérielle pour le préfet de police de lui communiquer les notes d'affectation en date du 29 octobre 2013. Si M. C fait valoir que si les notes d'affectation lui avaient été communiquées, il aurait pu prouver la réalité du chantage dont il a fait l'objet dans le but de le contraindre à quitter le commissariat du 4ème arrondissement de Paris, il ne produit toutefois aucun élément permettant d'établir que leur disparition, que le tribunal, dans son jugement du 28 mai 2021, n'a d'ailleurs pas regardé comme délibérée, serait volontaire et de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en cause révélerait une situation de harcèlement moral doit être écarté.

16. En second lieu, par le jugement précité du 8 juin 2017, le tribunal administratif de Paris a annulé les décisions par lesquelles le préfet de police a implicitement refusé de communiquer à M. C le volet administratif de son dossier médical, les notes d'affectation en date du 29 octobre 2013 et la réponse du directeur territorial de la sécurité de proximité de Paris au rapport du commissaire central du 4ème arrondissement de Paris en date du 30 juin 2014 au motif que ces documents lui étaient communicables de plein droit. Ces illégalités constituent une faute de nature à engager la responsabilité de l'État et à ouvrir droit à réparation au profit du requérant à raison de son préjudice direct et certain.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne le préjudice de carrière :

17. Si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'État, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière, la même décision aurait pu légalement être prise.

18. M. C se prévaut d'un préjudice lié à la perte de chance sérieuse d'être muté et de bénéficier d'un avancement avec le traitement indiciaire correspondant. Il soutient que ses mauvaises évaluations, la perte des documents administratifs par l'administration et les enquêtes administratives diligentées à son encontre l'ont empêché d'obtenir une mutation où il souhaitait et de bénéficier d'un avancement au grade de commandant avec le traitement correspondant.

19. En l'espèce, eu égard, d'une part, au caractère répété des vices de procédure ayant affecté les notations de M. C, et, d'autre part, à l'absence de nouvel établissement des notations au titre des années 2015 et 2018, M. C est fondé à soutenir qu'il a subi un préjudice de carrière en ce qu'il a perdu une chance sérieuse de bénéficier d'un examen normal de ses candidatures à l'avancement au regard de notations établies dans des conditions régulières et, par suite, de pouvoir bénéficier d'un tel avancement. Dans ces conditions, il y a lieu de condamner l'État à verser la somme de 6 000 euros à M. C au titre de ce chef de préjudice.

En ce qui concerne les préjudices physique et moral :

20. En premier lieu, si M. C soutient que les décisions annulées lui ont causé un préjudice physique consistant en une prise de poids, des pertes de sommeil et de l'eczéma, il ne l'établit par aucune des pièces au dossier. Par suite, il n'est pas fondé à demander l'indemnisation de ce préjudice.

21. En second lieu, M. C se prévaut d'un préjudice moral qui a résulté de l'enquête administrative diligentée par sa hiérarchie et de la sanction disciplinaire d'exclusion de quinze jours prise à son encontre ainsi que de ses notations illégales. Il produit une expertise de Mme D, psychologue clinicienne, en date du 3 mars 2017, indiquant qu'il présente une dépression réactionnelle, caractérisée par une image de lui-même dégradée, une perte d'estime de soi, un sentiment de culpabilité, une forte angoisse et une perte de motivation générale en réaction aux faits de harcèlement et de chantage qu'il dénonce et qu'il a été mis sous traitement anti dépresseur et anxiolytique. Eu égard au caractère infondé et stigmatisant des accusations portées contre M. C, il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral en le fixant à la somme de 5 000 euros.

22. Il résulte de tout ce qui précède que l'État doit être condamné à verser la somme de 11 000 euros en réparation des préjudices subis par M. C.

Sur les frais liés au litige :

23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est la partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à M. C la somme de 11 000 euros au titre de ses préjudices.

Article 2 : L'État versera à M. C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de police.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Versol, présidente,

M. Pény, premier conseiller,

M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.

Le rapporteur,

A. B

La présidente,

F. Versol

La greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./6-3

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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