lundi 24 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2119914 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GOZLAN & PARLANTI ASSOCIES (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2021, la société Epicerie du Faubourg, représentée par Me Gozlan, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge ou, à défaut, la réduction des suppléments d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre des exercices 2010 et 2011, pour un montant total, en droits et pénalités, de 197 901 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la méthode mise en œuvre par l'administration pour reconstituer son chiffre d'affaires ne tient pas suffisamment compte du contexte économique et des conditions concrètes de fonctionnement de l'exploitation durant la période vérifiée ;
- la majoration de 40 % pour manquement délibéré n'est pas justifiée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Halard, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Epicerie du Faubourg, qui exploite un fonds de commerce d'épicerie, crèmerie, vins et produits du bassin méditerranéen au 22, rue du faubourg Saint-Denis, dans le 10ème arrondissement de Paris, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2011. A l'issue des opérations de contrôle, le service a rehaussé ses résultats imposables et lui a notifié des suppléments d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour un montant total, en droits et pénalités, de 197 901 euros, mis en recouvrement le 18 mai 2015. Par la présente requête, la société Epicerie du Faubourg, qui a vainement présenté une réclamation préalable rejetée le 20 juillet 2021, demande au tribunal d'en prononcer la décharge ou, à défaut, la réduction.
Sur les conclusions aux fins de décharge ou de réduction :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
2. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 ou le comité prévu à l'article L. 64 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge () ".
3. Il résulte de l'instruction, d'une part, que la comptabilité de la société Epicerie du Faubourg sur la période vérifiée a été rejetée en raison des graves irrégularités qu'elle comporte, d'autre part, que les impositions en litige ont été établies conformément à l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur les chiffres d'affaires du 4 février 2015. Par suite, la charge de la preuve du caractère exagéré de ces impositions incombe à la requérante.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :
4. Il résulte de l'instruction qu'après avoir rejeté la comptabilité de la requérante en raison des graves irrégularités qui la privaient de tout caractère sincère et probant, le service vérificateur a procédé à la reconstitution de son chiffre d'affaires sur l'ensemble de la période vérifiée. A cette fin, il a d'abord opéré un relevé des achats comptabilisés au titre de 2010 et 2011, considéré les stocks de la requérante comme constants à l'ouverture et à la clôture des exercices considérés en l'absence d'inventaires détaillés, et fixé un taux de pertes de 3 % pour tenir compte de l'ensemble des pertes dues à la péremption des produits frais, à la casse, au vol à l'étalage et à la consommation personnelle des employés. En l'absence d'éléments précis et de justificatifs des prix de vente pratiqués en 2010 et 2011, il a ensuite procédé à un relevé de prix sur un échantillon de cent six produits consommés régulièrement et prélevés dans chacun des rayons du magasin, puis, à partir des factures fournisseurs de 2013 qui ont permis de retrouver de manière sûre les prix d'achats de soixante-quinze de ces cent six produits, déterminé pour chacun d'eux un coefficient prix de vente TTC/prix d'achat HT. Il a enfin mis en évidence la répartition du chiffre d'affaires par catégories de produits à partir de rapports journaliers fournis lors du contrôle et déterminé un coefficient de marge commerciale pondéré en appliquant la moyenne des coefficients observés pour chaque famille de produits au pourcentage des achats hors taxe représentée par chaque catégorie. L'application de ces coefficients multiplicateurs pondérés à chaque catégorie d'achats hors taxe comptabilisés en 2010 et 2011 a fait apparaître des résultats rectifiés après cascade de 164 433 euros en 2010 et 204 840 euros en 2011.
5. La requérante soutient que la méthode mise en œuvre par le service est erronée car elle ne tient pas suffisamment compte du contexte économique et des conditions concrètes de fonctionnement de son exploitation durant la période vérifiée.
6. Toutefois, si la requérante soutient tout d'abord que l'environnement économique de l'année 2013 ne peut être assimilé à celui des années 2010 et 2011, notamment marquées par la crise économique, une tension inflationniste et une baisse du pouvoir d'achat des ménages qui a eu pour conséquence un ralentissement des ventes dans tous les secteurs d'activité, comme celui de l'alimentation, et l'a obligée à comprimer ses marges pour ne pas déposer le bilan, il résulte de l'instruction, en premier lieu, que la reconstitution de son chiffres d'affaires a été effectuée d'après ses conditions réelles de fonctionnement qui ont été précisées au cours du débat oral et contradictoire, et, en second lieu, que ce ne sont pas les prix pratiqués en 2013 qui ont été retenus mais le coefficient de ventes TTC/achats revendus HT pratiqué cette année-là par l'entreprise, laquelle, selon les affirmations de son gérant, n'a pas modifié entre-temps ses conditions d'exploitation. Par ailleurs, s'il est vrai que le service s'est notamment fondé les informations que lui ont communiquées ses gérants successifs depuis 2008, M. et Mme A, lesquels ne parleraient pas parfaitement le français, il résulte de l'instruction que ceux-ci étaient assistés, au cours des opérations de contrôle, de représentants du cabinet d'expertise comptable en charge de leur dossier. Enfin, les coupures de presse et documents d'analyse réalisés par l'INSEE ou encore l'ordre des experts-comptables produits par la requérante ne suffisent en eux-mêmes pas, compte tenu de leur caractère général et en l'absence d'éléments plus concrets et précis sur ses conditions réelles d'exploitation au cours de la période litigieuse, à établir que celles-ci auraient sensiblement changé entre 2010, 2011 et 2013.
7. Ensuite, si la requérante soutient qu'une augmentation de son chiffre d'affaires de plus de 15 % entre 2010 et 2011, telle qu'elle ressort de la reconstitution de son chiffre d'affaires, est invraisemblable, le service a relevé, sans être contredit, que les achats comptabilisés avaient eux-mêmes évolué de 15,68 % entre ces deux années.
8. En outre, si la société soutient que depuis 2012, le 10ème arrondissement de Paris serait devenu un quartier très prisé, que les prix de l'immobilier y auraient considérablement augmenté et qu'une population nouvelle de " bourgeois-bohèmes " s'y serait installée, la conduisant à diversifier ses produits, monter en gamme, augmenter ses marges et développer une clientèle beaucoup plus fidèle qu'auparavant, le service a relevé que les produits proposés en 2013 étaient, pour la très grand majorité d'entre eux, les mêmes que ceux proposés en 2010 et 2011, et que les fournisseurs de l'entreprise n'avaient, eux non plus, pas sensiblement changé. Aussi, la requérante, qui se borne à produire des articles de presse sur le marché de l'immobilier du quartier en 2013 mais aucun élément concret et précis qui aurait permis de vérifier les prix qu'elle pratiquait en 2010 et 2011, n'établit pas que le contexte économique et social du quartier se serait subitement et radicalement transformé au tournant de l'année 2012.
9. Par ailleurs, la société fait valoir, d'une part, que l'échantillon des produits pris en compte par le service, qui ne porte que sur la période du 3 au 18 juillet 2013, n'est pas assez représentatif des produits vendus sur une année, d'autre part, qu'en 2010 et 2011, elle n'avait que très peu de relations commerciales avec ses fournisseurs Métro et Bonifacci Frères et travaillait essentiellement avec quatre autres fournisseurs qui vendaient leurs produits à des prix bien plus onéreux. Il résulte toutefois de l'instruction que la société requérante n'a pas transmis au vérificateur le détail de toutes les ventes réalisées pendant " une durée d'au moins quinze jours minimum " qui lui avait pourtant été demandé à plusieurs reprises au cours du contrôle, que l'administration n'a pas déterminé par extrapolation le chiffre d'affaires des deux années reconstituées au prorata du chiffre d'affaires observé sur la période du 3 au 15 juillet 2013 mais s'est servi des éléments alors recueillis pour déterminer la ventilation de ce chiffre d'affaires par produits afin de pouvoir ensuite appliquer un coefficient pertinent aux achats de chaque famille de produits, que les produits qui ont servi à constituer l'échantillon concerné ont été sélectionnés avec le gérant sur tous les rayons du magasin, enfin qu'en l'absence de conservation des tarifs pratiqués en 2010 et 2011, seul le relevé de prix effectué en 2013 pouvait être rapproché des prix d'achats dans les factures fournisseurs de 2013 pour déterminer le coefficient de marge bénéficiaire réalisé par l'entreprise. Le service a également relevé que la balance fournisseurs présentée lors du contrôle fait état d'achats substantiels chez Metro et chez Bonifacci Frères et que la société avait déjà au cours la période vérifiée une dizaine de fournisseurs et non, comme elle l'affirme, seulement quatre. Dans ces conditions, alors que la requérante se borne à faire état de cinq exemples de produits achetés à des prix plus faibles en 2013 qu'en 2011 sans fournir aucune indication sur leurs prix de vente ni sur les marges qu'elle pratiquait alors, elle n'est pas fondée à soutenir que l'échantillonnage retenu est en lui-même de nature à invalider la reconstitution de chiffre d'affaires litigieuse.
10. Enfin, la requérante soutient que le taux de pertes de 3 % retenu par le service n'est pas suffisant mais se borne, pour l'établir, à énoncer des allégations générales qui ne sont appuyées sur aucun élément précis, relatives au vol en magasin, à la consommation sur place et à la péremption des produits frais, ou encore à une pratique qui serait en usage dans les supérettes d'offrir beaucoup de produits aux clients.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la société Epicerie du Faubourg ne peut être regardée comme rapportant la preuve, dont la charge lui incombe, de ce que la méthode mise en œuvre par le service serait radicalement viciée dans son principe ou entachée d'approximations qui la rendraient excessivement sommaire, et aurait conduit à des impositions exagérées. Elle n'est par suite fondée à prétendre ni à la décharge, ni à la réduction des impositions en litige.
En ce qui concerne les pénalités :
12. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".
13. Compte tenu de ce qui vient d'être dit et eu égard, en premier lieu, aux graves irrégularités de la comptabilité de la requérante, en deuxième lieu, à l'importance des minorations de recettes constatées, en troisième lieu, au caractère répété de ces irrégularités et minorations sur deux exercices successifs, c'est à bon droit que l'administration lui a infligé une majoration de 40 % pour manquement délibéré en application des dispositions précitées du a. de l'article 1729 du code général des impôts.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme demandée par la société Epicerie du Faubourg au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Epicerie du Faubourg est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Epicerie du Faubourg et à la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Errera, premier conseiller,
M. Halard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2023.
Le rapporteur,
G. HALARDLe président,
J. SORINLa greffière,
B. CHAHINE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2119914/2-2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026