jeudi 22 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2120496 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 septembre 2021, Mme B C, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la Ville de Paris a rejeté son recours préalable du 29 mars 2021 qu'elle a formé contre la décision du 5 février 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris lui a demandé de rembourser la somme de 15 649,88 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active (RSA) ;
2°) de la décharger du paiement de la somme de 25,19 euros ;
3°) d'enjoindre à la Ville de Paris de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute d'avoir été précédée de la saisine de la commission de recours amiable de la CAF ;
- des retenues ont été réalisées par la CAF de Paris dès la notification de l'indu, avant même la fin des délais et voies de recours ;
- la décision attaquée a méconnu les droits de la défense ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des motifs d'absence du territoire de Mme C ;
- elle méconnaît le droit à l'erreur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2022, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de l'action sociale et des familles,
- le code de la sécurité sociale,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 août 2021.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. A a donné lecture de son rapport au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D a perçu le revenu de solidarité active (RSA) à compter d'octobre 2012. A la suite d'un contrôle effectué par la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris dont les conclusions ont été rendues le 23 octobre 2020, des retraits et paiements réguliers en Bulgarie et Roumanie ont été constatés sur le compte courant de Mme C entre juin 2017 et août 2020. La Ville de Paris a, par décision d'opportunité du 15 décembre 2020, demandé à la CAF de revoir la situation de Mme C à compter du 1er mars 2018. La CAF a alors recalculé les droits de l'intéressée et estimé qu'elle était redevable d'un trop perçu de RSA d'un montant de 15 649,88 euros pour la période du 1er février 2018 au 31 décembre 2020. Par un courrier en date du 5 février 2021, la CAF a informé Mme C qu'elle était redevable de ce trop perçu de RSA. Mme C a formé un recours préalable le 29 mars 2021, qui a été rejeté par une décision implicite née le 9 juin 2021. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de ces décisions.
2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la décision attaquée a été prise au vu des résultats du contrôle réalisé par un agent assermenté et non sur le fondement d'un traitement algorithmique. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision ne comporterait aucune des mentions exigées par les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoient seulement, au demeurant, leur communication à tout intéressé qui en ferait la demande ne peut qu'être écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, le rejet implicite de la demande de Mme C, formulée par un courrier le 29 mars 2021, envoyé à une adresse de la CAF de Paris et transféré aux services de la Ville de Paris, doit être regardé comme émanant de la présidente du conseil départemental de Paris. Partant, le moyen tiré du défaut de l'incompétence de l'auteur de la décision doit, en tout état de cause, être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C ait demandé la communication des motifs du rejet implicite de sa demande du 29 mars 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. () ". Il résulte de l'article 7 de la convention de gestion du RSA signée entre la Ville de Paris et la CAF de Paris, que si les recours administratifs préalables prévus à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles sont examinés par la commission de recours amiable, une telle consultation n'est pas prévue s'agissant des recours relatifs à la contestation d'un indu. Dès lors, Mme C ne peut utilement soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure en raison de l'absence de consultation préalable de la commission de recours amiable.
6. En cinquième lieu, si Mme C soutient que la présidente du conseil départemental de Paris a méconnu le caractère suspensif reconnu à une réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu ou une demande de remise gracieuse en application des dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'elle a opéré des retenues dès la notification de l'indu, la ville de Paris indique, sans être contestée, qu'aucune compensation ni retenues n'ont été effectuées par la CAF de Paris depuis la notification du recours administratif préalable obligatoire formé par la requérante le 29 mars 2021. Par courrier du 13 avril 2021, la ville de Paris a demandé à la CAF de Paris de suspendre le recouvrement de la créance détenue sur Mme C compte tenu du recours formé par celle-ci. Ainsi, la présidente du conseil départemental de Paris n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit.
7. En sixième lieu, Mme C se prévaut de la méconnaissance du respect du principe du contradictoire. Toutefois, l'intéressée a pu faire valoir ses observations en exerçant le recours administratif préalable obligatoire, à caractère suspensif, mentionné à l'article L. 262-47 précité, et elle a eu communication des documents sur le fondement desquels la caisse a pris sa décision et en particulier du rapport de contrôle, dans le cadre de la présente instance. Dans ces conditions, et alors que Mme C a bénéficié dans la cadre de cette procédure de garanties en tous points conformes aux exigences garanties par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le moyen tiré de la méconnaissance du respect du principe du contradictoire doit être écarté.
8. En septième lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ".
9. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de RSA, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elle mentionne et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de RSA a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le RSA ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du RSA est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
10. En l'espèce, il résulte de la consultation des relevés bancaires de Mme C qu'elle a effectué des opérations financières régulières en Roumanie et Bulgarie entre juin 2017 et août 2020, indiquant une présence à l'étranger de 61 jours de juin à juillet 2017, de 14 jours en novembre 2017, de 11 jours en décembre 2017, de 42 jours en janvier et février 2018, de 214 jours de mars à octobre 2018, de 211 jours de novembre 2018 à juin 2019, de 166 jours de juin à décembre 2019, de 15 jours en décembre 2019, de 82 jours de décembre 2019 à mars 2020, et de 81 jours de juin à août 2020, soit 86 jours pour 2017, 306 jours pour 2018, 349 jours pour 2019 et 157 jours pour 2020. En outre, Mme C a déclaré s'occuper de sa grand-mère gravement malade en Roumanie et s'y rendre pour voir sa fille qui vit chez son père en Roumanie depuis septembre 2019. Si Mme C soutient qu'elle a donné une seconde carte bancaire, à son nom, à une personne s'occupant de sa mère en Roumanie, elle ne l'établit pas. Dans ces conditions, la CAF de Paris a suffisamment établi les manquements imputés à Mme C à raison de l'absence de déclaration de plusieurs séjours à l'étranger pour une durée prolongée. Il s'ensuit que Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
11. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, créé par l'article 2 de la loi n° 2018-727 du 10 août 2018 pour un Etat au service d'une société de confiance : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude () ".
12. En l'espèce, Mme C fait valoir son " droit à l'erreur ", en application des dispositions précitées. Toutefois, une décision de récupération d'indu ne constitue pas une sanction pécuniaire. Dès lors, son édiction n'est pas soumise au respect des dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à contester la régularité et le bien-fondé de la décision de récupération attaquée. Les conclusions de sa requête, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais d'instance, doivent donc être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D, à la Ville de Paris et à la caisse d'allocations familiales de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
R. ALa greffière,
C. Blondel
La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé et au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui les concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2120496/6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026