jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2121247 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET NEKAA ALLARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 octobre 2021, l'association Forum Réfugiés-Cosi, représentée par Me Bouvier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 avril 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a soustrait au montant des dépenses éligibles au subventionnement la somme de 86 199,75 euros au titre de la convention conclue le 29 septembre 2014 et portant sur le projet intitulé " Favoriser et promouvoir l'accès aux droits des demandeurs d'asile et des réfugiés ", ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux, ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réintégrer dans son calcul les dépenses éligibles illégalement écartées et de lui verser le solde de la subvention, soit 75 368,19 euros, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée de l'incompétence de son auteur ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ; l'application de normes règlementaires et de stipulations contractuelles postérieures méconnaît le principe de non-rétroactivité ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de l'éligibilité des frais de personnel et de déplacement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une ordonnance du 8 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 septembre 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n°514/2014 du Parlement européen et du Conseil du 16 avril 2014 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n°2015-44 du 21 janvier 2015 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bouvier, représentant l'association Forum Réfugiés-Cosi.
Considérant ce qui suit :
1. Le ministre de l'intérieur a conclu, le 29 septembre 2014, avec l'association Forum Réfugiés-Cosi, une convention lui attribuant une subvention au titre du Fonds " Asile, migration et intégration " (FAMI) pour la réalisation de son projet intitulé " Favoriser et promouvoir l'accès aux droits des demandeurs d'asile et des réfugiés ". Cette convention a pris effet, de manière rétroactive, au 1er janvier 2014, fixait le coût total prévisionnel éligible du projet à 416 210 euros et un montant prévisionnel maximum de la subvention accordée à ce titre à 155 000 euros. A la suite du rapport de contrôle de service fait, établi le 14 avril 2021 et notifié à l'association par courriel le même jour, le ministre de l'intérieur a soustrait au montant des dépenses éligibles au subventionnement la somme de 86 199,75 euros au motif que certains frais de personnel et de déplacement ne pouvaient être correctement retracés ou qu'ils n'étaient pas en lien direct avec le projet subventionné. Le 8 juin 2021, l'association a adressé à l'administration un recours gracieux, qui a donné lieu à une décision implicite de rejet. L'association Forum Réfugiés-Cosi demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens de légalité externe :
2. En premier lieu, par courriel du 14 avril 2021, l'administration a transmis le rapport de contrôle administratif et informé l'association Forum Réfugiés-Cosi de la soustraction de certaines dépenses non éligibles. Ce courriel doit donc être regardé comme la décision par laquelle le ministère de l'intérieur a fixé le solde restant à verser au titre de la subvention FAMI A-14-61. Or, il a été signé par M. B D, chargé de mission programmation-contrôle du bureau de la gestion mutualisée des fonds européens, dont il ressort des pièces du dossier qu'il ne bénéficiait pas de délégation de signature en ce qui concerne les actes relatifs aux demandes de " reversement en cas d'indu constaté à l'issue du contrôle administratif ". Par suite, il y a lieu d'accueillir le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée.
3. En deuxième lieu, le courriel du 14 avril 2021, qui vise les stipulations de la convention en cause et transmet en pièce-jointe le rapport de contrôle du service fait, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.
En ce qui concerne les moyens de légalité interne :
4. En premier lieu, la requérante soutient que la décision attaquée méconnaît le principe général de non-rétroactivité des actes administratifs en ce qu'il lui a été fait application de règles de procédure définies par le décret n°2015-44 du 21 janvier 2015 et le guide FAMI des porteurs de projet, publiées postérieurement à l'engagement des dépenses dont le subventionnement est demandé. Toutefois, et alors que la requérante n'établit ni même n'allègue que son consentement a été vicié, il ressort des pièces du dossier que la convention du 29 septembre 2014 qu'elle a signée prévoyait, en son article 2.1, un effet rétroactif au 1er janvier 2014 et que l'avenant du 15 janvier 2016 n'a pas modifié les dates d'éligibilité des dépenses tout en visant le décret n°2015-44 précisant les justificatifs à apporter pour chacune des dépenses. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de non-rétroactivité doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 10 du décret du 21 janvier 2015 : " I. - Les frais de personnel payés et acquittés par le bénéficiaire, nécessaires à la réalisation du projet et comportant un lien démontré avec celle-ci, sont éligibles. Sont compris dans les frais de personnel les salaires, les gratifications ou indemnités (pour les stagiaires) et les charges liées (taxes, cotisations sociales patronales et salariales), les variations de provisions pour congés payés enregistrées dans les comptes annuels ainsi que les traitements accessoires et les avantages divers prévus par la loi, les conventions collectives, le contrat de travail ou, le cas échéant, la convention de stage. II. - Ces dépenses sont proportionnées au temps effectivement passé par le personnel du bénéficiaire à la réalisation du projet cofinancé. Elles sont alors établies au moyen d'un taux d'affectation permettant le calcul des frais de personnel réellement liés au projet cofinancé. Elles sont justifiées par : 1° Pour les personnels affectés à temps plein au projet concerné, les pièces sont : a) Les copies des contrats de travail ou des décisions d'affectation pour les fonctionnaires mentionnant explicitement le rattachement des salariés au projet, ou ; b) Si ce rattachement n'est pas explicité, des copies des contrats de travail ou des décisions d'affectation accompagnées des copies de fiches de poste ou de lettres de mission. Les fiches de poste et les lettres de mission précisent les missions et la période d'affectation des personnels à la réalisation du projet. Dans ce cas, les copies de fiches de temps passé ou les extraits de logiciel de gestion de temps ne sont pas requis. 2° Pour les personnels dont le temps de travail est consacré en partie à la réalisation du projet, deux situations sont possibles : a) Lorsque le pourcentage du temps de travail consacré au projet est fixe, les pièces sont : -des copies des contrats de travail ou des décisions d'affectation pour les fonctionnaires mentionnant explicitement le pourcentage du temps de travail consacré au projet, ou ; -si ce rattachement n'est pas explicité, des copies des contrats de travail ou des décisions d'affectation accompagnées des copies des fiches de poste ou de lettres de mission. Les fiches de poste et les lettres de mission précisent les missions, la période d'affectation des personnels à la réalisation du projet et le pourcentage fixe du temps de travail consacré au projet. Dans ce cas, les copies de fiches de temps passé ou les extraits de logiciel de gestion de temps ne sont pas requis ; b) Lorsque le pourcentage d'affectation au projet est variable d'un mois sur l'autre, les pièces sont : des copies des contrats de travail ou des décisions d'affectation accompagnées des copies de fiches de temps ou des extraits de logiciel de gestion de temps permettant de tracer le temps dédié au projet. Les copies de fiches de temps passé sont datées et signées par le salarié et son responsable hiérarchique ; ".
6. Le contrôleur ayant rédigé le rapport du 14 avril 2021 cité au point 1 a soustrait l'ensemble des salaires de Mme E du montant éligible au subventionnement, au motif que la présentation de ses fiches de temps ne permettait pas de retracer correctement la réalité de ses missions dans le cadre du projet en cause. S'il ressort de la fiche de temps produite par l'association Forum Réfugiés-Cosi que le regroupement de 197 heures sur 1 035 heures travaillées ne permet effectivement pas un retraçage adapté des missions de la salariée, il en ressort également qu'une part substantielle de ces heures est en lien avec le projet éligible au subventionnement et pouvait être correctement retracée. Ainsi, en excluant la totalité des frais de personnel concernant Mme E, le ministère de l'intérieur a commis une erreur d'appréciation.
7. En revanche, il ressort des pièces du dossier que Mmes A, Simon et Deudon n'ont pas été affectées à 100% sur le projet en cause au cours de l'année 2014, mais que la proportion de leur affectation au projet a été variable d'un mois sur l'autre, entre 0% et 100%. Dans ces conditions, l'association était tenue de produire au contrôleur du ministère de l'intérieur les fiches de temps de ces salariées. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorité administrative aurait commis une erreur dans l'appréciation de ces dépenses doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 11 du décret du 21 janvier 2015 : " Les frais de déplacement, de restauration et de séjour ne sont éligibles que pour les personnes qui participent directement aux activités du projet et dont le déplacement est nécessaire à sa mise en œuvre. Ils doivent être nécessaires, conformes à la politique de voyage de la structure et privilégier l'option la plus économique ".
9. La requérante se borne à soutenir que les déplacements effectués par des salariés affectés à 100% au projet doivent nécessairement être intégrés dans le calcul de subventionnement. Toutefois, dès lors qu'elle n'établit pas la nécessité de ces déplacements dans le cadre de la mise en œuvre du projet, c'est à bon droit que le ministère a soustrait ces dépenses du montant éligible au subventionnement. Le moyen ainsi invoqué doit donc être écarté.
10. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la décision du 14 avril 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a soustrait au montant des dépenses éligibles au subventionnement la somme de 86 199,75 euros au titre de la convention conclue le 29 septembre 2014 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le motif d'annulation retenu implique seulement que le ministère de l'intérieur et des outre-mer réexamine le calcul du solde à verser à l'association Forum Réfugiés-Cosi au regard de la convention citée au point 1. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à l'association Forum Réfugiés-Cosi au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 14 avril 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a soustrait au montant des dépenses éligibles au subventionnement la somme de 86 199,75 euros au titre de la convention conclue le 29 septembre 2014 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer le calcul du solde à verser à l'association Forum Réfugiés-Cosi au regard de la convention FAMI A-14-62 dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à l'association Forum Réfugiés-Cosi une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Forum Réfugiés-Cosi et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Berland, conseillère,
M. Perrot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
Le rapporteur,
V. C
Le président,
B. ROHMER La greffière,
I. SZYMANSKI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026