mardi 13 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2121371 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ROZANT & COHEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 octobre 2021, la société E3M, représentée par Mes Rozant et Nagy, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de l'amende qui lui a été appliquée sur le fondement de l'article 1737 du code général des impôts au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, pour un montant de 350 300 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que c'est à tort que l'administration a considéré que les factures de prestations de services et de " management fees " émises au nom de la société Elsy en 2015 et 2016 sont fictives.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le moyen soulevé par la requérante n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société E3M, holding du groupe C, exerce une activité mixte de location de biens immobiliers dont elle est propriétaire et de prestations informatiques, en particulier, pour le développement d'un outil informatique destiné à faciliter la gestion de portefeuille d'actifs. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, à l'issue de laquelle, après avoir écarté la comptabilité comme non sincère et non probante, le service lui a notifié le 10 décembre 2019 des rehaussements à l'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée. Le service lui a également infligé, au titre des années 2015 et 2016, l'amende prévue par les dispositions du 2 du I de l'article 1737 du code général des impôts, d'un montant total de 350 300 euros, mise en recouvrement le 29 janvier 2021. Sa réclamation préalable du 4 mars 2021 a été rejetée le 10 août suivant. Par la présente requête, la société E3M demande au tribunal de prononcer la décharge de cette amende.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
2. Aux termes de l'article 1737 du code général des impôts : " I. - Entraîne l'application d'une amende égale à 50 % du montant : () 2. De la facture, le fait de délivrer une facture ne correspondant pas à une livraison ou à une prestation de service réelle () ".
En ce qui concerne les factures de prestations de services :
3. Il résulte de l'instruction que la société E3M a émis au nom de sa filiale Elsy, au titre de l'exercice 2015, vingt-six factures, pour un montant total de 484 600 euros, référencées " projet Nova Edge " ou " projet Next Book ". La société requérante allègue à cet égard avoir entrepris de développer, pour le compte de la société Elsy, qui en aurait ensuite détenu les droits afin de les commercialiser auprès de ses clients, d'une part, un réseau sous forme de " cloud " permettant aux sociétés de gestion d'actifs de simplifier la gestion de leur activité, d'autre part, une application de sécurisation, répartition et organisation des données. Elle ajoute que ces projets ont été sous-traités, le premier à la société Nova Edge, le second à la société Nextbook sociétés pour lesquelles M. C était à l'époque des faits le représentant légal.
4. Pour estimer que ces factures étaient fictives, l'administration fiscale, a relevé, en premier lieu, que la société requérante n'avait produit, en dépit de ses demandes répétées en ce sens, aucun des documents dont s'entourent généralement les parties dans ce type d'opération, notamment les courriers et courriels que les sociétés E3M et Elsy auraient dû s'échanger en fonction de l'avancement des projets, une convention liant les deux sociétés, des éventuels avenants à ce contrat, des ordres de mission ou des lettres d'intention, les bénéfices espérés par la société cliente, les clients impactés par les travaux, un planning des interventions, des comptes rendus d'activité ou encore des points d'étapes sur l'exécution des prestations.
5. En deuxième lieu, l'administration fiscale relève également que les sociétés Nova Edge et Nextbook ne disposaient pas des moyens matériels et humains permettant de réaliser les prestations de sous-traitance alléguées et que lors des opérations de contrôle, elle n'a constaté aucun contrat de sous-traitance ni échanges d'aucune forme entre la société E3M et ces sociétés. Ce n'est que dans le cadre du recours devant le supérieur hiérarchique du vérificateur que M. C a produit deux contrats de sous-traitance datés du 1er janvier 2015 et des factures datées du 1er janvier 2019 pour des prestations concernant la période du 1er janvier 2015 au 30 juin 2018, mais qui ne sont pas corroborées par les mentions figurant sur les liasses fiscales précédemment déposées par ces deux sociétés, qui déclaraient des chiffre d'affaires nuls ou très réduits et des charges d'exploitation peu élevées au titre des années 2015 à 2019.
6. Enfin, l'administration, qui a exercé son droit de communication auprès de la société Elsy, se prévaut des réponses du 25 juillet et 10 septembre 2019 de la société, représentée par Mme A, sa présidente depuis 2017, qui indique qu'il n'y a aucun compte fournisseur E3M dans les comptes de la société et précise au contraire que c'est la société E3M qui est débitrice à son égard pour plus d'un million d'euros. Elle relève également que les factures litigieuses n'ont pas été passées en charge dans la comptabilité de la société Elsy et que la TVA déductible afférente n'a pas été déduite. Le service fait également état du courrier du 20 septembre 2016 par lequel l'expert-comptable de la société Elsy a vainement mis en demeure M. C de prouver la réalité des prestations figurant sur une série de factures que celui-ci lui avait communiquées longtemps après la clôture des comptes de l'exercice 2015, afin de justifier les flux importants de trésorerie qui transitaient alors de cette société vers la société E3M.
7. Il résulte de ce qui précède, alors que la société requérante se borne à verser au dossier deux plaquettes de présentation des sociétés Nova Edge et et Nextbook, deux dossiers de présentation des projets en cause non datés et non signés, ainsi qu'un courrier de Bpi France lui accordant une aide de 25 000 euros pour la " finalisation d'une application innovante de sécurisation, répartition et organisation de données ", que l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve du caractère fictif des factures de prestations de services litigieuses et, par suite, du bien-fondé de l'amende appliquée sur le fondement du 2 du I de l'article 1737 du code général des impôts.
En ce qui concerne les factures de frais de gestion :
8. Il résulte de l'instruction que la société E3M a émis au nom de la société Elsy, au titre des exercices 2015 et 2016, plusieurs factures correspondant, selon ses allégations, à des " prestations de direction " rendues par M. C, qui était alors président non rémunéré de la société, pour un montant total de 216 000 euros.
9. L'administration fiscale a toutefois relevé, ainsi qu'il a été dit au point 6, que la société Elsy a indiqué que la société E3M n'a jamais été l'un de ses fournisseurs et dément avoir bénéficié de ces prestations de direction, qui d'ailleurs n'avaient pas été comptabilisées en charges ni donné lieu à déduction, sur les exercices litigieux, de la TVA correspondante. Par ailleurs, afin de justifier de la réalité de ces prestations, M. C a seulement produit, outre les factures concernées, des factures d'avoirs annulant ces factures, datées du 31 décembre 2018, sur lesquels aucune justification de leur bien-fondé n'a été produite. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a retenu le caractère fictif des factures de frais de gestion litigieuses et a appliqué à la société requérante l'amende prévue au 2 du I de l'article 1737 du code général des impôts.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge des amendes litigieuses présentées par la société E3M doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme demandée par la société E3M au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par la société E3M est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société E3M et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris, pôle juridictionnel administratif.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Evgénas, présidente,
Mme Laforêt, première conseillère,
M. Halard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.
Le rapporteur,
G. B
La présidente,
J. EVGENAS
La greffière,
M.-C. POCHOT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026