mercredi 8 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2122678 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET SAIDJI ET MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 octobre 2021, Mme A B, représentée par Me Moreau, demande au tribunal :
1°) de condamner l'établissement public du Musée national Picasso-Paris à lui verser la somme de 4 500 euros en réparation de son préjudice moral, augmentée des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de sa requête et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de l'établissement public du Musée national Picasso-Paris une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a été victime de violences sexuelles et sexistes sur son lieu de travail, constitutives de harcèlement sexuel ;
- l'établissement public n'a pris aucune mesure pour assurer sa sécurité ;
- l'auteur de ces faits n'a été sanctionné que d'une mise à pied de trois jours ;
- l'établissement public n'a fait que modifier les horaires à titre conservatoire de cet agent ;
- ces mesures conservatoires ont été levées après qu'il a été sanctionné ;
- elle a été victime de harcèlement moral de la part de ses collègues ;
- son préjudice moral causé par les faits de harcèlement sexuel doit être réparé à hauteur de 2 500 euros ;
- son préjudice moral causé par les faits de harcèlement moral doit être réparé à hauteur de 2 000 euros.
La requête de Mme B a été communiquée à l'établissement public du Musée national Picasso-Paris qui, malgré une mise en demeure qui lui a été adressé le 15 juin 2022, n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 15 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 décembre 2022 en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligation des fonctionnaires ;
- le décret n° 2010-669 du 18 juin 2010 portant création de l'Etablissement public du musée national Picasso-Paris ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :
- le rapport de M. C,
- et les conclusions de M. Lamy, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, agent titulaire de l'établissement public du Musée national Picasso-Paris depuis le 1er juin 2014 et occupant les fonctions d'agent technique d'accueil, de surveillance et de magasinage, a saisi cet établissement, le 6 octobre 2021, d'une demande indemnitaire tendant à la réparation de son préjudice moral résultant des faits de harcèlement moral et sexuel dont elle se disait victime. Mme B demande au tribunal de condamner l'établissement public du Musée national Picasso-Paris à lui verser la somme de 4 500 euros en réparation de ce préjudice.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article 6 ter de la loi du 13 juillet 1983 alors applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les faits : / a) Soit de harcèlement sexuel, constitué par des propos ou comportements à connotation sexuelle répétés qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante ; / b) Soit assimilés au harcèlement sexuel, consistant en toute forme de pression grave, même non répétée, exercée dans le but réel ou apparent d'obtenir un acte de nature sexuelle, que celui-ci soit recherché au profit de l'auteur des faits ou au profit d'un tiers. / () ". Il résulte de ces dispositions que des propos, ou des comportements à connotation sexuelle, répétés ou même, lorsqu'ils atteignent un certain degré de gravité, non répétés, tenus dans le cadre ou à l'occasion du service, non désirés par celui ou celle qui en est le destinataire et ayant pour objet ou pour effet soit de porter atteinte à sa dignité, soit, notamment lorsqu'ils sont le fait d'un supérieur hiérarchique ou d'une personne qu'elle pense susceptible d'avoir une influence sur ses conditions de travail ou le déroulement de sa carrière, de créer à l'encontre de la victime, une situation intimidante, hostile ou offensante sont constitutifs de harcèlement sexuel.
3. Aux termes de l'article 6 quinquies de la même loi : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / () ".
4. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement sexuel et de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause ne peuvent être regardés comme constitutifs de harcèlement moral ou sexuel. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements, dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement, revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral ou sexuel est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui.
5. Lorsqu'un agent est victime, dans l'exercice de ses fonctions, de harcèlement sexuel et de harcèlement moral visés aux articles 6 ter et 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 précités, il peut demander à être indemnisé par l'administration de la totalité du préjudice subi, alors même que ces agissements ne résulteraient pas d'une faute qui serait imputable à celle-ci. Dans ce cas, si ces agissements sont imputables en tout ou partie à une faute personnelle d'un autre ou d'autres agents publics, le juge administratif, saisi en ce sens par l'administration, détermine la contribution de cet agent ou de ces agents à la charge de la réparation.
En ce qui concerne les agissements constitutifs de harcèlement sexuel :
6. Il résulte de l'instruction et il est constant, l'établissement public du Musée national Picasso-Paris n'ayant pas produit de mémoire en défense, malgré une mise en demeure qu'il lui a été adressée le 15 juin 2022, que, par un courrier électronique du 9 septembre 2020, Mme B a informé l'administration qu'elle avait subi de la part de l'un de ses collègues et à plusieurs reprises, des gestes déplacés et des propos outranciers, indécents et grossiers à caractère sexuel, que ce dernier lui avait montré des vidéos de son épouse captée alors qu'elle était sous la douche et pendant qu'ils entretenaient une relation sexuelle et que ce comportement avait également été dénoncé par deux autres agents. Il résulte également de l'instruction que Mme B a déposé une plainte le 7 janvier 2021 auprès de la direction générale de la police nationale de la préfecture de police de Paris, que l'établissement public a fait droit à sa demande de protection fonctionnelle et que l'agent concerné a été suspendu trois jours.
7. Il résulte de ce qui précède, l'établissement public du Musée national Picasso Paris n'ayant produit aucune argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause ne pouvaient être regardés comme constitutifs de harcèlement sexuel, que Mme B a été victime de faits de harcèlement sexuel ou assimilés à un tel harcèlement de la part d'un de ses collègues.
En ce qui concerne les agissements constitutifs de harcèlement moral :
8. Il résulte de l'instruction que Mme B, alors qu'elle se trouvait sur son lieu de travail a été victime, le 25 juillet 2015, d'un malaise ayant provoqué une chute, et le 21 janvier 2016, d'une crise ayant nécessité qu'elle soit conduite à l'hôpital, accidents qu'elle impute au harcèlement moral dont elle est victime de la part d'un de ses collègues. Dans courrier électronique du 26 mars 2018, adressé à l'ensemble du personnel de l'établissement public depuis l'adresse professionnelle de l'auteur des faits de harcèlement sexuel dont Mme B a été victime, son auteur mentionnait que " Chérifa a été victime d'une crise de nerfs d'une violence extrême et a été emmenée par les pompiers à l'hôpital ", que " cette violence s'exerçait plus contre Chérifa elle-même que contre les autres, ce qui ne rend pas les choses moins choquantes. Il peut arriver dans une vie de traverser des épisodes de fragilité et de paroxysme, la difficulté est alors d'en prendre conscience et d'évoluer vers un processus de prise en charge et d'aide extérieure. Ici, le sentiment de persécution qui s'exprime est un problème compliqué, car nous ne savons ni le démontrer par des arguments rationnels, ni le régler par des actions concrètes. / Je tiens à rassurer ceux d'entre vous qui s'inquiéteraient du retour au service de Chérifa. Nous serons particulièrement vigilants et en cas de problème, nous sommes là pour vous entendre. () il faut accueillir Chérifa le plus naturellement possible, si on le peut ". Il résulte également de l'instruction que, le 2 octobre 2020, au cours d'une réunion de service à laquelle Mme B n'était pas conviée, et où a été abordée la question de harcèlement sexuel dont elle se disait victime, l'un des membres du personnel de l'établissement public a indiqué, à propos de cette dernière que " c'est cette personne qui est le problème et ce depuis le début et cette collègue relève de la psychiatrie ", propos immédiatement dénoncé par un autre agent qui assistait à cette réunion. Il résulte en outre de l'instruction que, le 14 octobre 2020, alors qu'elle se trouvait dans les vestiaires réservés au personnel de l'établissement, un sac contenant des excréments s'est déversé sur Mme B, lequel était accompagné d'un message contenant des propos outranciers, indécents, vulgaires et insultants et l'invitant à conserver le silence dans des termes relevant d'un registre similaire. Il résulte enfin de l'instruction qu'elle a découvert sur son casier un message indiquant " () j'ai été victime d'harcèlement moral et physique de la part de mes collègues et de mon directeur ! / Quand je lui ai demandé de l'aide face à mes collègues il m'a répondu je ne peux pas en virer 10 par contre toi je peux te faire dégager / Bref j'ai tenu 6 mois avant de faire une tentative de suicide ".
9. Là encore l'établissement public du Musée national Picasso-Paris, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ne conteste pas la matérialité des agissements incontestablement malveillants dont a été victime Mme B et ne démontre pas que ces agissements ne sauraient être regardés comme constitutifs de harcèlement moral. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir qu'elle a été victime de faits constitutifs de harcèlement moral.
En ce qui concerne les préjudices :
10. Mme B, dont les souffrances psychologiques liées à la situation de harcèlement sexuel et moral dénoncée ne sont ni contestées, ni contestables, a droit à l'indemnisation de son préjudice moral. Il en sera fait une juste appréciation, compte tenu de la nature, de la durée et de l'impact des agissements en cause sur son état de santé, en condamnant l'établissement public du Musée national Picasso-Paris à lui verser la somme de 2 500 euros au titre de son préjudice moral imputable aux agissements constitutifs de harcèlement sexuel et la somme de 2 000 euros au titre de son préjudice moral imputable aux agissements constitutifs de harcèlement moral.
En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation :
25. D'une part, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.
26. Mme B, a droit, ainsi qu'elle le demande, aux intérêts à compter du 25 octobre 2021, date d'enregistrement de sa requête.
27. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande ne peut toutefois prendre effet que lorsque les intérêts sont dus au moins pour une année entière, sans qu'il soit toutefois besoin d'une nouvelle demande à l'expiration de ce délai. De même, la capitalisation s'accomplit à nouveau, le cas échéant, à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.
28. En l'espèce, Mme B a demandé la capitalisation des intérêts pour la première fois dans sa requête introductive enregistrée le 25 octobre 2021. Toutefois, à cette date, aucun intérêt n'était dû pour au moins une année entière. Il y a lieu par suite d'ordonner à la date du 25 octobre 2022 la capitalisation des intérêts assortissant la somme mise à la charge de l'établissement public du Musée national Picasso-Paris au titre de l'indemnisation qu'il doit à la requérante, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date du 25 octobre 2022.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
29. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'établissement public du Musée national Picasso-Paris la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'établissement public du Musée national Picasso-Paris est condamné à verser à Mme B la somme de 4 500 euros en réparation du préjudice moral qui lui a été causé par le harcèlement sexuel et le harcèlement moral dont elle a été victime. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 25 octobre 2021. Les intérêts échus à la date
du 25 octobre 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'établissement public du Musée national Picasso-Paris versera à Mme B la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'établissement public du Musée national Picasso-Paris.
Copie en sera adressé à la ministre de la culture.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Ladreyt, président,
- M. Gandolfi, premier conseiller,
- Mme Leravat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 février 2023.
Le rapporteur,
G. C
Le président,
J-P. Ladreyt
La greffière,
L. Sueur
La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/5-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026