mardi 21 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2123045 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET WATCHI-FOURNIER FAISSOLLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 octobre 2021 et un mémoire enregistré le 5 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Watchi-Fournier, demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015, 2016 et 2017 ainsi que des pénalités correspondantes.
Il soutient que :
- les avis d'imposition ne lui ont pas été notifiés par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ;
- ces avis ne font pas mention des nom, prénom et qualité de l'agent qui les a émis ni de la proposition de rectification à l'origine des impositions supplémentaires mises en recouvrement ;
- c'est à tort qu'il a été imposé sur les sommes facturées par la SARL Horizon Conseil à la SASU Maguid alors qu'il n'est que salarié de la société de droit libanais Horizon Conseil ;
- la société Horizon conseil n'est pas assujettie au Liban à un régime fiscal privilégié au sens de l'article 238 du code général des impôts ;
- il a fait l'objet d'une double imposition en France sur les sommes rémunérant ses prestations de services en violation de la réserve d'interprétation conforme au principe d'égalité devant les charges publiques des dispositions de l'article 155 A du code général des impôts telle qu'énoncée dans la décision du Conseil constitutionnel n° 2010-70 QPC du 26 novembre 2010 ;
- les sommes facturées par la SARL Horizon Conseil à la SASU Maguid ayant fait l'objet d'une imposition au Liban, leur imposition en France méconnaît les stipulations des articles 10 et 19 de la convention fiscale franco-libanaise tendant à éviter les doubles impositions.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 3 mai et le 19 juillet 2022, l'administrateur des finances publiques représentant la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention franco-libanaise du 24 juillet 1962, publiée par le décret n° 64-5 du 2 janvier 1964 ;
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Amadori, rapporteur
- et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite du contrôle externe ayant visé la SASU Maguid, client de la société de droit libanais SARL Horizon Conseil, dont M. B est salarié, le foyer fiscal de M. B a fait l'objet d'un contrôle sur pièces de sa situation fiscale au titre des années 2015 à 2017. Le service vérificateur, estimant que les sommes facturées par la société Horizon Conseil à la SASU Maguid devaient être imposées entre les mains de M. B sur le fondement des dispositions de l'article 155 A du code général des impôts, a notifié à ce dernier une proposition de rectification datée du 17 juin 2019, par laquelle il lui a proposé, en suivant la procédure de rectification contradictoire, des rehaussements de sa base imposable à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices non commerciaux à hauteur de 262 928 euros (2015), 207 946 euros (2016) et 180 615 euros (2017), assorties d'intérêts de retard et d'une majoration de 80% pour " manœuvres frauduleuses " sur le fondement du c de l'article 1729 du code général des impôts. Les rectifications ont été maintenues à l'issue de la procédure contradictoire. Les impositions supplémentaires et pénalités résultant du contrôle, d'un montant de 458 506 euros, ont été mises en recouvrement les 30 novembre et 31 décembre 2020. M. B a formé, par un courrier du 23 mars 2021, une réclamation administrative contentieuse, qui a été rejetée par une décision du 3 septembre 2021. Par sa requête, M. B demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur la régularité de la procédure :
2. En premier lieu, d'une part, la circonstance que les avis d'imposition, qui se bornent à porter à la connaissance du contribuable les impositions supplémentaires auxquelles ce dernier a été assujetti par voie de rôle, ne lui auraient pas été notifiées par lettre recommandé avec demande d'avis de réception, n'entache les impositions mises en recouvrement d'aucune irrégularité.
3. En second lieu, aucune disposition législative ni réglementaire ni aucun principe général du droit ne prévoit, à peine d'illégalité des impositions supplémentaires, que l'avis d'imposition doive indiquer un nom, prénom et qualité d'un quelconque agent, ni une signature. De manière analogue, aucune disposition législative ni réglementaire ni aucun principe général du droit ne prévoit, à peine d'illégalité des impositions supplémentaires, que l'avis d'imposition doive indiquer, dans l'hypothèse où, comme en l'espèce, les impositions de mises en recouvrement résultent d'une procédure de rectification contradictoire, une référence à la proposition de rectification dont les impositions supplémentaires sont issues.
Sur le bien-fondé des impositions :
4. En premier lieu, aux termes du I de l'article 155 A du code général des impôts, dans sa version applicable au présent litige : " Les sommes perçues par une personne domiciliée ou établie hors de France en rémunération de services rendus par une ou plusieurs personnes domiciliées ou établies en France sont imposables au nom de ces dernières : / - soit, lorsque celles-ci contrôlent directement ou indirectement la personne qui perçoit la rémunération des services ; / - soit, lorsqu'elles n'établissent pas que cette personne exerce, de manière prépondérante, une activité industrielle ou commerciale, autre que la prestation de services ; / - soit, en tout état de cause, lorsque la personne qui perçoit la rémunération des services est domiciliée ou établie dans un Etat étranger ou un territoire situé hors de France où elle est soumise à un régime fiscal privilégié au sens mentionné à l'article 238 A ". Les prestations dont la rémunération est ainsi susceptible d'être imposée entre les mains de la personne qui les a effectuées correspondent à un service rendu pour l'essentiel par elle et pour lequel la facturation par une personne domiciliée ou établie hors de France ne trouve aucune contrepartie réelle dans une intervention propre de cette dernière, permettant de regarder ce service comme ayant été rendu pour son compte.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que les éléments obtenus lors de la vérification de comptabilité de la SASU Maguid ont mis en lumière que cette société française avait sous-traité au cours des années en litige à la société Istina, devenue Horizon Conseil en octobre 2016, établie au Liban, des prestations d'assistance informatique réalisées au bénéfice de la banque BNP Paribas pour des montants de 210 343 euros en 2015, 166 357 euros en 2016 et 144 492 euros en 2017. M. B, seul salarié de la société Horizon Conseil sur l'essentiel de cette période et au sein de laquelle il occupe formellement un poste de directeur des projets technologique et informatique, ne conteste pas sérieusement avoir réalisé lui-même ces prestations de services sur le territoire national. Il n'établit par ailleurs pas, ni même n'allègue, que la société Horizon Conseil, dont l'administration fiscale fait valoir sans contradiction qu'elle a pour seul client la SASU Maguid, aurait exercé, de manière prépondérante, une activité industrielle ou commerciale autre que la prestation de services. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a pu considérer que M. B avait effectué des prestations qui correspondaient à un service rendu pour l'essentiel par ce dernier et pour lequel la facturation par la société Horizon Conseil ne trouvait aucune contrepartie réelle dans une intervention qui lui aurait été propre. Dans ces conditions, le service vérificateur était fondé, pour ce seul motif, à regarder les rémunérations versées par la société Maguid à la société Horizon Conseil comme rémunérant des services rendus par M. B pour son propre compte et imposables, dès lors, à l'impôt sur le revenu dans ses mains sur le fondement de l'article 155 A du code général des impôts. Dans ces conditions, est dépourvue d'incidence sur le présent litige la circonstance, à la supposer établie, que le Liban ne serait pas constitutif d'un pays à fiscalité privilégiée au sens de l'article 238 A du code général des impôts.
6. Toutefois, il résulte de la réserve d'interprétation émise par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2010-70 QPC du 26 novembre 2010 que, pour l'application de l'article 155 A du code général des impôts, dans le cas où la personne domiciliée ou établie à l'étranger reverse en France au contribuable tout ou partie des sommes rémunérant les prestations réalisées par ce dernier, la disposition contestée ne saurait conduire à ce que ce contribuable soit assujetti à une double imposition au titre d'un même impôt ". En l'espèce, M. B a déclaré, au titre des années en litige, des revenus d'activité salariée de 59 610 euros au titre de l'année 2015, 76 803 euros au titre de l'année 2016 et 54 500 au titre de l'année 2017. M. B fait valoir sans contradiction que ces rémunérations lui ont été versées par la société Horizon Conseil. Il y a lieu par suite, afin d'éviter que M. B ne soit assujetti à une double imposition à l'impôt sur revenu sur ces sommes, de porter ces dernières en déduction de ses bases imposables rectifiées à l'impôt sur le revenu.
7. En deuxième lieu, aux termes du 1 de l'article 10 de la convention conclue entre la France et le Liban tendant à éviter les doubles impositions : " Les bénéfices d'une entreprise d'un Etat contractant ne sont imposables que dans cet Etat, à moins que l'entreprise n'exerce une activité industrielle ou commerciale dans l'autre Etat par l'intermédiaire d'un établissement stable qui y est situé. Si l'entreprise exerce une telle activité, l'impôt peut être perçu dans l'autre Etat sur les bénéfices de l'entreprise, mais uniquement dans la mesure où ces bénéfices sont imputables audit établissement stable ". En l'espèce M. B doit être regardé comme une entreprise établie en France et il n'établit pas avoir exercé une quelconque activé professionnelle au Liban. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'application des stipulations de l'article 10 de la convention conclue entre la France et le Liban, à les supposer applicables, conduiraient à écarter toute imposition en France, sur le fondement des dispositions de l'article 155 A du code général des impôts, des sommes facturées par la SARL Horizon Conseil à la SASU Maguid.
8. En troisième lieu, aux termes du 1 de l'article 19 de la convention conclue entre la France et le Liban tendant à éviter les doubles impositions " Sous réserve des dispositions de l'article 20 ci-après, les traitements, salaires et autres rémunérations analogues ne sont imposables que dans l'Etat contractant sur le territoire duquel s'exerce l'activité personnelle génératrice de ces revenus ". M. B, qui a été imposé dans la catégorie, non contestée, des bénéfices non commerciaux, ne peut utilement se prévaloir de ces stipulations de la convention.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander la réduction de ses bases imposables rectifiées à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, avant majoration, à hauteur 59 610 euros au titre de l'année 2015, 76 803 euros au titre de l'année 2016 et 54 500 euros au titre de l'année 2017 et la décharge, à due concurrence, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 à 2017 ainsi que des pénalités correspondantes.
D E C I D E :
Article 1er : Les bases imposables à l'impôt sur le revenu de M. B sont réduites à hauteur de 59 610 euros au titre de l'année 2015, 76 803 euros au titre de l'année 2016 et 54 500 euros au titre de l'année 2017.
Article 2 : M. B est déchargé, à due concurrence, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 à 2017 ainsi que des pénalités correspondantes.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'administrateur des finances publiques représentant la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bachoffer, président,
M. Pertuy, premier conseiller,
M. Amadori, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 21 mai 2024.
Le rapporteur,
A. AMADORI
Le président,
B. BACHOFFERLa greffière,
V. FLUET
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400288
La société First Trading contestait devant le **Tribunal Administratif de Paris** des rappels d'impôts et pénalités suite à un contrôle fiscal. Le tribunal a **rejeté sa requête**, considérant que la proposition de rectification avait été régulièrement notifiée conformément aux articles L. 57 et L. 76 du livre des procédures fiscales, et que les autres moyens soulevés (prescription, qualification de la cession immobilière) n'étaient pas fondés.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407139
**Sujet principal** : La requête de la SAS Etablissements A. Chollet contestant la réintégration fiscale de provisions pour dépréciation de ses stocks et demandant la décharge d'impositions supplémentaires sur les sociétés. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (1re Section - 2e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la demande de la société. Il estime que la méthode d'évaluation de la provision pour dépréciation appliquée au groupe de produits "V" n'est pas suffisamment précise et détaillée, car elle utilise un taux unique basé sur la durée de stockage pour des produits hétérogènes, sans justification d'une dépréciation homogène. **Textes appliqués** : Les articles 39-1 5° et 38-3 du Code général des impôts (CGI), en application de l'article 209 du CGI, ainsi que l'article 38 decies de l'annexe III au CGI, relatifs aux conditions de déductibilité des provisions pour dépréciation des stocks.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2418646
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler la décision du recteur de l'académie de Paris refusant la révision de l'affectation de sa fille en classe de première STMG. Le juge a estimé que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en maintenant l'affectation initiale, les arguments fondés sur une prétendue erreur d'un conseiller principal d'éducation et sur les risques pour la scolarité de l'élève n'étant pas de nature à caractériser une situation exceptionnelle justifiant une révision. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'éducation et de l'arrêté académique fixant les procédures d'affectation.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517216
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. C... A... visant à annuler plusieurs mesures d'éloignement (obligation de quitter le territoire, interdiction de retour, etc.) prises par le préfet de police. Le tribunal a jugé que le préfet était compétent pour signer ces décisions et que leur motivation était suffisante, notamment au regard de la menace pour l'ordre public. Il a également déclaré irrecevable le recours contre le signalement Schengen, cette inscription n'étant pas une décision susceptible de recours pour excès de pouvoir. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et la Convention européenne des droits de l'homme.
31/03/2026