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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2123586

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2123586

lundi 21 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2123586
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation3e Section - 2e Chambre - R.222-13
Avocat requérantBROCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2021, Mme A D et M. C E, représentés par Me Brochard et agissant en leur nom et en qualité de représentants légaux de leurs deux enfants mineurs, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'État à leur verser une somme de 12 000 euros, à parfaire, en réparation des préjudices résultant de leur absence de relogement et d'assortir cette somme des intérêts au taux légal ;

2°) d'enjoindre au préfet de présenter leur dossier en commission d'attribution dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement et de prendre les mesures nécessaires pour l'attribution d'un logement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros à verser à Me Brochard au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison de la carence fautive à assurer son relogement dans les délais impartis, alors que sa demande a été reconnue prioritaire et urgente par la commission de médiation et que le tribunal a enjoint au préfet de procéder à son relogement ;

- ils subissent, ainsi que leurs enfants, des troubles dans leurs conditions d'existence et un préjudice moral.

Le 8 novembre 2021, la requête a été communiquée au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 septembre 2021.

Par un courrier du 21 octobre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint, sous astreinte, à l'Etat de présenter le dossier de demande de logement social de la requérante aux commissions d'attribution et de prendre les mesures nécessaires pour qu'un logement lui soit attribué dès lors que de telles conclusions ne peuvent être présentées que dans le cadre du recours prévu par le I de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation et qu'elles ont été présentées en l'espèce au-delà du délai prévu par les articles R. 778-2 du code de justice administrative et R. 441-18-2 du code de la construction et de l'habitation (cf. CE, 2 avril 2021, n° 437799).

Par un mémoire enregistré le 21 octobre 2022, les requérants demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner l'Etat à leur verser une somme de 32 000 euros en réparation du préjudice subi jusqu'à leur relogement intervenu en août 2022 et d'assortir cette somme des intérêts au taux légal ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros à verser à Me Brochard au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- et les observations de Me Nagy, représentant Mme D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la responsabilité :

1. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, et que le juge administratif a ordonné son logement ou son relogement par l'Etat, en application de l'article L. 441-2-3-1 de ce code, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement. La circonstance que l'absence de relogement a contraint le demandeur à supporter un loyer manifestement disproportionné au regard de ses ressources, si elle ne peut donner lieu à l'indemnisation d'un préjudice pécuniaire égal à la différence entre le montant du loyer qu'il a payé durant cette période et celui qu'il aurait acquitté si un logement social lui avait été attribué, doit, si elle est établie, être prise en compte pour évaluer le préjudice résultant des troubles dans les conditions d'existence.

2. Mme D, qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision du 6 janvier 2012 de la commission de médiation du département de Paris au motif qu'elle occupait un logement sur-occupé avec au moins un enfant mineur à charge. Le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris n'a pas proposé à Mme D un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation. En outre, le préfet n'a pas non plus exécuté le jugement du 9 septembre 2013, devenu définitif, par lequel le tribunal administratif de Paris lui a enjoint d'assurer le relogement de Mme D, sous astreinte de 500 euros par mois de retard à compter du 1er décembre 2013. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État à compter du 6 juillet 2012 à l'égard de Mme D. En revanche, il résulte des principes énoncés au point 1 que les conclusions présentées par M. C E en son nom propre et par les requérants au nom de leurs enfants mineurs doivent être rejetées.

Sur les préjudices :

3. D'une part, par un jugement du 31 mai 2016 et par un jugement du 19 février 2021, le tribunal a condamné l'État à réparer les préjudices subis par Mme D jusqu'au 19 février 2021 du fait de la carence fautive de l'Etat à la reloger. Par suite, le préjudice réparé par le présent jugement court à compter du 20 février 2021.

4. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'à compter du 16 août 2022, Mme D a été relogée avec sa famille dans un logement de type T3 correspondant à ses besoins et ses capacités. La responsabilité de l'Etat a donc pris fin à cette date.

5. Il résulte[NE1] de l'instruction qu'auparavant, Mme D vivait avec son époux et leurs deux enfants mineurs dans un logement sur-occupé d'une superficie de 18 m². Compte tenu de ces conditions de logement, de la durée de la carence de l'Etat et du nombre de personnes composant le foyer de Mme D, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par Mme D dans ses conditions d'existence au cours de la période du 20 février 2021 au 15 août 2022, y compris de son préjudice moral, en lui allouant une somme de 2 000 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement. Par ailleurs, dès lors que Mme D a bénéficié d'un relogement, il n'y a en tout état de cause plus lieu d'enjoindre à l'Etat de prendre des mesures pour qu'un logement lui soit attribué.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des combinées dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme D une somme de 2 000 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à M. C E, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à Me Brochard.

Copie en sera adressée au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.

La magistrate désignée,

E. B

La greffière,

C. PAVILLA

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

[NE1]la note sociale (p. 70-71) date de 2015 donc pas très pertinente

Néanmoins la requérante a 2 enfants mineurs

Elle produit le contrat de location pour le logement qu'elle occupait (18 m2 : p/ 20) et une quittance de loyer du mois d'avril 2022 : 362€ (p. 24)

2123586/3-2

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