jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2123950 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | ROCHICCIOLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2021, Mme A B, représentée par Me Rochiccioli, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la maire de Paris a refusé d'abroger la décision du 23 novembre 2020 ayant mis à sa charge un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 463,71 euros, pour la période d'avril à juin 2019, ensemble la décision expresse du 9 août 2021 confirmant cette décision ;
2°) de prononcer une remise totale ou partielle de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge ;
3°) d'enjoindre à la maire de Paris de procéder au réexamen de sa situation, et notamment la possibilité de lui accorder une remise de dette, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de la ville de Paris le versement à Me Rochiccioli de la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- cette décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine préalable de la commission de recours amiable ;
- c'est à tort que la Ville lui a opposé le caractère frauduleux de sa demande tendant au bénéfice du RSA ;
- cette décision méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la maire de Paris s'est à tort cru en situation de compétence liée pour lui réclamer le remboursement de cet indu au motif que la reconnaissance de paternité effectuée par M. E a été qualifiée de frauduleuse par le préfet de police, ce qui l'a conduit à s'abstenir de faire usage de la faculté ouverte à l'article L. 262-46 code de l'action sociale et des familles d'accorder une remise gracieuse au demandeur ;
- elle est fondée à demander une remise de dette au regard de sa situation précaire et de l'absence de fausse déclaration volontaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2022, la maire de Paris conclut au rejet de la requête.
La maire de Paris soutient que :
- elle se trouvait en situation de compétence liée pour mettre fin au bénéfice du revenu de solidarité active de Mme B au regard des manœuvres frauduleuses constatées par le préfet de police dans son arrêté du 10 avril 2019 ayant procédé au retrait de la carte de résident de Mme B valable du 27 janvier 2014 au 26 janvier 2024 ;
- les moyens tirés du vice de procédure, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 3 de la convention des droits de l'enfant sont infondés ;
- elle se trouvait également en situation de compétence liée dans le cadre de l'examen de la demande de remise gracieuse de Mme B ;
- en tout état de cause, Mme B ne peut être regardée comme étant de bonne foi au regard de ses obligations déclaratives, de sorte qu'aucune remise de dette ne peut lui être accordée.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 3 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de l'action sociale et des familles,
- le code de la sécurité sociale,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pény,
- et les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B a perçu le revenu de solidarité active (RSA) à compter du 31 janvier 2019. Par arrêté du 10 avril 2019, le préfet de police a procédé au retrait de la carte de résident, valable du 27 janvier 2014 au 26 janvier 2024, dont Mme B était titulaire, au motif qu'il existait une présomption de reconnaissance frauduleuse de paternité de l'enfant D E par M. C E. A la suite de la réception de cette information, la caisse d'allocations familiales de Paris a mis fin au droit de Mme B à la perception du RSA et a constaté un indu d'un montant de 463,71 euros portant sur la période d'avril à juin 2019. Par courrier du 23 novembre 2020, la maire de Paris a notifié cet indu à Mme B. L'intéressée a formé, le 20 janvier 2021, un recours gracieux contre cette décision, qui a été rejeté par une décision expresse du 9 août 2021. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 9 août 2021, qui s'est substituée à la décision implicite, par laquelle la Ville de Paris a rejeté son recours gracieux du 20 janvier 2021 tendant à la suspension du recouvrement de l'indu de RSA en litige et à ce que lui soit accordée une remise de dette totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : / 1° Etre âgé de plus de vingt-cinq ans ou assumer la charge d'un ou plusieurs enfants nés ou à naître ; / 2° Etre français ou titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour autorisant à travailler. () ". Aux termes de l'article 9 de la convention de gestion du revenu de solidarité active du 28 décembre 2017 conclue entre le département de Paris et la Caisse d'allocations familiales de Paris : " Recours administratifs. Les recours administratifs préalables prévus à l'article L. 262-47 du CASF examinés par la commission de recours amiable prévue à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale sont : - l'évaluation forfaitaire des revenus visée à l'article L. 262-41 du CASF; - les conditions de résidence en France prévues à l'article L. 262-2 du CASF. / La commission de recours amiable (CRA) rend, sur sa demande, sous un mois, un avis motivé à la Présidente du conseil départemental. / La Présidente du conseil départemental statue sous deux mois sur toutes les autres décisions sans avis préalable de la commission visée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale (CRA) ".
3. Si Mme B soutient que la décision du 9 août 2021 rejetant son recours gracieux aurait dû faire l'objet d'une saisine préalable de la commission de recours amiable, il est constant que l'indu de RSA ne résultait pas d'une évaluation forfaitaire de ses revenus ni d'une appréciation du caractère effectif et stable de sa résidence en France, au sens des dispositions combinées de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles et de l'article 9 de la convention précitée. Il s'ensuit que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
4. En deuxième lieu, si Mme B soutient que c'est à tort que la maire de Paris a retenu le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité de l'enfant D E par M. C E, il ressort de la décision attaquée que la maire a uniquement entendu prendre en compte le retrait de la carte de résident de Mme B, valable du 27 janvier 2014 au 26 janvier 2024, par un arrêté du préfet de police du 10 avril 2019, devenu définitif, sans elle-même qualifier de frauduleuse la demande de Mme B. Le moyen doit, par suite, être écarté.
5. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990, publiée par décret du 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
6. En l'espèce, la circonstance qu'un indu de revenu solidarité active, d'un montant de 463,71 euros, a été notifié à Mme B alors qu'elle est parente de deux enfants mineurs âgés de sept et de treize ans, n'est pas de nature à établir qu'ont été méconnues les stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors que cette mesure n'a pas pour effet de séparer les enfants de leur mère ni de priver cette dernière de tout accès à un hébergement ou à une aide des services de la ville de Paris pour faire face à sa situation de précarité. Pour le même motif, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 9 août 2021 par laquelle la maire de Paris a rejeté son recours gracieux du 20 janvier 2021 tendant à la suspension du recouvrement de l'indu de revenu de solidarité active (RSA), d'un montant de 463,71 euros, mis à sa charge.
Sur la demande de remise de dette :
8. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
9. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.
10. Ainsi qu'il a été dit, par arrêté du 10 avril 2019, le préfet de police a procédé au retrait de la carte de résident de Mme B valable du 27 janvier 2014 au 26 janvier 2024, au motif qu'il existait une présomption de reconnaissance frauduleuse de paternité de l'enfant D E par M. C E.
11. D'une part, a maire de Paris fait valoir qu'elle se trouvait en situation de compétence liée au regard de l'arrêté préfectoral du 10 avril 2019 et que cette circonstance faisait obstacle à ce qu'une remise de dette soit accordée à Mme B. Toutefois, au stade de l'appréciation de la demande de remise gracieuse d'un bénéficiaire du revenu de solidarité active, il revient à la maire de porter sa propre appréciation sur l'existence de manœuvres frauduleuses ou d'une fausse déclaration de nature à faire obstacle à une telle demande, sans être liée par l'appréciation portée par le préfet de police.
12. D'autre part, pour caractériser une telle situation de fraude faisant obstacle à la remise de dette sollicitée par Mme B, la maire de Paris relève que l'intéressée n'a pas porté à la connaissance de la caisse d'allocations familiales de Paris l'information relative au retrait de sa carte de résident, lui permettant ainsi de percevoir indûment le RSA d'avril à juin 2019. Toutefois, Mme B soutient, sans être sérieusement contestée, qu'elle n'a pu prendre connaissance de l'arrêté du préfet de police du 10 avril 2019 que le 19 août 2019, de sorte qu'elle ne peut être regardée en l'espèce comme ayant tardé à déclarer sa situation auprès de la caisse d'allocations familiales de Paris, alors en outre que, par courrier du 7 juin 2019, le préfet de police avait déjà informé la maire de Paris du retrait de la carte de résident de l'intéressée. En outre, la maire de Paris fait valoir que la carte de résident de Mme B a été obtenue par des manœuvres frauduleuses dès lors qu'il existe une présomption de reconnaissance de paternité de complaisance de sa fille, D E, par M. C E. Toutefois, en se bornant à renvoyer aux motifs de l'arrêté préfectoral du 10 avril 2019, lesquels font état d'une absence de communauté de vie entre Mme B et M. E, d'une absence de contribution de l'intéressé à l'éducation et à l'entretien de sa fille, ainsi que la transmission d'un signalement au procureur de la République, la maire de Paris n'établit pas que la reconnaissance de paternité effectuée par M. E serait frauduleuse. Il s'ensuit que les manœuvres frauduleuses opposées pour refuser de faire droit à la demande de remise de dette gracieuse de Mme B n'apparaissent pas suffisamment caractérisées pour faire obstacle à l'examen de la demande de l'intéressée.
13. Mme B soutient que sa situation de grande précarité fait obstacle au remboursement de la dette qui a été mise à la charge. Il résulte de l'instruction que Mme B, qui est mère célibataire de deux enfants, est logée par l'association Aurore, pour une somme mensuelle de 38 euros, et qu'elle ne perçoit que de faibles revenus, compris entre 400 et 500 euros mensuels. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit, la mauvaise foi de la requérante n'est pas établie. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, Mme B établit suffisamment se trouver dans une situation de précarité. Elle est donc fondée à demander une remise de dette totale de l'indu de RSA en litige.
14. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'accorder une remise gracieuse d'un montant de 463,71 euros à Mme B au titre de l'indu de revenu de solidarité active dont elle est redevable à la caisse d'allocations familiales de Paris.
Sur frais liés au litige :
15. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 3 septembre 2021. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Rochiccioli, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de la ville de Paris, qui est dans la présente instance la partie perdante, une somme de 1 500 euros au profit de Me Rochiccioli au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Une remise gracieuse d'un montant de 463,71 euros est accordée à Mme B au titre de l'indu de revenu de solidarité active dont elle est redevable à la caisse d'allocations familiales de Paris.
Article 2 : La ville de Paris versera la somme de 1 500 euros à Me Rochiccioli, avocate de Mme B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Rochiccioli et à la ville de Paris.
Copie en sera adressée au directeur général de la caisse d'allocations familiales de Paris.
Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Versol, présidente,
M. Pény, premier conseiller,
M. Doan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.
Le rapporteur,
A. Pény
La présidente,
F. Versol La greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention et au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2123950/6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026