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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2124229

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2124229

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2124229
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantWULVERYCK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 15 novembre 2021 et 28 septembre 2022, Mme E D, représentée par Me Cherif, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser la somme de 32 400 euros en indemnisation du préjudice moral résultant de l'illégalité de la décision lui refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

2°) de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle a été victime d'un harcèlement moral caractérisé par une surcharge de travail, des critiques injustifiées, des attitudes irrespectueuses de sa hiérarchie et d'une mise à l'écart et que, dans ces conditions, l'illégalité du refus d'octroi de la protection fonctionnelle est de nature à engager la responsabilité de l'AP-HP à son égard.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

L'Assistance publique-Hôpitaux de Paris a produit un mémoire, enregistré le 13 octobre 2022, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public,

- et les observations de Me Cherif, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E D a été recrutée par l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) sous contrat à durée déterminée le 1er janvier 2015, en qualité de préparatrice en pharmacie, puis sous contrat à durée indéterminée le 1er janvier 2018 en qualité de technicienne d'études cliniques. S'estimant victime de harcèlement moral, Mme D a introduit le 14 mars 2020 une demande tendant à l'octroi du bénéfice de la protection fonctionnelle sur le fondement de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Elle a formé le 20 juillet 2021 une demande indemnitaire préalable tendant au versement par l'AP-HP d'une somme de 32 400 euros en indemnisation du préjudice moral résultant de l'illégalité de cette décision implicite. Du silence gardé de plus de deux mois par l'administration est née une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 32 400 euros en indemnisation du préjudice que lui a causé l'illégalité de la décision née le 14 mai 2020 de refus de lui accorder la protection fonctionnelle.

2. D'une part, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus. () ".

3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui, le préjudice résultant de ces agissements devant alors être intégralement réparé.

4. D'autre part, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors applicable : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire () bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause () / IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. "

5. Ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

6. Mme D soutient avoir subi une surcharge de travail, des critiques injustifiées et attitudes humiliantes en public ainsi qu'une mise à l'écart constitutifs de harcèlement moral à son encontre.

7. En premier lieu, à l'appui de ses allégations relatives à la surcharge de travail qui lui aurait été imposée par ses supérieurs hiérarchiques, elle fait valoir qu'elle était tenue de réaliser des tâches excédant le périmètre des missions prévues par sa fiche de poste, en particulier la formation de personnel, la participation aux déménagements et l'exercice d'un contrôle qualité. Toutefois, il résulte de l'instruction que si, il est vrai, ces missions ne figurent pas dans la fiche de poste en date du 3 octobre 2018 qu'elle produit, elles apparaissent en revanche dans les " fiches-emplois " établies les 4 mars 2015 et 3 septembre 2018 relatives aux missions qui lui sont confiées et dont il n'est ni établi ni même allégué qu'elle n'en aurait pas eu communication. Il ressort ainsi de ces " fiches-emplois " que la participation à la formation de nouveaux arrivants et stagiaires, la manipulation des charges et cartons, l'application et le suivi de l'application des règles de qualité, d'hygiène et de sécurité et de la participation aux autoévaluations relèvent des missions des préparateurs en pharmacie et des techniciens d'études cliniques confiées à Mme D. Par ailleurs, elle n'établit pas que ces tâches représentaient, en elles-mêmes, une charge excessive dégradant ses conditions de travail.

8. En deuxième lieu, Mme D fait valoir qu'elle a subi des critiques et attitudes injustifiées et humiliantes, en particulier de la part de Mme C, cadre de santé, et de M. B, responsable production et distribution, lesquels sont ses supérieurs hiérarchiques, ainsi que de la part de M. A et Mme G, techniciens d'études cliniques. Elle se prévaut de convocations inopinées et fréquentes de la part de ses supérieurs hiérarchiques, de critiques formulées dans un bureau ouvert et visible, de la transmission tardive des modalités d'utilisation des jours de " RTT ", ainsi que de reproches relatifs à un manque de communication. Toutefois, d'une part, Mme D ne produit aucun élément ni n'apporte aucune précision permettant d'apprécier le bien-fondé des allégations relatives aux propos, critiques et attitudes injustifiées et humiliantes qu'elle invoque. D'autre part, les seules circonstances qu'elle invoque, selon lesquelles il lui a été reproché un manque ponctuel de communication avec des collaborateurs du service et elle a été tardivement informée des modalités de pause des jours de " RTT ", ne sont pas, à elles seules, de nature à caractériser le harcèlement moral allégué. Il résulte au demeurant de l'instruction, en particulier des courriels produits par la requérante elle-même, que le ton employé par ses supérieurs hiérarchiques, ses collègues et ses collaborateurs est courtois et professionnel et ne révèle aucune agressivité ni aucun propos à caractère humiliant. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, notamment des nombreux témoignages établis le 13 novembre 2020 par des agents du service de Mme D, que l'attitude de Mme C et de M. B à l'endroit des agents du service, contrairement à ce que soutient Mme D, était disponible et bienveillante.

9. En troisième lieu, si Mme D soutient qu'elle a été mise à l'écart du service par sa hiérarchie dès lors qu'elle n'était pas conviée aux réunions de service et, lorsqu'elle y était conviée, qu'elle y était ignorée, il résulte de l'instruction, en particulier de la production des listes de destinataires de courriels, des feuilles d'émargement et du planning prévisionnel des réunions du service que Mme D y était conviée et qu'elle y participait également. Il résulte également de ces mêmes témoignages du 13 novembre 2020 que l'isolement progressif du reste de service de Mme D ne peut être regardé comme une mise à l'écart volontaire, par sa hiérarchie, constitutive de harcèlement moral.

10. Il résulte de tout ce qui précède que si, il est vrai, des tensions ont pu présider, à partir de l'année 2018, aux relations entre Mme D et certains agents du service, la requérante ne saurait être regardée comme apportant au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à son égard. Par conséquent, la décision par laquelle l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle n'est pas fautive et n'a pu faire naître aucun préjudice susceptible d'être indemnisé. Il y a par suite lieu de rejeter la requête de Mme D, ensemble les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dont elle est assortie.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 31 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

M. Huin-Morales, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2022.

Le rapporteur,

B. F

Le président,

J. SORIN

La greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2124229/2-

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