jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2124890 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DANTE (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2021, M. F C, Mme E C, M. K C et Mme G C, représentés par Me Joseph-Oudin, demandent au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner l'office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) à verser à M. F C une somme totale de 3 126 651,30 euros en réparation des conséquences dommageables de sa vaccination contre le virus H1N1 ;
2°) de condamner l'ONIAM à verser à Mme E C, à M. K C et à Mme G C, les sommes respectives de 45 000 euros, 40 000 euros et 17 500 euros en réparation de leurs préjudices ;
3°) de réserver l'indemnisation des préjudices qui ne seraient pas évaluables à la date du jugement du tribunal ;
4°) à titre subsidiaire, de désigner avant-dire droit un expert neurologue dans le cadre de la réalisation d'une nouvelle expertise ;
5°) de condamner l'ONIAM au versement des honoraires de l'expert qui serait désigné ou, à défaut, de réserver les frais d'expertise à la fin de l'instance ;
6°) de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
7°) de mettre à la charge de l'ONIAM les dépens.
Ils soutiennent que :
- le lien de causalité entre la vaccination de M. F C contre la grippe H1N1 par le vaccin Pandemrix et le développement ultérieur d'une narcolepsie cataplexie est établi par l'expertise diligentée par l'ONIAM ainsi que les différents éléments produits à l'instance ;
- les préjudices subis par M. F C doivent être évalués à une somme de 3 216 651,30 euros, soit : 339 685,71 euros au titre de l'assistance par tierce personne non spécialisée temporaire, 132 383,33 euros au titre de l'assistance par tierce personne spécialisée temporaire, 2 186 336,12 euros au titre de l'assistance par tierce personne non spécialisée permanente, 7 796,13 euros au titre de l'assistance par tierce personne spécialisée au titre de la scolarité, 50 000 euros au titre du préjudice scolaire, universitaire et de formation, 100 000 euros au titre de l'incidence professionnelle, 59 550 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 20 750 euros au titre des souffrances endurées, 6 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 3 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent, 271 150 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 20 000 euros au titre du préjudice d'agrément et 20 000 euros au titre du préjudice d'anxiété ;
- les chefs de préjudice correspondant aux dépenses de santé actuelles et futures, aux pertes de gains professionnels actuels et futurs, aux frais de logement et de véhicule adaptés, au préjudice sexuel et au préjudice d'établissement seront réservés ;
- les préjudices de Mme E C s'établissent comme suit : 2 124 euros au titre des frais de justice, 30 000 euros au titre du préjudice d'affection et 15 000 euros au titre du préjudice extrapatrimonial exceptionnel, outre le préjudice professionnel qui sera réservé ;
- les préjudices de M. K C s'établissent comme suit : 2 124 euros au titre des frais de justice, 25 000 euros au titre du préjudice d'affection et 15 000 euros au titre du préjudice extrapatrimonial exceptionnel ;
- les préjudices de Mme G C s'établissent comme suit : 10 000 euros au titre du préjudice d'affection et 7 500 euros au titre du préjudice extrapatrimonial exceptionnel.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2022, le directeur général de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) conclut à au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le lien de causalité entre la narcolepsie dont est atteinte M. C et sa vaccination contre la grippe H1N1 n'est pas établi, dès lors que les symptômes de la maladie n'ont été mentionnés pour la première fois que le 17 juin 2016 lors d'une consultation médicale avec le Dr I, soit plus de sept ans après l'injection ;
- la date du 10 février 2010 retenue par le collège d'experts comme correspondant à la date d'apparition des symptômes n'est confirmée par aucune pièce médicale contemporaine des faits et correspond uniquement aux déclarations des requérants lors de la réunion d'expertise ;
- la narcolepsie post-vaccinale se caractérise par un début soudain et rapide, avec un délai court entre le début de la somnolence diurne excessive et les premiers accès de cataplexie, les productions versées aux débats par le requérant font au contraire état d'une pathologie évoluant depuis 2016, soit bien au-delà du délai d'un an suivant la vaccination ou, selon les dires, des requérants, d'une pathologie évoluant à bas bruit depuis le début de l'année 2020, n'amenant M. F C à consulter qu'en 2016, ce qui est contradictoire avec une apparition soudaine et rapide des symptômes ;
- une nouvelle expertise n'apparaît pas nécessaire dès lors qu'elle ne présente pas de caractère utile à la résolution du litige.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- l'arrêté du 13 janvier 2010 relatif à la campagne de vaccination contre le virus de la grippe A (H1N1) ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public,
- et les observations de Me de Noray, pour les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. M. F C, né le 30 avril 1997, a reçu le 4 décembre 2009 une dose du vaccin Pandemrix, en prévention de la grippe causée par le virus A (H1N1), dans le cadre d'une campagne nationale de vaccination organisée par le ministère de la santé sur le fondement des dispositions de l'article L. 3131-1 du code de la santé publique. Un diagnostic de narcolepsie avec cataplexie a été posé en juin 2018 à l'issue de la réalisation d'une polysomnographie puis d'une hospitalisation à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Estimant que la survenue de cette pathologie résultait de l'injection du vaccin, M. F C, ainsi que Mme E C, M. K C et Mme G C ont saisi l'office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) d'une demande indemnitaire le 19 mars 2020, sur le fondement des dispositions de l'article L. 3131- 4 du code de la santé publique. A la suite d'une expertise réalisée à la demande de l'ONIAM par le Pr J, pharmacologue, et le Dr H, neurologue, déposée le 3 mars 2021, l'office a rejeté la demande d'indemnisation de M. C, au motif de l'absence de lien de causalité entre la vaccination et la pathologie dont souffre la requérante. Par la présente requête, M. F C demande au tribunal de condamner l'ONIAM à lui verser une somme totale de 3 216 651,3 euros en réparation des conséquences dommageables de la vaccination contre le virus H1N1. Mme E C, à M. K C et à Mme G C demandent également au tribunal de condamner l'ONIAM à leur verser les sommes respectives de 45 000 euros, 40 000 euros et 17 500 euros en réparation de leurs préjudices.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de de l'article L. 3131-1 du code de la santé publique : " En cas de menace sanitaire grave appelant des mesures d'urgence, notamment en cas de menace d'épidémie, le ministre chargé de la santé peut, par arrêté motivé, prescrire dans l'intérêt de la santé publique toute mesure proportionnée aux risques courus et appropriée aux circonstances de temps et de lieu afin de prévenir et de limiter les conséquences des menaces possibles sur la santé de la population ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 3131-3 de ce code : " Nonobstant les dispositions de l'article L. 1142-1, les professionnels de santé ne peuvent être tenus pour responsables des dommages résultant de la prescription ou de l'administration d'un médicament en dehors des indications thérapeutiques ou des conditions normales d'utilisation prévues par son autorisation de mise sur le marché ou son autorisation temporaire d'utilisation, ou bien d'un médicament ne faisant l'objet d'aucune de ces autorisations, lorsque leur intervention était rendue nécessaire par l'existence d'une menace sanitaire grave et que la prescription ou l'administration du médicament a été recommandée ou exigée par le ministre chargé de la santé en application des dispositions de l'article L. 3131-1 () ". En outre, aux termes de l'article L. 3131-4 du même code : " Sans préjudice des actions qui pourraient être exercées conformément au droit commun, la réparation intégrale des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales imputables à des activités de prévention, de diagnostic ou de soins réalisées en application de mesures prises conformément aux articles L. 3131-1 ou L. 3134-1 est assurée par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales mentionné à l'article L. 1142-22 () ". Et aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 13 janvier 2010 2010 relatif à la campagne de vaccination contre le virus de la grippe A (H1N1) : " Toute personne vaccinée contre le virus de la grippe A (H1N1) 2009 par un vaccin appartenant aux stocks constitués par l'Etat bénéficie des dispositions de l'article L. 3131-4 du code de la santé publique. ".
3. Par arrêté en date du 4 novembre 2009, pris sur le fondement de l'article L. 3131-1 du code de la santé publique, la ministre de la santé et des sports a organisé, au titre des mesures d'urgence, une campagne de vaccination contre le virus H1N1 sur l'ensemble du territoire français entre le 20 octobre 2009 et le 1er octobre 2010. En outre, la vaccination a été effectuée au moyen de stocks constitués par l'Etat conformément à l'article 1er de l'arrêté du 13 janvier 2010 susvisé. En vertu de l'article L. 3131-4 du code de la santé publique, il appartient donc à l'ONIAM d'assurer la réparation intégrale des préjudices directement imputables à une telle mesure sanitaire d'urgence à condition qu'un lien direct soit établi par le demandeur entre ces préjudices et la vaccination intervenue dans le cadre de cette campagne.
4. D'une part, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise des professeurs J, pharmacologue, et H, neurologue, déposé dans le cadre de la procédure amiable, que les nombreuses enquêtes menées dans divers pays européens et en France ont montré une augmentation du risque de narcolepsie à la suite d'une vaccination contre le virus H1N1. Les études ont également permis d'observer une incidence accrue de la pathologie, notamment dans sa forme la plus grave accompagnée de cataplexie, dans les pays qui avaient eu majoritairement recours au vaccin Pandemrix, vaccin administré à M. C, plutôt qu'à d'autres sans adjuvant. L'agence nationale de sécurité du médicament a elle-même revu les données de pharmacovigilance relatives aux effets indésirables du vaccin Pandemrix en 2013, pour y intégrer le risque de narcolepsie.
5. D'autre part, il est constant que la communauté scientifique a caractérisé plusieurs critères en considération desquels le lien entre le vaccin contre le virus H1N1 et la narcolepsie doit être examiné, consistant dans l'existence d'une vaccination par le vaccin Pandemrix, le diagnostic de narcolepsie avec cataplexie, l'absence d'antécédent et le délai entre la vaccination et le début des symptômes. Les deux premiers critères sont caractérisés dans le cas de M. C. S'agissant du troisième critère relatif à l'absence d'antécédent de narcolepsie, il ne résulte pas de l'instruction que M. C présentait déjà des symptômes de narcolepsie avant sa vaccination. Dans ces conditions, le délai d'apparition des premiers symptômes de la narcolepsie après l'injection du vaccin apparaît comme le critère déterminant permettant d'apprécier le lien entre la vaccination et l'apparition de pathologie. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise se référant à une méta-analyse publiée en 2018, que le délai entre la vaccination et l'apparition de la maladie se situe généralement entre trois et six mois, une étude finlandaise faisant cependant état de ce que le taux d'incidence de la maladie rejoignait le niveau de référence deux ans après la vaccination, de sorte qu'un délai d'apparition plus éloigné de la date de vaccination peut se produire, dans un nombre réduit de cas. Il résulte également d'une étude française conduite en 2013 que le délai moyen entre la vaccination et l'apparition de symptômes d'endormissement au cours de la journée puis d'une cataplexie se situait respectivement à 2,5 mois et 4,5 mois tandis que le délai moyen du diagnostic se situait à 10,6 mois. Enfin, selon le communiqué de l'ANSM du 19 septembre 2013, le délai moyen d'apparition des premiers symptômes chez les adultes était de 4,7 mois (2 jours à 2,5 ans).
6. En l'espèce, alors même que le Dr J et le Dr H estiment que le lien de causalité entre la vaccination reçue par M. C et la narcolepsie dont il est atteint apparaît vraisemblable et retiennent une date d'apparition des symptômes en février 2010, soit deux mois après l'injection, les éléments médicaux produits par les requérants, soit une copie du carnet de santé de M. F C et les résultats d'examens biologiques et hormonaux des 14 mai et 5 juin 2010, sont insuffisants pour établir une date d'apparition des symptômes en février 2010, ainsi qu'il est allégué. De la même façon, le certificat médical du Dr B établi le 31 mai 2018, évoquant un début de somnolence à l'âge de douze ans, le certificat médical du Dr D en date du 28 juin 2018, mentionnant un lien possible entre l'affection et le vaccin Pandemrix et le compte rendu de consultation du Pr L, en date du 18 février 2020, précisant que la narcolepsie avait débuté en 2010 à l'âge de douze ans, postérieurs de plusieurs années à l'apparition des symptômes et fondés uniquement sur les déclarations rétrospectives du patient et de sa famille, ne permettent pas d'établir une date d'apparition des symptômes en février 2010. Enfin, la production d'un bulletin scolaire au titre de l'année 2009-2010 précisant que M. C doit être plus attentif en classe, un autre bulletin scolaire au titre de l'année 2013-2014, faisant état " d'un investissement toujours irrégulier en classe, parfois même de l'ordre de l'endormissement ", et les déclarations des parents de l'intéressé, mentionnant des endormissements répétés, notamment lors d'un séjour aux sports d'hiver en 2010 ou à l'occasion de dîners au restaurant ne sont pas de nature à établir que les premiers symptômes de narcolepsie-cataplexie sont apparus dans le délai maximal de vingt-quatre mois après la vaccination. Il résulte de ce qui précède que la narcolepsie avec cataplexie dont est atteint M. C ne peut être regardée comme imputable à sa vaccination contre la grippe A (H1N1) par Pandemrix du 4 décembre 2009.
7. Par suite, sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle expertise, les requérants ne sont pas fondés à demander réparation auprès de l'ONIAM des préjudices qu'ils estiment avoir subis par application des dispositions précitées du code de la santé publique. Les conclusions de leur requête doivent ainsi être rejetées, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles relatives aux dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. F C, Mme E C, M. K C et Mme G C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C, Mme E C, M. K C et Mme G C, et au directeur général de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux.
Délibéré après l'audience 16 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Versol, présidente,
M. Pény, premier conseiller,
M. Doan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
Le rapporteur,
A. A
La présidente,
F. Versol
La greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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01/06/2026
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