lundi 12 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2124911 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | SCHMELCK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 novembre 2021 et le 5 avril 2022, M. G A, M. B A ainsi que M. F C et Mme E A, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs H et D, représentés par Me Schmelck, demandent au tribunal :
1°) de condamner le Groupe hospitalier universitaire (GHU) Paris psychiatrie et neurosciences à leur verser les sommes suivantes en réparation des préjudices subis à la suite du décès de Mme I A le 15 août 2018 :
- 40 000 euros à M. G A, époux de la victime ;
- 30 000 euros chacun à M. B A et Mme E A, enfants de la victime ;
- 17 000 euros chacun à M. H J et Mme D C A, petits-enfants de la victime.
2°) de mettre à la charge du GHU Paris psychiatrie et neurosciences la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité du GHU Paris psychiatrie et neurosciences est engagée en raison d'un défaut de surveillance et d'un défaut d'organisation du service, fautes dont le décès de Mme A est la conséquence directe, sans qu'il puisse être retenu une minoration au titre de la perte de chance ;
- ils sont fondés à demander réparation de leurs préjudices propres à hauteur de 40 000 euros pour son époux, de 30 000 chacun pour ses deux enfants et de 17 000 euros chacun pour ses deux petits-enfants mineurs, au titre de leur préjudice d'affection respectif.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 février 2022 et le 26 avril 2022, le GHU Paris psychiatrie et neurosciences conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, demande à ramener les prétentions indemnitaires de la requête et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à de plus justes proportions.
Il fait valoir que :
- à titre principal, sa responsabilité n'est pas engagée en l'absence de faute en lien direct avec le décès de Mme A ;
- à titre subsidiaire, le défaut de surveillance allégué a uniquement pu faire perdre à Mme A une chance d'éviter son décès à hauteur de 20% et il y aurait alors lieu de ramener la réparation des préjudices de la famille à un montant de 4 000 euros pour son époux, 1 000 euros chacun pour ses enfants et 600 euros chacun pour ses petits-enfants.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lautard-Mattioli,
- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,
- les observations de Me Sergent, pour les consorts A,
- et les observations de Me Mellahi, pour le GHU Paris psychiatrie et neurosciences.
Considérant ce qui suit :
1. Mme I A, née le 22 décembre 1941, a été hospitalisée à compter du 15 mars 2018 au sein du service " addiction et suicidologie " de l'hôpital Saint-Anne, établissement du GHU Paris psychiatrie et neurosciences, sous le régime des soins psychiatriques libres, à la suite d'une tentative d'autolyse. Le 22 avril 2018, elle a tenté une deuxième fois de se mettre fin à ses jours lors d'une permission de sortie et a été hospitalisée à l'hôpital Saint Louis. Après un retour à l'hôpital Saint-Anne le 24 avril 2018, elle a été placée en unité de soins du 25 avril au 4 mai suivant à l'hôpital Cochin, puis a été transférée le 16 mai suivant au sein de l'unité " troubles de l'humeur " de l'hôpital Sainte-Anne, sans changement de son régime d'hospitalisation. Après avoir quitté cet établissement le 15 août 2018 sans permission de sortie, elle est décédée le même jour en se précipitant à l'arrivée d'une rame sur les voies de station Glacière (ligne 6 du métropolitain). Par courrier du 22 avril 2021, réceptionné le 23 avril suivant et resté sans réponse, M. G A, M. B A ainsi que M. F C et Mme E A, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs H et D ont adressé, par le truchement de leur conseil, au GHU Paris psychiatrie et neurosciences une réclamation préalable en vue d'être indemnisés de leurs préjudices propres résultant du décès de Mme I A. Par la présente requête, ils demandent au tribunal de condamner GHU Paris psychiatrie et neurosciences à leur verser la somme totale de 134 000 euros.
Sur la responsabilité de l'AP-HP :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. -Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 3211-2 du code de la santé publique : " Une personne faisant l'objet de soins psychiatriques avec son consentement pour des troubles mentaux est dite en soins psychiatriques libres. Elle dispose des mêmes droits liés à l'exercice des libertés individuelles que ceux qui sont reconnus aux malades soignés pour une autre cause. / Cette modalité de soins est privilégiée lorsque l'état de la personne le permet. ".
4. Pour établir l'existence d'une faute dans l'organisation du service hospitalier au titre du défaut de surveillance d'un patient atteint d'une pathologie psychiatrique, le juge doit notamment tenir compte, lorsque l'état de santé de ce patient fait courir le risque qu'il commette un acte agressif à son égard ou à l'égard d'autrui, non seulement de la pathologie en cause et du caractère effectivement prévisible d'un tel passage à l'acte, mais également du régime d'hospitalisation, libre ou sous contrainte, ainsi que des mesures que devait prendre le service, compte tenu de ses caractéristiques et des moyens dont il disposait.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment des comptes rendus d'hospitalisation et du relevé d'observations présents à son dossier médical, que Mme A était hospitalisée en régime de soins libres et que l'évolution partielle mais positive de son état de santé, notamment à la suite de l'introduction le 24 avril 2022 d'un traitement par Clomipranine/Anafranil, avait permis de mettre fin à sa surveillance suicidaire de premier niveau le 11 mai 2018, d'autoriser les promenades au parc accompagnée de son mari ou de ses enfants à compter de la même date, de la transférer vers une unité de moindre surveillance le 16 mai 2021, d'autoriser les promenades seule au parc plusieurs semaines avant son suicide et, enfin, alors que selon le compte-rendu d'hospitalisation dans le service " troubles de l'humeur ", " elle ne présentait plus d'idées noires apparentes ou exprimées ", de lui accorder une permission de sortie pour se rendre le 16 août 2018 chez le coiffeur, accompagnée de sa fille. Ces éléments ne permettent pas de considérer que le GHU Paris psychiatrie et neurosciences aurait dû préconiser la mise en œuvre d'une procédure d'hospitalisation à la demande d'un tiers eu égard au caractère prévisible du passage à l'acte. Dans ces conditions, la seule circonstance que Mme A ait pu échapper à la surveillance du personnel et quitter l'établissement, même, à supposer que cela soit établi, vêtue d'un bas de pyjama, ne permet pas à elle-seule, au regard de la pathologie de la patiente, du caractère effectivement prévisible d'un passage à l'acte, de son régime d'hospitalisation libre et des moyens dont disposait l'hôpital, de considérer, dans les circonstances de l'espèce, qu'elle aurait fait l'objet d'un défaut de surveillance de nature à établir une faute tirée du défaut d'organisation du service à l'origine directe du dommage.
6. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la responsabilité de l'AP-HP est engagée en raison du suicide commis par Mme A. Par suite, leur requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. G A, M. B A ainsi que M. F C et Mme E A, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs H et D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G A, M. B A, M. F C, Mme E A et au groupement hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences.
Délibéré après l'audience du 26 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marino, président,
M. Le Broussois, premier conseiller,
M. Lautard-Mattioli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2023.
Le rapporteur,
B. Lautard-Mattioli
Le président,
Y. MarinoLe greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2124911/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026