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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2125762

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2125762

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2125762
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre - R.222-13
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 décembre 2021, M. B E, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire n°10000-2021-222657 du 12 octobre 2021 par lequel la Ville de Paris a mis à sa charge la somme de 4 709,79 euros au titre d'un indu de revenu de solidarité active ;

2°) de le décharger du paiement de la somme de 4 709,79 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le titre exécutoire méconnaît l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- la CAF de Paris a manqué à son devoir d'information prévu aux articles L. 583-1 et R. 112-2 du code de la sécurité sociale pour l'informer des règles relatives à l'obligation de résidence stable en France ;

- il est fondé à se prévaloir du " droit à l'erreur " ;

- sa bonne foi est établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles,

- le code de la sécurité sociale,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pény pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Pény a donné lecture de son rapport au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E a perçu le revenu de solidarité active (RSA) à compter du 1er mai 2016. A la suite d'une enquête diligentée par la caisse d'allocations familiales (CAF) de Paris, un rapport a été établi mettant en évidence un séjour hors de France pendant 86 jours en 2019 et 265 jours en 2020. Par décision du 1er septembre 2021, la CAF de Paris a notifié à M. E un trop-perçu de RSA d'un montant de 4 709,79 euros pour la période de mai 2019 à septembre 2020 après prise en compte des mois passés hors de France. Cette dette de RSA ayant été transférée à la Ville de Paris en vue de son recouvrement, la Ville a notifié cet indu au requérant le 12 octobre 2021 et a émis, le même jour, un titre exécutoire à son encontre. M. E demande l'annulation de ce titre exécutoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales dans sa version applicable : " () 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public compétent vaut notification de ladite ampliation. Lorsque le redevable n'a pas effectué le versement qui lui était demandé à la date limite de paiement, le comptable public compétent lui adresse une mise en demeure de payer avant la notification du premier acte d'exécution forcée devant donner lieu à des frais. En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. () ".

3. Il résulte de l'instruction, notamment de l'attestation émise par la société DOCAPOST, que le bordereau dématérialisé concernant le titre en litige a été signé électroniquement le 12 octobre 2021 par M. A D, chef du service comptable de la direction des finances et des achats de la Ville de Paris. Il s'ensuit que M. E n'est pas fondé à soutenir que le titre en litige n'a pas été signé.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ".

5. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de RSA, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elle mentionne et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de RSA a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le RSA ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du RSA est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. E a omis de déclarer à la CAF qu'il séjournait à l'étranger pour la période de mai 2019 à septembre 2020. Si le requérant soutient être de bonne foi, il n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il aurait pris contact avec la CAF pour évoquer ses séjours à l'étranger alors que cette situation s'est prolongée durant un an et demi. Par suite, il est suffisamment établi que l'absence prolongée de France de M. E depuis mai 2019 n'a fait l'objet d'aucune information auprès de la CAF de Paris, alors que tout séjour à l'étranger supérieur à trois mois doit être signalé. Dans ces conditions, M. E ne pouvait ignorer qu'il était susceptible de ne plus remplir plus la condition de résidence mentionnée à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, créé par l'article 2 de la loi du 10 août 2018 pour un État au service d'une société de confiance : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude () ".

9. En l'espèce, M. E fait valoir son " droit à l'erreur ", en application des dispositions précitées. Toutefois, une décision de récupération d'indu ne constitue pas une sanction pécuniaire. Dès lors, son édiction n'est pas soumise au respect des dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

10. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la Ville de Paris et la caisse d'allocations familiales de Paris aient manqué à leur devoir d'information ni commis une faute au sens des dispositions des articles L. 583-1 et R. 112-2 du code de la sécurité sociale.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. E doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à la Ville de Paris et à la caisse d'allocations familiales de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

A. PényLa greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2125762/6-3

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