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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2125891

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2125891

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2125891
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 2e Chambre
Avocat requérantMICHALLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 décembre 2021 et le 1er juin 2022, la société Couvretoit, représentée par Me Michallon, demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2016 et 2017, ainsi que des intérêts de retard.

Elle soutient que :

- la réponse aux observations du contribuable n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision méconnaît l'article 8 du code général des impôts, puisqu'elle n'est pas redevable à l'impôt sur les sociétés en application des articles 206-3 et 239 du code général des impôts ;

- la décision méconnaît l'article 111 a du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai et le 7 juin 2022, la direction régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens présentés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pertuy,

- et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Couvretoit exerce une activité d'étanchéité, bardage et couverture dans le 12ème arrondissement de Paris. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017. L'administration, à l'issue des opérations de contrôle, a notifié à la requérante des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés. La société Couvretoit demande la décharge de ces impositions supplémentaires et des intérêts de retard correspondants.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à l'espèce : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Aux termes de l'article R*. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification, ou une réponse aux observations du contribuable, doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile.

3. En l'espèce, la proposition de rectification du 25 juin 2019 apporte l'ensemble des informations de nature à faire connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. Si la requérante soutient que l'administration n'a pas apporté une réponse suffisante à l'ensemble des observations du contribuable, elle ne précise pas, hors le regret portant sur le fait que l'administration n'ait pas adopté un plan identique à ses observations dans sa réponse, quelle contestation n'aurait pas fait l'objet d'une réponse conforme aux exigences précitées de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales. Le moyen doit, par suite, être écarté.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

4. En premier lieu, l'article 8 du code général des impôts prévoit que, à moins d'une option en faveur de l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés, est assujetti à l'impôt sur le revenu, pour les bénéfices qu'il en retire, l'associé unique d'une société à responsabilité limitée lorsque cet associé est une personne physique. Aux termes du 3 de l'article 206 du même code : " Sont soumis à l'impôt sur les sociétés s'ils optent pour leur assujettissement à cet impôt dans les conditions prévues à l'article 239 : () e. Les sociétés à responsabilité limitée dont l'associé unique est une personne physique ; () ". Aux termes de l'article 239 du même code : " 1. Les sociétés et groupements mentionnés au 3 de l'article 206 peuvent opter, dans des conditions qui sont fixées par arrêté ministériel, pour le régime applicable aux sociétés de capitaux. () / L'option doit être notifiée avant la fin du troisième mois de l'exercice au titre duquel l'entreprise souhaite être soumise pour la première fois à l'impôt sur les sociétés. Toutefois, en cas de transformation d'une société de capitaux en une des formes de société mentionnées au 3 de l'article 206 ou en cas de réunion de toutes les parts d'une société à responsabilité limitée entre les mains d'une personne physique, l'option peut être notifiée avant la fin du troisième mois qui suit cette transformation ou cette réunion pour prendre effet à la même date que celle-ci. Dans tous les cas, l'option exercée est irrévocable ". Aux termes de l'article 22 de l'annexe IV au code général des impôts, applicable eux exercices en litige : " La notification de l'option prévue à l'article 239 du code général des impôts est adressée au service des impôts du lieu du principal établissement de la société ou du groupement qui souhaite exercer cette option. / La notification indique la désignation de la société ou du groupement et l'adresse du siège social, les nom, prénoms et adresse de chacun des associés, membres ou participants, ainsi que la répartition du capital social ou des droits entre ces derniers. Elle est signée dans les conditions prévues par les statuts ou, à défaut, par tous les associés, membres ou participants. Il en est délivré récépissé () ".

5. Aux termes de l'article R. 123-1 du code de commerce, dans sa version alors applicable : " Les centres de formalités des entreprises reçoivent le dossier unique, prévu à l'article 2 de la loi n° 94-126 du 11 février 1994 relative à l'initiative et à l'entreprise individuelle et comportant les déclarations relatives à leur création, aux modifications de leur situation ou à la cessation de leur activité, que les entreprises sont tenues de remettre aux administrations, personnes ou organismes mentionnés à l'article 1er de la même loi ". Aux termes de son article R. 123-3 : " 1° Sous réserve des dispositions des 2° et 3°, les chambres de commerce et d'industrie créent et gèrent les centres de formalités des entreprises compétents pour : () b) Les sociétés

commerciales. () ". Aux termes de son article R. 123-5 : " () Toutefois, lorsque la déclaration comporte une demande d'immatriculation au registre du commerce et des sociétés, d'inscription modificative ou de radiation, le déclarant a la faculté de déposer le dossier de déclaration directement auprès du greffe du tribunal compétent pour y procéder. Dans ce cas, le greffe, qui conserve la demande d'inscription, transmet sans délai le dossier au centre de formalités des entreprises compétent. () ". Aux termes de l'article R. 123-17 du même code : " La déclaration présentée ou transmise au centre de formalités des entreprises compétent vaut déclaration auprès de l'organisme destinataire, dès lors qu'elle est régulière et complète à l'égard de ce dernier ".

6. En application des dispositions citées aux points 4 et 5 ci-dessus, pour exercer valablement leur option pour l'imposition selon le régime propre aux sociétés de capitaux, les sociétés de personnes doivent soit notifier cette option au service des impôts du lieu de leur principal établissement, conformément aux prescriptions de l'article 239 du code général des impôts et de l'article 22 de l'annexe IV à ce code, soit cocher la case prévue à cet effet sur le formulaire remis au centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce dont elles dépendent à l'occasion de la déclaration de leur création ou de leur modification, manifestant ainsi sans ambiguïté l'exercice de leur option. Si les dispositions de ces articles n'ont ni pour objet, ni pour effet de dispenser de ces formalités les sociétés ou groupements mentionnés au 3 de l'article 206 du code général des impôts qui opteraient pour leur assujettissement à cet impôt alors qu'ils n'y étaient pas précédemment soumis, il en va autrement dans l'hypothèse où une société à responsabilité limitée décide, au moment de la réunion de toutes ses parts entre les mains d'un associé unique, de demeurer assujettie à l'impôt sur les sociétés. Une telle entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée est réputée avoir régulièrement exercé l'option offerte au

3 de l'article 206 si elle a opté dans ses statuts, dans le délai prévu à la deuxième phrase du deuxième alinéa de l'article 239, pour l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés, et si elle a, au titre du premier exercice clos après la réunion des parts dans une même main, déclaré ses résultats sous le régime de l'impôt sur les sociétés.

7. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, qu'à la suite de la réunion de l'ensemble de ses parts entre les mains d'un seul associé le 17 octobre 2011, la société à responsabilité limitée Couvretoit a modifié ses statuts pour y mentionner qu'elle optait pour l'impôt sur les sociétés avant de les enregistrer au greffe du tribunal de commerce et, d'autre part, que depuis sa transformation en entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée, elle a spontanément et constamment déposé auprès de l'administration fiscale ses déclarations d'impôt sur les sociétés. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 ci-dessus que l'administration fiscale pouvait déduire à bon droit de ces circonstances que la société requérante devait être regardée comme ayant exercé l'option prévue par l'article 239 du code général des impôts pour son assujettissement à l'impôt sur les sociétés.

8. Il résulte, en deuxième lieu, de ce qui précède, que dès lors que la société était redevable de l'impôt sur les sociétés, le moyen tiré de ce qu'à défaut d'option à l'impôt sur les sociétés, aucun rappel ne pouvait être présumé distribué, ne peut qu'être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 111 a du code général des impôts dans sa version alors applicable : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes () ". Il résulte de ces dispositions que les avances, prêts ou acomptes consentis aux associés sont présumés distribués, sauf preuve contraire apportée par le contribuable concerné.

10. En l'espèce, il est constant la société civile immobilière Balcon de l'étang, dont l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Couvretoit détient 20 % des parts, a acquis un appartement le 19 mai 2016 à Saint-Mandé, occupé par M. A, associé unique de la société civile immobilière Balcon de l'étang aux côtés de l'EURL Couvretoit et actionnaire unique de l'EURL. Il est également constant que l'EURL Couvretoit a participé au financement partiel du prêt bancaire souscrit par la société civile immobilière en vue de l'achat de cet appartement, sans qu'aucun contrat ait été établi en vue du remboursement, à hauteur de 74 % des échéances en 2016 et 40 % en 2017, participant au remboursement du prêt bien au-delà du quantum des parts qu'elle détient dans la société civile immobilière. M. A versait, sur la même période, pour sa part, un loyer inférieur au montant des mensualités de remboursement du prêt. L'administration fiscale pouvait donc, à bon droit, et alors que la requérante n'apporte aucun document de nature à démontrer que ces sommes devraient recevoir une qualification alternative, regarder les sommes versées par l'EURL à la société civile immobilière comme constituant des avances consenties à M. A au sens de l'article 111 a précité et, par suite, des revenus distribués.

Sur les conclusions tendant au versement des intérêts moratoires :

11. Aux termes de l'article 1727 du code général des impôts : " I. - Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard () ". Par voie de conséquence du rejet des conclusions présentées à fin de décharge des cotisations d'impôt sur les sociétés, et dès lors que la contestation des intérêts de retard n'est assortie d'aucun moyen propres, les conclusions présentées aux fins de décharge de ces intérêts doivent être rejetées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Couvretoit n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2016 et 2017, ainsi que des intérêts de retard.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Couvretoit est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Couvretoit et à la direction régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bachoffer, président,

M. Pertuy, premier conseiller,

M. Amadori, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

Le rapporteur,

I. PERTUY

Le président,

B. BACHOFFER La greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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