mardi 21 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2126150 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CMS FRANCIS LEFEBVRE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2021, Mme B H, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 octobre 2021 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement pour faute ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme H soutient que :
-la procédure est irrégulière car le président du conseil social et économique (CSE),
M. A, était seulement directeur de site et ne pouvait pas présider le CSE ; de plus, il n'est pas établi que l'ensemble des membres et les représentants syndicaux auraient été convoqués ; en outre, l'employeur n'a pas transmis les informations nécessaires pour l'information du CSE ;
- son employeur n'a pas respecté ses obligations de protection alors qu'elle était harcelée et que son état de santé s'est dégradé ; aucune disposition ne permet au CSSCT de diligenter une enquête ;
- elle n'a pas commis de faute ; aucune date précise quant à son absence n'est précisée ; ses bulletins de paie ne mentionnent pas d'absence entre juillet novembre 2021 ; sur l'absence à la visite médicale du 19 juillet 2021, n'ayant pas retiré son courrier, elle ignorait qu'elle devait se rendre à une visite médicale ;
- il y a un lien avec l'exercice de son mandat
Par un mémoire en défense du 15 décembre 2021, la direction régionale de l'économie, de l'emploi du travail et des solidarités (DREETS) a informé le tribunal de l'intervention d'un recours hiérarchique dirigé contre la décision attaquée.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 avril 2022 et 4 juillet 2022, la société Main Sécurité, représentée par Me Olivier, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de Mme H une somme de 2 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la requête est irrecevable car M. C n'a pas qualité pour représenter Mme H et qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire, enregistré le 6 juillet 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance du 22 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 janvier 2023 à 12 heures.
Des pièces complémentaires, produites par la société Main Sécurité ont été enregistrées le 11 janvier 2023.
Des mémoires enregistrés les 3 et 6 février 2023 ont été produits pour Mme H.
Vu les autres pièces du dossier. Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Dubois, rapporteur public,
- les observations de Mme F, défenseur syndical assistant Mme H et de Me Ben Kirane pour la société Main Sécurité.
Considérant ce qui suit :
1. La société Main Sécurité a, le 31 août 2021, saisi l'inspection du travail d'une demande d'autorisation de licenciement pour motif disciplinaire de Mme H, salariée de l'entreprise depuis 2012, occupant les fonctions d'agent des services sécurité incendie, et exerçant le mandat de membre titulaire du comité social et économique. Par une décision du 7 octobre 2021, l'inspecteur du travail a autorisé le licenciement de la salariée. Le
2 décembre 2021, Mme H a formé devant la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion un recours hiérarchique contre cette décision. Le ministre a confirmé, par sa décision du 15 juin 2022, la décision de l'inspecteur de travail et rejeté le recours de la requérante. Par la présente requête, Mme H demande l'annulation de la décision de l'inspecteur du travail, ensemble la décision du ministre du travail.
2. En vertu des dispositions du code du travail, en particulier des celles des 1° et 2° de l'article L. 2411-1 et des articles L. 2411-3 et L. 2411-5, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, notamment les délégués syndicaux et les membres élus du comité social et économique, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la procédure devant le comité social et économique :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 2421-3 du code du travail : " Le licenciement envisagé par l'employeur d'un membre élu à la délégation du personnel au comité social et économique titulaire ou suppléant ou d'un représentant syndical au comité social et économique ou d'un représentant de proximité est soumis au comité social et économique, qui donne un avis sur le projet de licenciement dans les conditions prévues à la section 3 du chapitre II du titre Ier du livre III ". Aux termes de l'article L. 2315-23 du même code : " Le comité social et économique est doté de la personnalité civile et gère son patrimoine. Il est présidé par l'employeur ou son représentant, assisté éventuellement de trois collaborateurs qui ont voix consultative. Le comité désigne, parmi ses membres titulaires, un secrétaire et un trésorier. ".
4. Saisie par l'employeur d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé auquel s'appliquent ces dispositions, il appartient à l'administration de s'assurer que la procédure de consultation du comité social et économique a été régulière. Elle ne peut légalement accorder l'autorisation demandée que si le comité social et économique a été mis à même d'émettre son avis en toute connaissance de cause, dans des conditions qui ne sont pas susceptibles d'avoir faussé sa consultation.
5. Au soutien de ses conclusions, Mme H fait valoir, tout d'abord, que la procédure de consultation du comité social et économique est irrégulière, eu égard à la circonstance que le président dudit comité, M. A, étant seulement directeur d'agence, ne pouvait le présider. Toutefois, il ressort des pièces qu'une subdélégation de pouvoirs a été donnée par M. E, directeur de la zone Ile de France, à M. A le 2 janvier 2021, relative aux pouvoirs pour représenter la société Main Sécurité aux réunions du comité social et économique. Le moyen doit être écarté.
6. Il ressort, ensuite, des pièces du dossier, en particulier des avis de réception et des courriers électroniques produits, que tous les membres titulaires du CSE et les délégués syndicaux ont reçu une convocation à laquelle était jointe l'ordre du jour pour la réunion du 25 août 2021. Le moyen manque en fait et doit être écarté.
7. Il ressort, également, des pièces du dossier que la note d'information remise au comité social et économique comprenait des informations précises sur le licenciement envisagé et sur les mandats détenus par la requérante. Ainsi, Mme H n'est pas fondée à soutenir que les membres de ce comité n'auraient pas bénéficié d'informations précises leur permettant de rendre un avis en toute connaissance de cause.
8. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure d'information et de consultation du comité social et économique doivent être écartés.
En ce qui concerne la qualification des faits reprochés :
9. D'une part, dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressée et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. D'autre part, dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un acte ou un comportement du salariée qui, ne méconnaissant pas les obligations découlant pour lui de son contrat de travail, ne constitue pas une faute, il appartient à l'inspecteur du travail, et le cas échéant au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits en cause sont établis et de nature, compte tenu de leur répercussion sur le fonctionnement de l'entreprise, à rendre impossible le maintien du salariée dans l'entreprise, eu égard à la nature des fonctions de l'intéressée et à l'ensemble des règles applicables à son contrat de travail. Un agissement du salarié intervenu en dehors de l'exécution de son contrat de travail ne peut motiver un licenciement pour faute, sauf s'il traduit la méconnaissance par l'intéressée d'une obligation découlant de ce contrat.
10. Pour solliciter l'autorisation de licencier Mme H pour motif disciplinaire, la société Main Sécurité a fait valoir, d'une part, que la salariée ne s'était pas rendue à la visite médicale du 19 juillet 2021 et, d'autre part, qu'elle était absente de son lieu de travail, sans justification, depuis le 15 juillet 2021. Mme H a admis que faute pour elle d'avoir été chercher le courrier recommandé la convoquant à la visite médicale, elle ne s'y était pas rendue. Il ressort aussi des pièces du dossier que la requérante, initialement affectée sur le site du Quai d'Orsay, a refusé d'y reprendre son poste en juillet 2021, au motif que la confrontation avec le client, qui avait, en mai 2019, demandé qu'elle quitte le site, n'a pu être organisée, le client refusant toute discussion sur ce point avec l'intéressée. Il résulte de ce qui précède que l'inspecteur du travail puis la ministre du travail ont pu légalement estimer que ses agissements, pris ensemble, caractérisaient la volonté de l'intéressée de s'affranchir des règles de l'entreprise et des consignes de son employeur et étaient d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement.
11. Si Mme H fait valoir, également, qu'elle a subi un harcèlement de la part de son interlocuteur principal au Quai d'Orsay , puis de la part des directeurs d'agence de la société Main Sécurité, M. A et M. G, elle n'apporte aucun élément précis et circonstancié au soutien de ses allégations et n'établit pas avoir averti son employeur d'un comportement harcelant de la part du client chez lequel elle était affectée. Si elle prétend aussi que son employeur n'a pas respecté son obligation en termes de santé et de sécurité au travail, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a refusé un rendez-vous avec le psychologue de l'entreprise malgré une proposition de l'employeur et que ce dernier a organisé une visite
médicale auprès de la médecine du travail au bénéfice de Mme H. Enfin, si la requérante critique l'enquête diligentée par la commission santé, sécurité et conditions de travail, dépourvue de valeur juridique, il ressort des pièces du dossier qu'elle avait elle-même sollicitée par courrier du 20 septembre 2020 l'intervention du secrétaire de ce comité. Le moyen manque en fait.
12. En dernier lieu, le licenciement d'un salarié protégé ne peut être autorisé s'il est en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. A ce titre, l'article R. 2421-16 du code du travail prévoit que, saisis d'une demande d'autorisation de licencier un salarié protégé, " l'inspecteur du travail et, en cas de recours hiérarchique, le ministre examinent notamment si la mesure de licenciement envisagée est en rapport avec le mandat détenu, sollicité ou antérieurement exercé par l'intéressé ". Il appartient ainsi à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre du travail, d'opérer un tel contrôle au regard des circonstances de fait et de droit prévalant à la date de leur décision. En l'espèce, aucune pièce du dossier ne permet d'établir que l'intéressée aurait fait l'objet de pression et de discrimination en lien avec son mandat.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme H n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 7 octobre 2021 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement pour faute disciplinaire. Doivent également rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision confirmative du ministre prise, le 15 juin 2022, sur recours hiérarchique.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance la somme que demande la requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter également les conclusions de la société Main Sécurité au titre des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme H est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la société Main Sécurité sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B H, à la société Main Sécurité et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient : Mme Hermann Jager, présidente,
Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère, Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.
La rapporteure,
T. D
La présidente
V. HERMANN JAGER
La greffière,
C. YAHIAOUI
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026