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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2126289

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2126289

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2126289
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantCABINET SAMSON (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 décembre 2021 et le 17 mai 2022, M. A B, représenté par Me Samson, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 décembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de lui communiquer le relevé d'information intégral de son permis de de conduire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui communiquer le document demandé par courrier électronique dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision implicite de refus née du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur sa demande du 7 décembre 2021 ;

- le relevé d'information intégral de son permis de conduire est un document administratif communicable en application des articles L. 225-3 du code de la route et L. 311-9 du code des relations entre le public et l'administration selon l'une des quatre modalités prévues par cet article sans que cette modalité puisse lui être imposée et sans que des conditions supplémentaires puissent être ajoutées ; en particulier, le ministre ne peut légalement en refuser la communication par voie électronique, par le bureau national des droits à conduire qui en dispose nécessairement, alors même qu'il appartient aux services préfectoraux de le faire, ou au motif que la demande doit être faite au préfet ou à l'agent diplomatique ou consulaire compétent.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la décision attaquée émanant de l'agence nationale des titres sécurisés, établissement public doté de la personnalité morale, il doit être mis hors de cause ;

- si le relevé d'information intégral d'un permis de conduire est un document administratif communicable et peut être sollicité par courrier électronique, la demande de communication doit être présentée à la préfecture du département de résidence de l'intéressé ou, pour les résidents étrangers, à l'agent diplomatique ou consulaire compétent ou au préfet ayant délivré le permis de conduire pour qu'il le communique audit agent ;

- il n'entre pas dans les attributions du bureau national des droits à conduire de communiquer à tout usager le relevé d'information intégral de son permis de conduire ;

- si le code des relations entre le public et l'administration impose à l'autorité saisie d'une demande de communication d'un document administratif qu'elle ne détient pas de transmettre cette demande à l'autorité compétente pour y répondre, la méconnaissance de cette règle demeure en tout état de cause sans influence sur la légalité du refus de transmission, par l'autorité initialement saisie, d'un document qu'elle n'est pas compétente pour communiquer ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- l'arrêté du 29 juin 1992 portant création du système national des permis de conduire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Julinet, premier conseiller ;

- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier électronique du 23 septembre 2021 adressé au ministre de l'intérieur et à l'agence nationale des titres sécurisés, M. A B, résidant à Andorre-la-Vieille, dans la principauté d'Andorre, a demandé, par l'intermédiaire de son avocat, la communication par courrier électronique du relevé d'information intégral de son permis de conduire. Par une décision du 4 octobre 2021, le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande. Le 12 octobre 2021, M. B a saisi la commission d'accès aux documents administratifs, qui a émis un avis favorable à sa demande le 7 décembre 2021. Le jour même, M. B a réitéré sa demande auprès du ministre de l'intérieur et de l'agence nationale des titres sécurisés. Par un courrier électronique du même jour, l'agence nationale des titres sécurisés l'a invité à contacter la préfecture de son lieu de résidence. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née, en application de l'article R. 343-5 du code des relations entre le public et l'administration, du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur cette demande plus de deux mois à compter de la saisine de la commission d'accès aux documents administratifs.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du mémoire produit en défense, que le ministre de l'intérieur a refusé de communiquer à M. B le relevé d'information intégral de son permis de conduire aux motifs que la demande de communication du relevé d'information intégral d'un permis de conduire doit être présentée à la préfecture du département de résidence de l'intéressé ou, pour les personnes résidant à l'étranger, à l'agent diplomatique ou consulaire compétent ou au préfet ayant délivré le permis de conduire pour qu'il le communique audit agent et qu'il n'entre pas dans les attributions du bureau national des droits à conduire de communiquer à tout usager le relevé d'information intégral de son permis de conduire.

3. Aux termes de l'article L. 225-3 du code de la route : " Le titulaire du permis de conduire et le conducteur mentionné au I de l'article L. 223-10 ont droit à la communication du relevé intégral des mentions le concernant. Cette communication s'exerce dans les conditions prévues par le livre III du code des relations entre le public et l'administration ".

4. En outre, en application de l'article R. 225-6 du même code : " I.­ La communication au titulaire du permis de conduire, ou au conducteur mentionné au I de l'article L. 223-10, du relevé intégral des mentions le concernant mentionné à l'article L. 225-3 est assurée par le préfet du département dans lequel il a établi son domicile, ou s'il réside à l'étranger, par l'agent diplomatique ou le consul compétent. / II.- Le titulaire du permis de conduire ou le conducteur mentionné au I de l'article L. 223-10, son avocat ou son mandataire reçoit, à sa demande, communication des informations mentionnées à l'article L. 225-5 par l'intermédiaire du préfet. / () ".

5. Enfin, aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé ".

6. Il résulte des dispositions des articles L. 225-1 et R. 225-1 à R. 225-3 du code de la route et 1 à 4 de l'arrêté du 29 juin 1992 portant création du système national des permis de conduire que le relevé des mentions concernant le titulaire d'un permis de conduire est généré par l'extraction du système national des permis de conduire des informations le concernant enregistrées dans ce traitement automatisé d'informations nominatives relatives aux permis de conduire un véhicule terrestre à moteur, géré, sous l'autorité et le contrôle du ministre de l'intérieur, par le bureau national des droits à conduire du ministère de l'intérieur. Dès lors, ce document est détenu, au sens du code des relations entre le public et l'administration, par le bureau des droits à conduire.

7. Par ailleurs, il résulte des dispositions des articles L. 225-4, L. 225-5, R. 225-4 et R. 225-5 du code de la route et 5 et 6 de l'arrêté du 29 juin 1992 portant création du système national des permis de conduire que seules les autorités et les personnes qu'elles énumèrent peuvent accéder directement à ces informations ou en recevoir communication par l'intermédiaire du bureau national des droits à conduire et des dispositions précitées de l'article R. 225-6 du code de la route qu'il n'appartient qu'au préfet du département de résidence du titulaire du permis de conduire ou, si celui-ci réside à l'étranger, à l'agent diplomatique ou consulaire compétent de les lui communiquer. Toutefois, ces dispositions n'ont ni pour objet ni pour effet d'imposer au titulaire du permis de conduire de présenter sa demande de communication à ces dernières autorités.

8. Dès lors, si M. B, résidant à Andorre-la-Vieille, dans la principauté d'Andorre, a incompétemment saisi le ministre de l'intérieur, il appartenait à celui-ci, en application des dispositions précitées de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration et contrairement à ce qu'il soutient, de transmettre sa demande à l'ambassadeur de France à Andorre pour qu'il y donne suite en obtenant du bureau national des droits à conduire, par l'intermédiaire du préfet ayant délivré le permis de conduire, le relevé d'information intégral demandé afin de le communiquer à M. B. Par suite, en rejetant implicitement la demande pour ce motif, le ministre de l'intérieur a commis une erreur de droit.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de lui communiquer le relevé d'information intégral de son permis de conduire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement d'enjoindre au ministre de l'intérieur de transmettre à l'ambassadeur de France à Andorre, pour qu'il y fasse droit, à défaut de lui transmettre directement le document demandé en vue de sa remise à l'intéressé, la demande de M. B tendant à la communication du relevé d'information intégral de son permis de conduire, dans un délai de quinze jours à compter du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de communiquer à M. B le relevé d'information intégral de son permis de conduire est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de transmettre à l'ambassadeur de France à Andorre, pour qu'il y fasse droit, la demande de M. B tendant à la communication du relevé d'information intégral de son permis de conduire, dans un délai de quinze jours à compter du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. B au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Blusseau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

Le rapporteur,

S. JULINET

La présidente,

S. AUBERTLa greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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