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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2126583

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2126583

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2126583
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantGUITTON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 décembre 2021 et le 10 octobre 2022, Mme C B, représentée par Me Guitton, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 avril 2021, révélée par un courrier du 14 avril suivant, par laquelle la commission déléguée accord collectif catégorie 1 de Paris a rejeté son recours gracieux en date du 4 mars 2021 contre sa précédente décision du 8 janvier 2021 par laquelle elle ne l'a pas reconnue comme public bénéficiaire de l'accord collectif départemental catégorie 1 ;

2°) d'enjoindre à ladite commission de réexaminer sa situation dans les meilleurs délais.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et méconnaît ainsi les dispositions de l'article L. 441-2-2 du code de la construction et de l'habitation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de visite préalable du logement ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2022, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- l'accord collectif départemental de Paris signé le 1er octobre 2013 modifié,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thulard, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de M. E pour la ville de Paris.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que Mme C B, née le 12 mars 1975, a déposé une demande tendant à se voir reconnaître comme bénéficiaire de l'accord collectif départemental catégorie 1 de Paris. Cette demande a été rejetée par une décision en date du

8 janvier 2021, révélée par un courrier du 11 janvier suivant, de la commission déléguée accord collectif catégorie 1 de Paris, au motif que sa situation ne relevait pas d'une extrême urgence de relogement compte-tenu de l'absence de décision de justice prononçant son expulsion. L'intéressée a présenté un recours gracieux contre cette décision le 4 mars 2021. Ce recours a été expressément rejeté par une décision de la commission déléguée accord collectif catégorie 1 de Paris en date du 9 avril 2021, révélée par un courrier du 14 avril suivant. Par le présent recours en excès de pouvoir, Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision du

9 avril 2021.

Sur le cadre du litige :

2. D'une part, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il en résulte qu'en l'espèce, les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir présentées par Mme B à l'encontre de la décision de la commission déléguée accord collectif catégorie 1 du département de Paris en date du 9 avril 2021, révélée par un courrier du 14 avril suivant, portant rejet de son recours gracieux, doivent être regardées comme étant également dirigées à l'encontre de la décision en date du 8 janvier 2021 de ladite commission, révélée par un courrier du 11 janvier suivant.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 441-1-2 du code de la construction et de l'habitation : " Dans chaque département, le représentant de l'Etat conclut tous les trois ans un accord collectif avec les organismes disposant d'un patrimoine locatif social dans le département. Les représentants des organismes titulaires de droits de réservation sur des logements inclus dans ce patrimoine peuvent être signataires de l'accord. Cet accord, qui doit respecter la mixité sociale des villes et des quartiers et tenir compte, par secteur géographique, des capacités d'accueil et des conditions d'occupation des immeubles constituant le patrimoine des différents organismes, définit : / -pour chaque organisme, un engagement annuel quantifié d'attribution de logements aux personnes connaissant des difficultés économiques et sociales, notamment aux personnes et familles mentionnées à l'article 4 de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 précitée dont les besoins ont été identifiés dans le plan local d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées ; / -les moyens d'accompagnement et les dispositions nécessaires à la mise en œuvre et au suivi de cet engagement annuel () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; () / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".

5. L'accord collectif de Paris, conclu le 1er octobre 2013 en application des dispositions citées ci-dessus, prévoit, en son article 1er, que : " L'accord collectif a pour objectif d'apporter une solution de relogement dans les meilleurs délais aux ménages susceptibles d'accéder à un logement autonome et confrontés aux difficultés sociales et de logement les plus aigües () et répondant aux critères définis ci-dessous : / Catégorie 1 : les ménages à faibles ressources nécessitant un relogement urgent et rencontrant des difficultés sociales, familiales, professionnelles ou de santé sérieuses, et/ou pour lesquels le relogement conforte un processus d'insertion. () ". Aux termes de l'article 6 du même accord : " () Il est constitué deux commissions déléguées, dénommées respectivement " commission déléguée 1 ", pour l'examen des demandes des ménages à faibles ressources nécessitant un relogement urgent, et " commission déléguée 2 ", pour l'examen des demandes des ménages concernés par les problématiques d'habitat indigne, tels que définis à l'article 1 du présent accord. () Les commissions déléguées établissent et mettent à jour la liste des ménages agréés qui devront être relogés au titre du présent accord () ". L'appréciation par laquelle les commissions instituées par ce dernier article estiment qu'un demandeur de logement social remplit les conditions pour être regardé comme prioritaire au titre des engagements d'attribution prévu par cet accord s'exerce sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir.

Sur les conclusions de la requête :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 441-2-2 du code de la construction et de l'habitation : " Tout rejet d'une demande d'attribution doit être notifié par écrit au demandeur, dans un document exposant le ou les motifs du refus d'attribution. ". Ces dispositions spéciales sont dérogatoires aux règles générale de motivation des décisions administratives issues du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte, ainsi que le fait d'ailleurs valoir à raison en défense la ville de Paris, que le rejet d'une demande d'attribution de logement social par un organisme d'habitation à loyers modérés n'a pas, sous peine d'illégalité, à contenir une motivation en droit mais doit préciser le ou les motifs de fait le justifiant.

7. Toutefois, il ressort des termes mêmes de l'accord collectif départemental de Paris signé le 1er octobre 2013 modifié que la décision par laquelle la commission déléguée reconnaît un demandeur comme relevant du public bénéficiaire de catégorie 1 ne constitue pas une décision d'attribution de logement social. Aux termes en particulier de son article 6, les commissions déléguées dite 1 et 2 " établissent et mettent à jour la liste des ménages agréées qui devront être relogés au titre du présent accord " et assurent la transmission aux bailleurs signataires de ladite liste. Ce sont ensuite les bailleurs sociaux qui procèdent à l'attribution des logements de leur parc mis à disposition de l'accord collectif, en tenant compte notamment de l'occupation sociale de leurs sites, de l'adéquation loyer/ressources ou de l'ancienneté de la labellisation. Il en résulte que les règles relatives à la motivation des décisions de rejet de demandes d'attribution de logement social prévues à l'article L. 441-2-2 du code de la construction et de l'habitation ne sont pas applicables à la présente instance.

8. Par suite, Mme B ne peut utilement soutenir que la décision attaquée serait insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 441-2-2 du code de la construction et de l'habitation.

9. En deuxième lieu, les décisions de refus attaquées par la requérante ont été prises au motif tiré de l'absence de caractère urgent, au sens et pour l'application de l'article 1er de accord collectif de Paris, conclu le 1er octobre 2013, à reloger Mme B et ses deux enfants. Sur ce point, quand bien même le " guide pratique " élaboré par les services de la ville de Paris et de la préfecture de la région d'Ile-de-France produit en défense n'a aucune valeur réglementaire et n'est donc pas directement opposable, il éclaire l'intention des signataires de l'accord collectif de Paris, notamment la nécessité dans laquelle ils se trouvent de limiter son bénéfice aux situations d'extrême urgence, compte-tenu de la pénurie de logements sociaux disponibles à Paris.

10. Au regard en outre de l'office du juge dans la présente affaire tel que rappelé au point 5, il y a lieu de déterminer cette urgence aux dates des 8 janvier et 9 avril 2021, dates auxquelles les décisions querellées ont été prises, et non à la date du présent jugement.

11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B occupe un appartement de type T2 situé 7, rue Morand à Paris (75011) depuis 2006, lequel présente une surface suffisante pour qu'une situation de sur-occupation ne soit pas constituée. Il est constant qu'elle n'a pas été reconnue bénéficiaire du droit au logement opposable par la commission de médiation instituée par l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation malgré des demandes en ce sens et que son logement n'était pas reconnu comme insalubre les 8 janvier et 9 avril 2021. Il n'est pas non plus démontré ni même allégué qu'il aurait alors eu vocation à l'être. Si Mme B se plaint de problèmes d'humidité affectant son logement, un audit environnemental dans l'habitat a été réalisé par la ville de Paris en 2017. Le rapport du

19 décembre 2017 s'y rapportant indique que, si des moisissures ont été relevées, la surface cumulée contaminée représente une " petite surface pour l'ensemble du logement ((3m²) " et que les " concentrations fongiques mesurées dans la poussière du matelas du bébé sont inférieures aux valeurs moyennes mesurées habituellement ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que les conseils prodigués à l'issue de ce rapport, et qui se limitaient pour l'essentiel à une décontamination fongique hebdomadaire et à l'amélioration de la ventilation, n'auraient pas suffi à réduire voire éliminer ce problème d'humidité. Par ailleurs, si le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, a informé Mme B par un courrier du 21 août 2018 que son logement présentait un risque d'accessibilité au plomb dans ses peintures, des travaux ont été entrepris entre cette date et celles des décisions attaquées par le propriétaire de l'intéressée. Un diagnostic réalisé par une entreprise spécialisée après visite sur place le 6 novembre 2020 relevait certes que ces travaux avaient été insuffisants et que certains éléments unitaires continuaient de présenter un revêtement plombé et dégradé mais il ne s'agissait en l'espèce que de deux portes et de leurs bâtis, ainsi que du plafond de la chambre. Par ailleurs, les dégradations affectaient chacun de ces éléments pour moins de 10% de leur surface. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'au regard de leur localisation et de leur étendue, ces éléments induisaient un risque majeur et immédiat d'intoxication au plomb des occupants du logement, ni que des travaux de mise en norme ne pouvaient pas y mettre un terme rapidement. La ville de Paris fait d'ailleurs valoir, en se prévalant de résultats d'analyse sanguine, qu'aucune intoxication par le plomb des enfants de A B n'a été documentée. Si la requérante fait également valoir qu'il y aurait urgence à la reloger dès lors que son logement est situé au 4ème étage sans ascenseur et qu'elle souffre d'incapacité, son taux a été fixé à moins de 50% et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait dans l'impossibilité de se déplacer de manière autonome depuis et vers son logement.

12. De plus, s'il est vrai qu'une procédure de mise en sécurité ordinaire a été engagée à compter du 28 mai 2021 par le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, sur le fondement des articles L. 511-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation compte-tenu de risques dans les parties communes de l'immeuble de Mme B, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas allégué que ce risque pour la sécurité aurait été présent dès les

8 janvier et 9 avril 2021 et il n'a en toute hypothèse pas été considéré comme relevant d'une situation de péril imminent.

13. Enfin, si la requérante se prévaut d'un certificat médical concernant un de ses enfants, ce dernier a été établi le 4 avril 2022, soit postérieurement aux décisions attaquées, et ne révèle pas par les termes qu'il emploie une situation qui lui préexisterait.

14. Dans ces conditions et quand bien même Mme B souligne à raison le caractère inconfortable de son logement, son relogement ne peut être considéré comme relevant de la particulière urgence à laquelle les signataires de l'accord départemental de Paris ont entendu subordonné la reconnaissance d'un demandeur comme public bénéficiaire de l'accord collectif départemental de catégorie 1. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission déléguée accord collectif catégorie 1 de Paris a pris les décisions attaquées.

15. En troisième lieu, le " guide pratique " élaboré par les services de la ville de Paris et de la préfecture de la région d'Ile-de-France produit en défense n'a, comme il l'a été dit, aucune valeur réglementaire et la requérante ne saurait donc utilement s'en prévaloir pour faire valoir que les décisions attaquées seraient entachées d'un vice de procédure. Au demeurant, s'il est vrai que ce guide pratique prévoit en son point 2.2 l'organisation d'une visite des lieux par l'administration, celle-ci ne doit être organisée que lorsque le lien entre l'aggravation de l'état de santé du demandeur et son logement ou l'inadaptation de son logement à son handicap est établi, ce qui n'est pas le cas en l'espèce ainsi qu'il l'a été dit aux points 11 à 13.

16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être écartées, ainsi que, par suite, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la maire de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

V. D

Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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