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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2126830

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2126830

mercredi 10 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2126830
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantVERNASSIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 décembre 2021, 8 septembre 2022 et 6 septembre 2023, la société Les Saisons Lamartine, représentée par Me Vernassière, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la Ville de Paris a implicitement rejeté sa demande préalable indemnitaire formée le 3 septembre 2021 ;

2°) de condamner la Ville de Paris à lui verser la somme de 30 918,04 euros hors taxe en réparation des préjudices subis, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande préalable indemnitaire ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise afin de chiffrer les pertes d'exploitation subies sur la période du 20 mai 2021 au 15 juin 2021 ;

4°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les travaux réalisés sur le trottoir contigu à l'emprise de l'établissement qu'elle exploite engagent la responsabilité sans faute de la Ville de Paris ;

- ils ont impacté son activité économique de restauration dès lors qu'elle a été empêchée d'installer une terrasse ;

- il n'est pas démontré que la société Enedis est intervenue en qualité de maître d'ouvrage des travaux réalisés ;

- elle a été victime d'un dommage anormal et spécial dès lors que, durant cette période, seules les terrasses extérieures étaient autorisées du fait des restrictions sanitaires ;

- elle a subi une baisse d'activité générant une perte d'exploitation évaluée à la somme de 30 918,04 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2022, la Ville de Paris demande au tribunal de la mettre hors de cause et de rejeter la requête de la société Les Saisons Lamartine.

Elle fait valoir que :

- les travaux en cause ont été réalisés par la société Enedis qui a procédé, du 15 février au 5 juillet 2021, au renouvellement de son réseau ;

- elle ne disposait pas d'un droit d'occuper le domaine public ;

- elle ne démontre pas avoir subi un préjudice anormal et spécial excédant les inconvénients normaux que les riverains de la voie publique sont tenus de supporter ;

- le préjudice invoqué n'est pas justifié ;

- les pertes d'exploitations sont consécutives à la crise sanitaire.

Cette requête et ces mémoires ont été communiquées à la société Enedis qui n'a pas produit de mémoire.

Par un courrier du 30 octobre 2023, les parties ont été informées que, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen soulevé d'office tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle la Ville de Paris a implicitement rejeté la demande préalable formée par la société Les Saisons Lamartine sont irrecevables dès lors que cette décision n'a eu pour seul effet que de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de cette dernière, qui en formulant ses conclusions indemnitaires, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire ;

- le décret n° 2021-606 du 18 mai 2021 modifiant les décrets n° 2020-1262 du

16 octobre 2020 et n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de M. Gandolfi,

- et les conclusions de M. Lamy, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Les Saisons Lamartine, qui exploite un restaurant situé 52-54, rue Lamartine à Paris, dans le 9ème arrondissement, demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la Ville de Paris a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable et de condamner celle-ci à lui verser la somme de 30 918,04 euros hors taxe en réparation des préjudices subis consécutifs à la réalisation de travaux entrepris sur la voie publique entre le 19 mai et le 15 juin 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision par laquelle la Ville de Paris a implicitement rejeté la demande préalable formée par la société Les Saisons Lamartine n'a eu pour seul effet que de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de cette dernière qui, en formulant les conclusions sus analysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par ailleurs, et au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Il suit de là que les conclusions présentées pour la société Les Saisons Lamartine et dirigées contre cette décision sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Même en l'absence de faute, le maître d'ouvrage ainsi que, le cas échéant, le maître d'ouvrage délégué, et les constructeurs chargés des travaux, sont responsables solidairement à l'égard des tiers des dommages causés à ceux-ci par l'exécution d'un travail public, à moins que ces dommages ne soient imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime. Toutefois, il appartient au riverain d'une voie publique qui entend obtenir réparation des dommages qu'il estime avoir subis à l'occasion d'une opération de travaux publics à l'égard de laquelle il a la qualité de tiers d'établir, d'une part, le lien de causalité entre cette opération et les dommages invoqués, et, d'autre part, le caractère anormal et spécial de son préjudice, les riverains des voies publiques étant tenus de supporter sans contrepartie les sujétions normales qui leur sont imposées dans un but d'intérêt général. Ce riverain doit également, pour obtenir réparation, apporter au juge les éléments permettant d'établir le caractère direct et certain du préjudice qu'il invoque. Par ailleurs, lorsqu'il est saisi par un requérant, qui s'estime victime d'un dommage de travaux publics, de conclusions indemnitaires à raison d'un préjudice anormal et spécial, il appartient au juge administratif de porter une appréciation globale sur l'ensemble des chefs de dommages allégués.

4. En premier lieu, en l'espèce, il résulte de l'instruction que, entre le 19 mai et le 15 juin 2021, des travaux de voirie ont été réalisés devant le restaurant exploité par la société Les Saisons Lamartine et que ces travaux ont constitué une opération de travaux publics à son égard, laquelle, riveraine de la voie publique, avait la qualité de tiers.

5. En second lieu, aux termes de l'article 40 du décret du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire : " I. - Les établissements relevant des catégories mentionnées par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation figurant ci-après ne peuvent accueillir du public :/ 1° Etablissements de type N : Restaurants et débits de boisson ; / () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 18 mai 2021 modifiant les décrets n° 2020-1262 du 16 octobre 2020 et n°2020-1310 du 29 octobre 2020 : " L'article 40 est ainsi modifié : / a) Le I est remplacé par des I et II ainsi rédigés : / I - Les établissements relevant des catégories mentionnées par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation figurant ci-après ne peuvent accueillir du public entre 6 heures et 21 heures et dans le respect des conditions prévues au présent article : / 1° Etablissements de type N : Restaurants et débits de boisson / ()./ II - Seules les terrasses extérieures des établissements mentionnés au I peuvent accueillir du public, dans la limite de 50% de leur capacité d'accueil et dans les conditions suivantes : / 1° Les personnes accueillies ont une place assise ; / 2° Une même table ne peut regroupe que des personnes venant ensemble ou ayant réservé ensemble, dans la limite de six personnes / () ".

6. Le 30 juin 2020, la maire de Paris a présenté un dispositif permettant aux cafetiers et restaurateurs parisiens, à compter du 2 juin 2020 et au plus tard jusqu'au 30 septembre 2020, l'installation d'une terrasse ou l'extension de celle dont ils disposaient déjà sur l'espace public et, le cas échéant, l'occupation d'une ou plusieurs places de stationnement, de terre-plein ou de place piétonne.

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que les travaux litigieux ont conduit à neutraliser le trottoir situé immédiatement devant le restaurant exploité par la société requérante et les places de stationnement situé de l'autre côté de la rue Lamartine et il est constant qu'ils faisaient obstacles à ce que la société Les Saisons Lamartine puisse y installer des terrasses conformément aux prescriptions des dispositions du décret du 29 octobre 2020 et du dispositif exceptionnel mis en place par la Ville de Paris pendant cette période.

8. Toutefois, d'une part, et alors que la société Les Saisons Lamartine avait déclaré l'installation de terrasses sur des places de stationnement situées au droit des numéros 37 et 39 de la rue Lamartine et sur le trottoir au droit des numéros 48 et 50 de cette même rue les 3 et 13 juin 2020, il est constant que l'établissement qu'elle exploitait est demeuré fermé du 20 mai au 17 juin 2020. D'autre part, il est également constant que la société requérante n'a déclaré l'installation d'aucune terrasse sur la période des mois de mai à juin 2021. Enfin l'accès de la clientèle aux espaces intérieurs de cet établissement était, en tout état de cause, rendu impossible par les mesures prises dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire. Il suit de là que si les travaux en cause auraient pu apporter une gêne importante à l'exploitation du restaurant de la société Les Saisons Lamartine, seuls des établissements disposant de terrasses extérieures étant autorisés à accueillir du public, il ne résulte pas de l'instruction que ces travaux seraient la cause directe et certaine de la perte d'exploitation subie durant cette période dès lors, d'une part, que la société Les Saisons Lamartine n'a déclaré l'installation d'aucune terrasse sur la période des mois de mai à juin 2021 et, d'autre part, que la crise sanitaire et les mesures d'urgences ont nécessairement eu un impact sur son activité.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner la réalisation d'une expertise, que la requête de la société Les Saisons Lamartine doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Les Saisons Lamartine est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Les Saisons Lamartine et à la Ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 janvier 2024.

Le rapporteur,

G. Gandolfi

Le président,

J-P. Ladreyt

La greffière,

L. Sueur

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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