Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 mai 2023, Mme B... A..., représentée par Me Sonia El Amine, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d’enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d’un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à lui verser en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée n’est pas motivée ;
- en s’abstenant de procéder à l’examen complet de sa demande tel que prévu par l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet de police a commis une erreur de droit ;
- la décision méconnaît l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.
Le préfet de police a été mis en demeure de produire un mémoire en défense le 19 juin 2025.
La clôture de l’instruction a été fixée au 11 août 2025 par une ordonnance du 9 juillet 2025.
Une demande de pièces pour compléter l’instruction, faite en application de l’article R. 613-1-1 du code de justice administrative, a été adressée à Mme A... le 18 décembre 2025.
Les pièces produites par Mme A... en réponse à cette demande ont été enregistrées le 12 janvier 2026 et communiquées.
La clôture de l’instruction a été reportée au 27 janvier 2026 par une ordonnance du 12 janvier 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 mars 2026 :
- le rapport de Mme Aubert, présidente ;
- les observations de Me Lopez Velasquez pour Mme A....
Une note en délibéré, présentée pour Mme A..., a été enregistrée le 13 mars 2026.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B... A..., née le 10 août 1972 au Bangladesh et de nationalité bangladaise, a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, enregistrée par la préfecture de police le 7 mars 2022, qui a fait l’objet d’une décision implicite de rejet qui s’est formée le 7 juillet 2022. Par la présente requête, elle demande l’annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Aux termes de l’article R. 612-6 du code de justice administrative : « Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n’a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ». Si, lorsque le défendeur n’a produit aucun mémoire, le juge administratif n’est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s’il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit et il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l’inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d’aucune pièce du dossier.
3. En l’espèce, malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 19 juin 2025, le préfet de police n’a produit aucune observation en défense. Ainsi, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au tribunal de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par les pièces du dossier et qu’aucune règle d’ordre public ne s’oppose à ce qu’il soit donné satisfaction au requérant.
4. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /(…) ».
5. Mme A..., âgée de quarante-neuf ans à la date à laquelle la décision attaquée s’est formée, fait valoir qu’elle est entrée en France en décembre 2009 avec son époux, M. C..., pour y demander l’asile. Après le rejet de leurs demandes d’asile par l’office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 30 mars 2010, ils se sont maintenus sur le territoire français et la requérante justifie par les pièces qu’elle produit de sa présence continue depuis son entrée en France. Il ressort également de ces pièces qu’ils ont chacun présenté une demande de titre de séjour l’un le 7 mars 2022 et l’autre le lendemain et que M. A... a obtenu une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu’au 24 octobre 2025 dont il a demandé le renouvellement ainsi qu’en atteste le récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu’au 24 juin 2026 qui a été produit. Le préfet de police, qui n’a pas produit de mémoire, est réputé avoir acquiescé aux faits ainsi exposés et, pour l’essentiel, établis par les pièces du dossier et n’a fait valoir aucun élément susceptible de s’opposer à la délivrance à Mme A... d’un titre de séjour. Dès lors, eu égard à la durée de son séjour en France à la date de la décision attaquée et à la régularisation de la situation de son conjoint sur le territoire français, la requérante est fondée à soutenir que le refus de titre de séjour qui lui a été opposé porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris, en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que la décision implicite du préfet de police du 7 juillet 2022 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
7. Eu égard au motif d’annulation retenu, l’exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de police délivre un titre de séjour mention « vie privée et familiale » à Mme A.... Par suite, sur le fondement de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu de lui enjoindre de délivrer ce titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat, qui est la partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros à verser à Mme A... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite du préfet de police du 7 juillet 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer un titre de séjour mention « vie privée et familiale » à Mme A... dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L’Etat versera à Mme A... une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au préfet de police.
Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
M. Julinet, premier conseiller,
M. Prost, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2026.
La présidente-rapporteure,
S. AUBERT
L’assesseur le plus ancien,
S. JULINET
La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.