Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 mai 2026, M. A... B..., représenté par Me Milon, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui communiquer son dossier ;
3°) d’annuler l’arrêté du 14 mai 2026 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l’a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée de deux ans ;
4°) de mettre à la charge de l’État le versement de la somme de 1 000 euros à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l’arrêté attaqué dans son ensemble :
- il est entaché d’un défaut de motivation ;
- il est entaché d’un défaut d’examen particulier de sa situation.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle ne fait pas l’objet d’une motivation spécifique ;
- il justifie de garanties de représentation suffisantes.
En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article L. 612-10 de ce code dès lors que le préfet n’a pas examiné les quatre critères prévus par ses dispositions ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation eu égard à sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2026, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Delzangles pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d’éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Delzangles, magistrate désignée ;
- et les observations de Me Milon, représentant M. B.... Me Milon reprend les conclusions de la requête par les mêmes moyens.
Le préfet des Bouches-du-Rhône n’était ni présent, ni représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée après les observations orales des parties, en application de l’article R. 922-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant égyptien né le 1er janvier 1992, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 14 mai 2026 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
Sur l’admission à l’aide juridictionnelle provisoire :
M. B... a bénéficié d’un avocat commis d’office, conformément à sa demande et ainsi qu’il est prévu à l’article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L’avocat commis d’office ayant droit à une rétribution en application de l’article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991, sa demande tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire doit être rejetée.
Sur la communication du dossier administratif du requérant :
Aux termes du deuxième alinéa de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin (…) la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ».
L’affaire est en état d’être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n’apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l’espèce, d’ordonner à l’administration la communication de l’entier dossier de M. B.... De telles conclusions doivent, par suite, être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne l’arrêté pris dans son ensemble :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / (…) / (…) les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l’interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ».
Il ressort des termes de l’arrêté attaqué que celui-ci vise notamment les articles 611-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dont il fait application ainsi que les articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Il expose par ailleurs avec suffisamment de précisions les éléments de la situation personnelle de M. B..., notamment le fait que l’intéressé n’est pas titulaire d’un titre de séjour en cours de validité et ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire, qu’il est célibataire et sans enfant et qu’il n’allègue pas être exposé à des peines ou des traitements contraires aux stipulations de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine, l’Égypte. L’arrêté contesté, qui n’a pas à comporter l’ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, indique ainsi de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait permettant à son destinataire d’en comprendre le sens et la portée. Dès lors, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de l’arrêté en litige doit être écarté.
En second lieu, il ne ressort ni des termes de l’arrêté en litige, ni d’aucune autre pièce du dossier, que le préfet des Bouches-du-Rhône n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B.... Le moyen tiré de l’erreur de droit doit donc également être écarté.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
Aux termes des dispositions de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger faisant l’objet d’une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d’un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (…) ». Aux termes des dispositions de l’article L. 612-2 du même code : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / (…) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ». Enfin aux termes de l’article L. 612-3 de ce code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / (…) / 5° L'étranger s’est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ».
Pour refuser l’octroi d’un délai de départ volontaire à M. B..., le préfet des Bouches-du-Rhône a estimé qu’il existait un risque que l’intéressé, qui s’est maintenu irrégulièrement sur le territoire, se soustraie à l’exécution d’une mesure d'éloignement dès lors que, notamment, il n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour depuis son entrée en France en novembre 2016, il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes et il a fait l’objet d’une précédente obligation de quitter le territoire qu’il n’a pas exécutée.
En premier lieu, les motifs justifiant le refus d’un délai de départ volontaire à M. B... sont énoncés dans la décision en litige. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que celle-ci n’aurait pas fait l’objet d’une motivation spécifique et aurait ainsi méconnu l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B... serait entré régulièrement sur le territoire. Le requérant n’établit pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour depuis son arrivée en France en 2017, selon ses dires. En outre, il ne justifie pas d’un passeport en cours de validité. Enfin, le préfet des Bouches-du-Rhône établit, par les pièces produites en défense, qu’une précédente mesure d’éloignement prise le 16 juin 2018 par le préfet de Seine-Saint-Denis a été prise à l’encontre du requérant qui n’établit pas l’avoir exécuté. Par suite, le requérant entre bien dans les cas, visés aux 1°), 5°) et 8°) de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile précité, dans lesquels le préfet peut, pour un seul de ces motifs, refuser d’accorder un délai de départ volontaire. Il s’ensuit qu’en refusant à M. B... le bénéfice d’un tel délai au motif qu’il existait un risque que l’intéressé se soustraie à l’exécution de la mesure d'éloignement, le préfet des Bouches-du-Rhône n’a pas commis d’erreur d’appréciation. Ce moyen doit donc être écarté.
En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans :
D’une part, aux termes de l’article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « (…) les décisions d'interdiction de retour (…) prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ».
D’autre part, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ».
Il résulte des dispositions précitées que, lorsque le préfet prend, à l’encontre d’un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d’assortir sa décision d’une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit alors être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, à savoir la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, la nature et l’ancienneté de ses liens avec la France, l’existence ou non d’une précédente mesure d’éloignement et, le cas échéant, la menace pour l’ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. L’autorité compétente doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
Pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans à l’encontre de M. B..., le préfet s’est fondé sur les circonstances selon lesquelles l’intéressé déclare être entré en France en novembre 2016 et ne démonte pas y résider habituellement depuis cette date, ne justifie pas de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, est célibataire et sans enfant et dépourvu d’attaches familiales sur le territoire alors que ses parents résident en Égypte et s’est soustraie à une précédence mesure d’éloignement.
En premier lieu, la décision en litige vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et indique les éléments précités de la situation personnelle et familiale du requérant. Elle comporte ainsi de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait permettant au requérant de comprendre les motifs qui en constituent le fondement et sa motivation atteste de la prise en compte de l’ensemble des critères prévus par l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est régulièrement motivée.
En deuxième lieu, l’arrêté litigieux fait obligation à M. B... de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire. En outre, si l’intéressé se prévaut de sa présence continue sur le territoire depuis 2017 et de son activité professionnelle, de telles circonstances ne présentent pas un caractère humanitaire au sens des dispositions précitées de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile susceptibles de faire obstacle au prononcé d’une décision d’interdiction de retour sur le territoire français. Le préfet a ainsi pu légalement assortir la mesure d’éloignement prise à l’encontre du requérant d’une telle interdiction. Par suite, le moyen tiré d’une méconnaissance de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
En dernier lieu, M. B... n’établit pas, par les pièces éparses qu’il produit, être entré en France en 2017 et y résider de manière stable depuis cette date, alors que par ailleurs, il indique dans ses écritures s’être installé en Italie. En outre, M. B... ne fait état d’aucun lien personnel ou familial sur le territoire. Enfin, s’il soutient que l’interdiction de retour sur le territoire prononcée à son encontre a des conséquences sur son éventuel droit au séjour dans un autre État membre de l'espace Schengen, en ce que cette décision emporte une inscription automatique dans le système d'information Schengen et l’impossibilité d'obtenir un visa ou un titre de séjour, une telle allégation relève d’une conséquence de l’interdiction de retour en litige mais n’emporte aucune incidence quant à la légalité de l’interdiction de retour sur le territoire en litige. Dans ces conditions, le préfet n’a pas méconnu les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en fixant à deux ans la durée d’interdiction du territoire prononcée à l’encontre de M. B....
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 14 mai 2026 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. B... n’est pas admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. B... est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1 juin 2026.
La magistrate désignée,
Signé
B. DelzanglesLa greffière,
Signé
R. Machado
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,