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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2608292

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2608292

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2608292
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGILBERT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2026, M. B... A..., représenté par Me Gilbert, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 5 mai 2026 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a prolongé pour une durée de quarante-cinq jours la mesure d’assignation à résidence prononcée à son encontre le 17 mars 2026 ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- l’arrêté présente un caractère disproportionné dans son application ;
- il méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2026, le préfet des Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Hétier-Noël pour statuer sur les litiges relatifs aux conditions matérielles d’accueil en application des articles L. 555-1, L. 921-1 et L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Hétier-Noël, magistrate désignée, a été entendu au cours de l’audience publique.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 10 octobre 2025, notifié le 16 octobre suivant, le préfet des Hautes-Alpes a rejeté la demande de titre de séjour de M. A..., ressortissant nigérian né le 23 juin 1992, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, l’a assigné à résidence et a fixé le pays de destination. Par deux arrêtés du 17 mars 2026, le préfet a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’un an et l’a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. Par un jugement n° 2514051, 2605121 du 15 avril 2026, le tribunal administratif de Marseille a rejeté la requête de M A... tendant à l’annulation de l’arrêté du 10 octobre 2025 ainsi que celle tendant à l’annulation de la décision d’assignation à résidence et a prononcé l’annulation de l’arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français. Par un arrêté du 5 mai 2026, le préfet des Hautes-Alpes a prolongé pour une durée de quarante-cinq jours la mesure d’assignation à résidence prononcée à son encontre le 17 mars 2026. M. A... demande au tribunal l’annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut assigner à résidence l’étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l’éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L’étranger fait l’objet d’une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n’a pas été accordé ; (…) ». Aux termes de l’article R733-1 de ce code : « L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ».

3. Les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées à l’encontre d’un étranger assigné à résidence, qui limitent l’exercice de sa liberté d’aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l’objectif qu’elles poursuivent.
4. Il ressort des termes de la décision attaquée que les conditions d’assignation à résidence initialement fixée ont été prolongées de manière identique : le requérant est assigné à résidence à l’adresse de son épouse à Gap et doit y rester de 14h à 17h, il doit se présenter tous les jours, y compris les dimanches et jours fériés, au commissariat de Gap à 10 heures et a interdiction de sortir du département sans autorisation préalable du préfet. Si M. A... soutient que ces obligations sont disproportionnées en ce qu’elles ne laissent aucune place au suivi de la scolarité de sa belle-fille qu’il doit aller chercher à la sortie de l’école à 16h30, son épouse, entrepreneuse, travaillant régulièrement tard et qu’il l’accompagne également chez l’orthophoniste à 16h30 tous les lundis, la note de suivi orthophonique de mai 2026 qui mentionne que les deux parents accompagnent l’enfant en alternance et l’attestation de son épouse contradictoire qui indique que M. A... accompagne l’enfant tous les lundis et va la chercher à l’école ne suffisent pas à l’établir. Par ailleurs, M. A... se prévaut d’un contrat de travail à durée indéterminée avec la société Abattoir collectif depuis le 1er janvier 2026 et produit un bulletin de paie d’avril 2026 sans toutefois produire d’éléments établissant que les modalités d’exécution de son travail ont été rendues impossibles ou sont rendues impossibles par les conditions d’assignation à résidence prolongées. Dans ces conditions, et son éloignement demeurant une perspective raisonnable, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée l’assignation à résidence serait disproportionnée.
5. En second lieu, d’une part aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien‑être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ». D’autre part, aux termes du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ».

6. En se bornant à soutenir que les obligations de contrôle particulièrement lourdes du renouvellement de l’assignation à résidence portent nécessairement atteinte à son temps avec sa belle-fille, et alors que celle-ci est scolarisée, M. A... n’établit ni que la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris ni qu’elle porte atteinte à l’intérêt supérieur de l’enfant de son épouse. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetées en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des frais d’instance.


D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à Me Gilbert et au préfet des Hautes-Alpes.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1 juin 2026.




La magistrate désignée,
Signé

C. Hétier-Noël
Le greffier,
Signé
R. Machado



La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier






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