jeudi 13 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2126937 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | EGRET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 décembre 2021, la société par actions simplifiée (SAS) Protexsur, représentée par Me Fabrice Egret, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 14 octobre 2021 par laquelle le président de la Commission de régulation de l'énergie (CRE) a rejeté sa demande de remboursement partiel de la contribution au service public de l'électricité (CSPE) acquittée au titre des années 2011 à 2013 ;
2°) de prononcer le remboursement de la CSPE pour un montant de 93 euros au titre de 2012 et de 8 111 euros au titre de 2013 ;
3°) de lui allouer la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du président de la CRE les entiers dépens.
La société fait valoir les moyens suivants :
- la CRE n'est pas fondée à lui refuser le remboursement sollicité dans la mesure où elle a respecté toutes les conditions prévues par le décret du 30 octobre 2020 relatif au traitement des demandes de remboursement partiel de la CSPE au titre des années 2009 à 2015 ;
- l'article 1 de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat n'est pas applicable en l'espèce.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 décembre 2022, la présidente de la commission de régulation de l'énergie conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat ;
- l'ordonnance n° 2020-161 du 26 février 2020 relative au règlement transactionnel par le président de la Commission de régulation de l'énergie du remboursement de la contribution au service public de l'électricité ;
- le décret n° 2020-1320 du 30 octobre 2020 relatif au traitement des demandes de remboursement partiel de la contribution au service public de l'électricité au titre des années 2009 à 2015 ;
- le code de l'énergie ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Duchon-Doris, rapporteur,
- les conclusions de M. Pottier, rapporteur public,
- et les observations de M. C pour la société Protexsur, de M. B, M. A et M. D pour la Commission de régulation de l'énergie.
Considérant ce qui suit :
1. Par réclamations préalables en date du 20 janvier 2014 adressées à la CRE et au ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie et reçues le 22 janvier 2014, la société Protexsur a demandé le remboursement de la CSPE acquittée au titre des années 2011 à 2013 pour un montant total de 67 092 euros. A la suite de l'ordonnance n° 2020-161 du 26 février 2020 qui a autorisé le président de la CRE à transiger sur les demandes de restitution partielle de la CSPE et à engager le paiement des sommes correspondantes, la société DL Développement, mandatée par la société Protexsur, a procédé, les 7 juin et 12 juillet 2021 au dépôt de la demande de remboursement partiel de la CSPE acquittée au titre des années 2011 à 2013. L'Agence de services et de paiements chargée de l'instruction des demandes de remboursement a informé la société le 27 juillet 2021, puis le 30 août 2021, du caractère incomplet de son dossier au motif pris de l'absence de justification de la réitération de sa réclamation initiale. Par décision du 14 octobre 2021, le président de la CRE a rejeté, pour le même motif, la demande de remboursement de la société Protexsur. Par la présente requête, la société demande l'annulation de cette décision et le remboursement partiel de la CSPE qu'elle a acquittée pour un montant de 93 euros au titre de 2012 et de 8 111 euros au titre de 2013.
2. Aux termes de l'article L. 113-1 du code de justice administrative : " Avant de statuer sur une requête soulevant une question de droit nouvelle, présentant une difficulté sérieuse et se posant dans de nombreux litiges, le tribunal administratif ou la cour administrative d'appel peut, par une décision qui n'est susceptible d'aucun recours, transmettre le dossier de l'affaire au Conseil d'Etat, qui examine dans un délai de trois mois la question soulevée. Il est sursis à toute décision au fond jusqu'à un avis du Conseil d'Etat ou, à défaut, jusqu'à l'expiration de ce délai ".
Sur le cadre juridique applicable :
3. En premier lieu, d'une part, en application des dispositions de l'article 5 de la loi du 10 février 2000 relative à la modernisation et au développement du service public de l'électricité, aujourd'hui reprises aux articles L. 121-6 et suivants du code de l'énergie, la compensation des charges imputables aux missions de service public assignées aux opérateurs électriques est assurée par une contribution due par les consommateurs finals d'électricité installés sur le territoire national. Cette contribution constitue un impôt qui n'a le caractère ni d'un impôt direct, d'une taxe sur le chiffre d'affaires ou d'une taxe assimilée, ni d'une contribution indirecte ou d'une autre taxe dont le contentieux est confié aux juridictions judiciaires par l'article L. 199 du livre des procédures fiscales. Dès lors, le contentieux de cet impôt est compris parmi le contentieux général des actes et des opérations de puissance publique et relève, à ce titre, de la juridiction administrative. Les demandes tendant à la restitution de la CSPE doivent être présentées selon les règles prévues par le code de justice administrative, sans préjudice de l'application des principes généraux qui régissent le contentieux fiscal. D'autre part, aux termes de l'article 1er de la loi n°68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public ".
4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance n° 2020-161 du 26 février 2020 relative au règlement transactionnel par le président de la Commission de régulation de l'énergie du remboursement de la contribution au service public de l'électricité : " Dans les conditions fixées par les articles 2044 à 2052 du code civil, le président de la Commission de régulation de l'énergie est compétent en tant qu'ordonnateur, pour d'une part transiger afin de mettre un terme aux litiges liés au paiement de la contribution au service public de l'électricité nés d'une demande fondée de remboursement partiel de cette contribution au titre des années 2009 à 2015, à proportion de la part des recettes tirées de cette taxe affectée à des finalités autres que sa finalité environnementale, d'autre part engager le paiement des sommes correspondantes () " et aux termes de l'article 3 du même texte : " les contribuables professionnels ainsi que les contribuables particuliers disposant d'un accès à internet, qui ont précédemment présenté une demande de remboursement partiel mentionnée à l'article 1er, déposent sur une plate-forme électronique d'une part les éléments qui sont de nature à établir le dépôt de leur réclamation initiale, d'autre part l'ensemble des éléments qu'ils étaient tenus de produire au soutien de leur réclamation initiale () ", d'autre part, aux termes de l'article 1er décret n° 2020-1320 du 30 octobre 2020 relatif au traitement des demandes de remboursement partiel de la contribution au service public de l'électricité au titre des années 2009 à 2015 : " La demande de transaction mentionnée à l'article 3 de l'ordonnance du 26 février 2020 [] comporte : () 3° La preuve du dépôt de la réclamation préalable initiale déposée auprès de la Commission de régulation de l'énergie ou auprès d'une autre autorité administrative, notamment un opérateur en charge de la fourniture d'électricité ou de la gestion du réseau auquel les consommateurs finals d'électricité sont raccordés ; cette preuve est apportée, par année, par la production de : / a) L'accusé de réception de cette réclamation, quelle qu'en soit la forme, ou s'il n'en a pas été délivré, par tout moyen permettant d'établir une date certaine d'envoi et de réception ; / b) La copie de la réclamation préalable initiale permettant de vérifier son objet ; / 4° La copie des factures d'électricité correspondant aux années au titre desquelles la demande est présentée ; / 5° La preuve de l'acquittement par l'auteur de la demande de chacune de ces factures, apportée par tout moyen () ".
Sur les questions de droit :
5. La requête de la société Protexsur présente à juger les questions de droit suivantes :
1°) Le refus du président de la CRE de conclure une convention transactionnelle en application de l'ordonnance susvisée du 26 février 2020 est-il susceptible de faire l'objet d'un recours en annulation pour excès de pouvoir, en particulier dans le cas où ce refus oppose la prescription quadriennale '
2°) Le régime spécifique des délais de réclamation fiscale, qui résulte des articles R.*196-1 à R.*196-6 du livre des procédures fiscales ou de l'article R. 772-2 du code de justice administrative, est-il de nature à exclure l'application de la prescription quadriennale, non seulement aux réclamations relatives à la CSPE que les redevables doivent adresser à l'administration mais aussi aux recours que ces mêmes redevables sont susceptibles de former ultérieurement devant la juridiction '
3°) Un contribuable qui a déposé sur la plateforme de la CRE l'ensemble des pièces exigées par les dispositions combinées de l'ordonnance du 26 février 2020 et du décret du 30 octobre 2020 susvisés peut-il voir sa demande de transaction rejetée au motif qu'il n'a pas réitéré sa réclamation préalable '
6. Ces questions constituent des questions de droit nouvelles présentant une difficulté sérieuse et susceptibles de se poser dans de nombreux litiges. Dans ces conditions, il y a lieu de surseoir à statuer sur la requête de la société Protexsur et de transmettre pour avis sur ces questions le dossier de l'affaire au Conseil d'Etat.
DÉCIDE :
Article 1er : Le dossier de la requête de la société Protexsur est transmis au Conseil d'Etat pour examen des questions de droit énoncées au point 5.
Article 2 : Il est sursis à statuer sur la requête de la société Protexsur jusqu'à l'avis du Conseil d'Etat ou, à défaut, jusqu'à l'expiration du délai de trois mois à compter de la transmission du dossier prévue à l'article 1er.
Article 3 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié au président de la section du contentieux du Conseil d'Etat, à la société Protexsur et à la présidente de la Commission de régulation de l'énergie.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
M. Duchon-Doris, président,
M. Guiader, premier conseiller,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.
Le président-rapporteur,
J.- Ch. DUCHON-DORIS
L'assesseur le plus ancien
V. GUIADER
La greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2126937/1-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026